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Epreuve de force entre Madrid et la télévision publique catalane

Par le - 20h02 - à l'étranger

Le gouvernement espagnol vient d’annoncer la prise de contrôle de la télévision publique catalane. Madrid accuse la chaîne régionale TV3 de militer pour l’indépendantisme. La rédaction de la chaîne dénonce "une attaque à la liberté d’expression" et se dit prête à s'opposer à cette prise de contrôle.

C’est l’une des mesures choc annoncées samedi par Madrid. En réponse à la tentative de sécession de la Catalogne, le gouvernement espagnol dégaine l’article 155 de la constitution. Outre la destitution du gouvernement régional et la prise de contrôle de la police autonome, Madrid a annoncé ce week-end la mise sous tutelle de l’audiovisuel public catalan. À commencer par la chaîne de télévision locale TV3 accusée par le gouvernement central de propagande indépendantiste. Madrid s’arrogera ainsi le pouvoir de nommer et congédier les cadres dirigeants de TV3, jusqu’ici sous tutelle des autorités catalanes.

Le chef du gouvernement,Mariano Rajoy, s'est montré très clair : "Dans les médias publics [catalans], les fonctions dont disposait jusqu'ici la Generalitat reviennent maintenant aux nouveaux gestionnaires". Quant à ceux qui n’obéiront pas aux nouveaux responsables des médias publics catalans, ils seront passibles de sanctions annonce Madrid. Objectif affiché de cette opération sans précédent en Espagne: "garantir la transmission d’une information véridique, objective et équilibrée". C'est désormais au sénat espagnol de valider ces mesures d'ici au 27 octobre. L'issue du vote fait peu de doute, le Sénat étant en majorité acquis au Partido Popular (conservateur) du gouvernement espagnol.

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"Les employés de TV3 refusent l'application de l'article 155", La Vanguardia

Dans un contexte particulièrement tendu entre Madrid et l’exécutif catalan, cette décision fait l’effet d’une bombe. A peine annoncée, cette reprise en main de l’audiovisuel public catalan a soulevé un vent de fronde au sein de la profession. À commencer par la société des journalistes de TV3 qui a aussitôt dénoncé "une attaque directe, indigne et éhontée de la liberté d’expression et d’information". Dans un communiqué, la rédaction de TV3 a annoncé qu’elle refusait purement et simplement cette mise sous tutelle et assure qu’elle envisage des actions de résistance. La rédaction a depuis reçu le soutiendu syndicat espagnolCCOO-FSC, qui avait pourtant dénoncé "la couverture biaisée et déséquilibrée de TV3" juste après le référendum du 1er octobre.

Depuis la montée en puissance de la crise catalane, ce n’est pas la première fois que TV3, qui diffuse depuis 1983 exclusivement en langue catalane, est accusée par Madrid de militer pour l’indépendance. Chaîne généraliste la plus regardée de Catalogne, TV3 n’a pas caché durant ces derniers mois une certaine sympathie à l’égard de l’autodétermination. À l’image de son actuel directeur, aujourd’hui sur la sellette. Avant d’être nommé à la tête de TV3 en mars, Vicent Sanchis était vice-président d’Omnium cultural, l’une des deux principales associations indépendantistes catalanes. Comme le rappelle Le Monde, sa nomination en mars dernier à la tête de TV3 avait d'ailleurs fait grincer quelques dents au sein de TV3. Le conseil professionnel de la chaîne critiquant notamment sa proximité avec "l’ancienne Convergence démocratique de Catalogne" (actuellement Parti démocrate de Catalogne, "PdeCat", au pouvoir).

"garantir" une information "véritable et objective"

TV3, une télévision qui roule pour l’indépendantisme? La chaîne n'a pas hésité en tout cas ces dernières semaines à diffuser les spots de campagne du référendum du 1er octobre, interdits par Madrid. Côté JT, la chaîne a été accusée par Madrid de prendre parti, après que l’un de ses reporters, Ivan Medina, s'est hissé sourire aux lèvres sur un véhicule de la guardia civil en compagnie de séparatistes lors des manifestations du 20 septembre. Ou encore en diffusant un JT pour enfants sur la crise catalane, taxé de complaisance.

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Ivan Medina sur un véhicule de la Guardia Civil (TV3)

Ce lundi la chaîne publique catalane a reçu un soutien de ses confrères de la télé publique nationale. La société des journalistes de RTVE qui comme nous le racontions accusait ses derniers jours sa propre chaîne de propagande pro-Madrid, juge aujourd'hui la mise sous tutelle de l’audiovisuel catalan pour le moins "paradoxale". Elle s’étonne que Madrid donne des leçons d’objectivité à la télévision catalane, alors que son réseau de télévision nationale est lui accusé de rouler pour le gouvernement central. "Le gouvernement qui contrôle une TVE très politisée prendra la gestion de TV3 pour « garantir » une information «véritable et objective »", ironisait ce samedi le site d’info espagnol marqué à gauche infolibre. La mise sous tutelle, et après ? "La seule chose que nous pouvons faire pour résister, c'est continuer à travailler. Et s'ils nous en empêchent, on verra bien. Mais ce sera très difficile d'empêcher 2 000 employés de la télévision publique catalane de travailler. Très très difficile...", a fait savoir le directeur de TV3.


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