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Comment la presse people a protégé Weinstein (New York Times)

Par le - 17h27 - suivi

Dans une longue enquête publiée ce 5 décembre, le New York Times revient sur les nombreuses complicités, au sein de l'industrie du cinéma, dont a bénéficié pendant des années Harvey Weinstein, accusé de viols et d'agressions sexuelles. Et explique comment le groupe numéro 1 de la presse people aux Etats-Unis a tenté de le protéger.


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The New York Times, 5 décembre 2017

Le 5 octobre, le New York Times révèlait que Weinstein avait conclu huit accords à l'amiable avec des femmes l'accusant de harcèlement sexuel et de "contacts physiques non voulus". La veille de la publication, Weinstein, qui sera accusé cinq jours plus tard de viols dans une enquête fleuve du New Yorker, appelle les deux journalistes du Times, les prévient qu'il est capable de remonter jusqu'à leurs sources, et qu'il a les moyens de discréditer leur enquête. "Je suis un homme qui dispose de grandes ressources", ajoute-t-il.

Ses grandes ressources, le New York Times les détaille ce 5 décembre dans une longue enquête, deux mois après les premières révélations. Au-delà de ses nombreux soutiens dans le milieu du cinéma, qui tantôt fermaient les yeux sur le comportement de Weinstein, tantôt conseillaient aux actrices victimes de se taire pour garder leur travail, Weinstein comptait aussi de solides appuis dans le milieu des médias, et plus précisément dans la presse people américaine.

Le Times détaille par exemple comment les liens économiques entre Weinstein Company et Americain Media, le géant de la presse people américaine, ont servi au producteur pour tenter d'étouffer des témoignages gênants. La société Weinstein produisait, en effet, entre 2015 et 2016, une série documentaire sur les enquêtes du National Enquirer, célèbre magazine people US fondé en 1926, et un talk show sur l'actualité des célébrités.

Alors en mars 2015, quand la police de New York interroge Weinstein après la plainte d'un mannequin, Ambra Battilana, America Media tente d'arracher l'exclusivité... pour ne pas publier l'enquête ensuite. Une habitude pour l'entreprise, qui en 2016 avait aussi payé 150 000 dollars pour "tuer" le témoignage d'une égérie Playboy, qui affirmait avoir eu une aventure avec Trump en 2006, alors marié à Melania Trump. Le New York Times raconte la suite : "Dans l'affaire Battilana, l'entreprise s'est battue pour acheter l'histoire. Mais aucun accord n'a jamais été conclu, précise American Media, parce que le prix demandé par Mme Battilana était trop élevé (...) Le procureur a finalement décidé de ne pas poursuivre Mr. Weinstein, estimant que les preuves étaient insuffisantes, et l'histoire n'a jamais été racontée dans les magazines d'American Media".

Comme précédemment raconté dans le New Yorker, Weinstein a aussi fait appel au rédacteur en chef du National Enquirer, Dylan Howard, pour obtenir des informations compromettantes sur l'actrice Rose McGowan (qui fut l'une des premières à l'accuser d'agression sexuelle). Conséquence : l'un des journalistes du magazine a contacté fin 2016 Elizabeth Avellan, l'ex-femme du réalisateur Robert Rodriguez, qui l'avait quittée pour McGowan. Le témoignage, enregistré au téléphone, est à charge. Dylan Howard écrit à Weinstein, par mail : "J'ai quelque chose d'incroyable...". Réponse du producteur : "C'est mortel ! Surtout si on peut pas remonter jusqu'à moi".

Depuis les premières accusations publiques de harcèlement, agression sexuelle et viol début octobre, plusieurs enquêtes ont été ouvertes contre Weinstein, à Londres, Los Angeles et New York.

L'occasion de relire notre article : "Weinstein : les espions du producteur (The New Yorker)"


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