Questions, chroniqueurs : Judith répond aux premières réactions
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Questions, chroniqueurs : Judith répond aux premières réactions

Eh bien ! Vous l'attendiez, cette émission littéraire ! Une nuit à peine après la mise en ligne, vous êtes déjà plus de cent à vouloir débattre d@ns le texte, dans le forum de l'émission. Rythme, décor, générique, répartition des temps de parole, tout y passe. Judith vient d'écrire dans le forum une réponse collective aux remarques qui lui sont le plus souvent adressées. Pour permettre à ce débat de rebondir, voici cette réponse (qui ouvre, à son tour, un nouveau forum...). DS.

Chers tous, Merci pour vos observations, et l'acuité de votre regard ! Votre appétit d'amélioration est à la hauteur du nôtre, et devrait nous permettre d'espérer de belles réussites futures. Mes réactions à vos réactions : - Pour ce qui est de la répartition du temps de parole, trop en défaveur des chroniqueurs, c'est une analyse que nous avons faite immédiatement après l'enregistrement de l'émission - et même pendant : DS nous en a averti dès le premier tiers ! Il y a en effet plantage de ce côté là, pour plein de raisons : malentendu d'abord, qui m'a fait penser que Naulleau et Ferney prendraient spontanément la parole une fois passées les dix minutes de présentation en tête à tête dont j'avais besoin pour présenter l'oeuvre et mettre l'invité en confiance. De leur côté, ils attendaient sagement que je leur passe le témoin officiellement - et sans doute craignaient d'interrompre la débutante dont ils protégeaient par leur discrétion les premiers pas en tant qu'animatrice...(Digression perso : en tant que chroniqueuse moi-même sur le plateau d'@si, j'ai pris l'habitude d'attendre que DS me donne la parole une première fois, ce que je tiens pour une autorisation à intervenir ensuite librement dès qu'un petit silence se fait - et je ne m'en prive pas : j'ai bêtement pensé que c'était là un usage partagé par tous les chroniqueurs, qu'il allait de soi - ce n'était pas le cas). Certains soulignent que le dispositif spatial n'aide pas à l'intégration des chroniqueurs, ce n'est pas faux, peut-être faudra-t-il en effet intervertir les places entre l'animatrice et l'invité... -

Pour ce qui est de la chute un peu brutale de l'émission, qui la fait "tourner court", je suis d'accord avec vous. Je croyais disposer d'un format indéterminé - et comptais bien, d'ailleurs, que les chroniqueurs prendraient de plus en plus de place, l'émission glissant de l'entretien à la conversation polyphonique ; or nous avons brusquement appris, en cours d'enregistrement, que Vinaver devait partir et qu'il nous restait dix minutes pour finir. Cela donne cette brutale accélération, désagréable pour tout le monde, et une conclusion assez superficielle. J'espère que nous aurons plus de marge de manoeuvre les prochaines fois, mais il est certain de toute façon que je dois progresser dans la maîtrise du timing ( je n'ai strictement aucune conscience du temps qui s'écoule pendant l'enregistrement). -

Pour ce qui est de la nature de mes questions, dont certains déplorent, parfois vigoureusement, qu'elles soient moins des questions que des analyses que je soumets à l'auteur, je dois dire que c'est pour moi la partie la plus délicate de vos remarques, celle qui m'a empêché de dormir cette nuit. Parce qu'il en va là d'un vrai enjeu de l'émission littéraire : oui, beaucoup de mes questions sont des interprétations que je formule, et que j'adresse à l'auteur en quête, non pas d'assentiment (ce n'est pas un prof dont j'espère une bonne note) mais d'une réaction, idéalement contradictoire : lorsque Vinaver me répond "vous simplifiez", je jubile. Parce que je tiens mon interprétation pour plausible, même si trop simple, et je pense avoir donné au spectateur le moyen d'en juger ; en apportant une autre interprétation, contrastée, l'auteur ouvre la "crise" dans le texte, révèle de manière spectaculaire combien la textualité est polysémique, ambivalente, gisement de débat. C'est le coeur de la littérature. C'est exactement ces choses-là que je souhaite faire advenir en plateau. D'aucuns me réclament d'apprendre le métier d'interviewer, et notamment d'apprendre à "faire dire à l'auteur ce que je veux lui faire dire". Loin de moi ce projet ! Je crois plus pertinent de lui soumettre des analyses qui sont autant de réponses à son oeuvre, réponses auxquelles il est invité à répondre à son tour dans un dialogue qui nous protège des écueils de l'émission littéraire façon promo (l'auteur récite son laïus plus ou moins promotionnel, redisant ce que son texte dit déjà, lassé d'avance de cette position qui n'est pas vivante pour lui. Ici, encore une digression perso : il m'est arrivé, plusieurs fois, d'être dans la position de l'écrivain interviewé. Je n'ai pas du tout aimé les interviews classiques, où les questions n'étaient que des sollicitations à réciter le contenu de mon livre ; j'ai beaucoup aimé les interviews où le journaliste était dans la position du lecteur de mon texte, qui me renvoie les hypothèses qui lui sont venues en le lisant, me les propose et me surprend avec, comme une "provocation" dans le beau sens du mot à penser plus loin, à faire VIVRE le texte dans la pluralité de ses significations. Le résultat de ces interviews deuxième manière était infiniment plus stimulant, plus profond, plus surprenant et plus riche. D'ailleurs, dernière remarque, un peu autosatisfaite : Vinaver a dit au sortir de l'émission avoir été "très stimulé". C'est pour moi une immense réussite, et je ne souhaite pas lâcher cette ligne... Plus l'auteur est vivant en plateau, amené à penser à haute voix plutôt qu'à réciter ce qu'il a écrit, plus l'émission est bonne. - Pour ce qui est de mon "omniprésence", regrettée par beaucoup d'entre vous. Elle tient évidemment à mon insuffisance dans la distribution de la parole, déjà évoquée. Ça va s'améliorer, promis - c'est aussi qu'il faut que je lâche le rôle de la prof pour trouver le rôle de l'animatrice. Mais cette omniprésence tient justement pour une part au souci didactique qui anime aussi l'émission : il s'agit d'emmener tout le monde dans le texte, ce qui suppose évidemment de dire ce qu'il raconte, fût-ce un peu longuement. Le dosage de cette longueur est une affaire délicate, ça va se peaufiner d'émission en émission, mais je reste attachée à l'idée d'être la médiatrice entre le texte et le spectateur, et de lui donner le maximum d'éléments pour qu'il soit embarqué dans l'exploration, sans tournure allusive, sans trop d'ellipses : il faut forcément un peu de développement. Voilà. A l'évidence, beaucoup de choses doivent être améliorées, et croyez bien qu'on va y travailler. La vivacité de votre attente, de vos réactions, est une aide précieuse et vraiment, pour ça, pour le temps et l'énergie que vous avez mobilisés à formuler vos impressions, merci. Tous ensemble, on fait du beau boulot. Judith.

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