Dominique Seux, airbnb et l'eau de pluie
Le matinaute
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chronique

Dominique Seux, airbnb et l'eau de pluie

La rude concurrence radiophonique étant ce qu'elle est, j'avoue ne pas écouter pieusement chaque matin Dominique Seux

, des Echos, sur France Inter. C'est un tort. Il n'est jamais décevant. Pas un jour sans que passe, plus ou moins en douce, la vision patronale de l'économie. Hier matin, comme le relève notre nouveau chroniqueur Romaric Godin (bienvenue à lui), il s'en prenait au programme "lunaire" de Mélenchon, mais avec une malencontreuse erreur de date, trahissant que la cause était entendue avant d'avoir été plaidée.

Le message seuxien n'est pas toujours aussi clair. Les plus intéressantes chroniques de Dominique Seux sont celles qui semblent "objectives", et ne semblent pas offrir prise à controverse. Ainsi son hymne de ce matin à la start up de locations d'hébergement airbnb, cette idée mirobolante, qui permet de voyager"à des jeunes, et à ceux qui ont un pouvoir d'achat qui ne leur permet pas d'aller à l'hôtel". Succès phénoménal, croissance à deux chiffres, tout pour plaire à l'homme des Echos. Mais on est tout de même sur France Inter, où le cahier des charges impose de rappeler les aspects moins grisants de ce succès phénoménal : "Bien sûr(soupir de compassion) la situation est plus dure de l'autre côté de la barrière, chez les professionnels installés, les hôteliers". Bien sûr encore, énumère l'éditorialiste, airbnb ne paie quasiment pas d'impôts, et n'a créé en France que... 35 emplois. Ce revers de la médaille de l'économie numérique est connu depuis longtemps, et Seux le rappelle. Il aurait pu aussi rappeler les logements saccagés à l'occasion, ou les nuisances pour les voisins et les riverains, provoquées par les jeunes occupants éphémères. Mais on ne peut pas tout dire en deux minutes (pour les ignares, notre enquête sur le sujet est ici).

D'autant que toutes ces réserves sont pulvérisées, avec le bazooka de la phrase suivante : certes, airbnb ne crée aucun emploi, ne paie pas cotisations sociales, mais "au total, les revenus encaissés par les uns et économisés par les autres se retrouvent dans le circuit économique". Relisons cette phrase extraordinaire, apparemment irréfutable, et qui permet de tout justifier : revenus patronaux faramineux, valse des parts variables, explosion des dividendes, retraites chapeaux, culbutes de toutes sortes, ou encore argent du deal ou de la prostitution : "au total", ces sommes ne vont-elles pas se retrouver "dans le circuit économique", comme l'eau de pluie finit toujours par se retrouver à la mer ? Comme l'économie est une belle chose, aux mains des économistes !

L'économie, par Dominique Seux

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