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Surveillons les communicants  !

@si lance son Observatoire de la com'

Le Monde

a osé l'écrire : la "débauche de précautions" dont Disney a entouré la sortie du dernier Star Wars "confine au grotesque". Les conditions posées aux journalistes par le distributeur sont "inacceptables".

Cela ne vous paraît peut-être pas renversant. Mais combien sont-ils, aujourd'hui, les journalistes pouvant écrire de tels articles et boycotter la projection presse d'un blockbuster sans craindre les foudres du bulldozer Disney ? Bien peu. Lever un coin du voile, c'est le privilège des grands medias. Les autres ont trop à perdre. Ou, plus précisément, on leur a bien rappelé ce dont on pourrait les priver s'ils ne jouaient pas le jeu des communicants : avant-premières, entretiens exclusifs et autres petits privilèges de cocktails.

L'empire de la communication s'étend. C'est quasi-arithmétique. Aux Etats-Unis, on comptait en 2014 près de cinq communicants pour un journaliste (sans compter les pigistes).

L'empire de la communication s'étend, donc, mais comment ? Mais par quels habiles communiqués, par quelles barrières, ouvertes ou fermées, par quelles douces suggestions, par quelles rudes menaces les communicants imposent-ils leurs éléments de langage, leur agenda politique, leurs bijoux de technologie ? Même nous, chez @si, ne le savons pas précisément. Nous manquons de témoignages de première main.

Nous avons quelques pièces du puzzle, de petites idées de comment cela se passe. Ce journaliste de la rubrique Techno d'un grand quotidien qui, en privé, se désole: "Apple, c'est de pire en pire. Pour avoir le droit de recevoir un produit à tester, il faut prendre une journée, voire plus, pour aller assister à la présentation presse au bout du monde. Ils nous embarquent dans leur com', plus moyen de leur échapper."

Cette journaliste et blogueuse sur des questions juridiques, qui relate cet échange, au standard téléphonique d'un grand cabinet d'avocats :
"- Pouvez-vous me passer le service presse ?
- Vous avez un nom [de personne à joindre au sein du service] ?
- Non
- Alors c'est impossible."

Ces petites mais épuisantes batailles que nous menons, y compris chez @si, pour parvenir à contacter en personne des responsables politiques, des écrivains et écrivaines, des gens de télé. Il paraît qu'en langage de com', on appelle cela un "cordon sanitaire".

"E-mail - 2015"
(extrait de la collection personnelle de l'auteure : "Messages sans réponse")

Mais il y aurait beaucoup plus à faire. Nous sommes parmi les seuls à pouvoir enquêter sur les méthodes de ces institutions et ces grands groupes. Nous n'avons ni annonceurs ni actionnaires qui pourraient en prendre ombrage, nous ne craignons pas de ne pas recevoir le prochain produit Apple, de ne pas être invités aux futures avant-premières de Disney, ou de nous fâcher avec un ministère ou une maison de disques. Et surtout, nous avons très envie d'enquêter et de raconter.

Voilà pourquoi nous lançons notre Observatoire de la com'. Il sera alimenté par les témoignages de journalistes, de petites mains des services de presse, de communicants scrupuleux chagrinés par certaines pratiques (ils existent, bien sûr) que nous parviendrons à rassembler. Une adresse unique pour nous les envoyer : com@arretsurimages.net. Nous garantirons votre anonymat. Ce que nous voulons savoir ? Tout. Cette fois où, par manque de temps, votre rédaction a préféré publier les éléments d'un dossier de presse bien ficelé plutôt que d'enquêter sérieusement. Celle où vous avez enquêté, et où cela vous a valu une intense campagne de dénigrement. Ces interminables balades de services en services, de conseiller en attaché, de boîte mail en standard téléphonique. Cette fois où vous avez été grillé par les publicitaires au sein de votre propre journal. Ces e-mails qui ordonnent, intiment, négocient, temporisent.

Racontez-nous, envoyez-nous copie de vos échanges, lancez-nous sur la piste. De notre côté, nous irons mettre notre nez dans les arrière-cuisines de l'information à chaque fois que cela sera possible. À nous les petites conférences de presse, à nous les grands raouts. La forme que cela prendra ? Elle reste à inventer. Dans un premier temps, l'Observatoire disposera d'une partie dédiée sur le site. On y publiera tout, de l'anecdote à la grande enquête. Puis, pourquoi pas, une chronique régulière dans l'émission, des reportages et entretiens en vidéo... La matière ne manquera pas, nous en sommes convaincus.

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