Xénophobie soft, nous voilà !
Brève

Xénophobie soft, nous voilà !

Au réveil, comme hier, comme demain, ce sont Pétain et Daech qui nous attendent.

Le maréchal et l'Emir se serrant la main, en une infernale tenaille, par-dessus sept décennies, presque trois quarts de siècle. Pétain, tout de même ! Comme si, en 1815,  25 ans après la Révolution, au lendemain de Waterloo, on s'étripait sur...l'anoblissement de Jeanne Poisson en marquise de Pompadour (1745). Comme si, pendant la Commune de Paris, on s'était querellé sur le 18 Brumaire. Comment, alors que tout s'accélère, les débats français peuvent-ils être si immobiles ?

Ce passé qui, rien à faire, ne passe toujours pas, comme disait déjà l'historien Henry Rousso voici 20 ans. Pour avoir entonné une nouvelle fois son air préféré, "Maréchal nous voilà", dans le torchon Rivarol, Le Pen père est menacé d'exclusion du FN par Le Pen fille. Et c'est sur cet air-là que va se jouer le dernier acte de la "dédiabolisation". Et c'est sous le képi de De Gaulle que toute la troupe mariniste va blanchir sa petite entreprise de préférence nationale. Bravo, bien joué. Xénophobie clean, soft, irréprochable, nous voilà !

70 ans, tout de même, ont passé. Dans la nuit, la chaîne francophone TV5 a été hackée, semble-t-il par des fantassins de Daech. Pas seulement son site, pas seulement ses comptes Facebook et Twitter, mais la chaîne tout entière (le mode opératoire semble parfaitement expliqué ici). L'opération proprement dite n'a duré que deux heures, mais au réveil, quel effroi ! Pourtant, une grande multinationale du spectacle a aussi été hackée voici quelques mois. Et aussi, paraît-il, le commandement américain, la Maison Blanche. Et d'autres medias français, européens, américains, le seront encore.

Si l'étonnement est absurde, l'effroi est compréhensible. Qu'on ne s'y trompe pas, c'est bien une guerre, une vraie, dont ce piratage est un épisode. Une guerre aux contours exacts encore incertains, aux lignes de front floues, une guerre que nous ne parvenons pas à penser, hypnotisés que nous sommes par les fantômes du XXe siècle, sur lesquelles s'adossent nos raisonnements et nos fantasmes.

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