Sénat : un laxiste inattendu
Brève

Sénat : un laxiste inattendu

On ne salue jamais assez la sagesse des sénateurs.

On discutait garde à vue, l'autre jour. Et plus précisément, on transposait en droit français une directive du Parlement européen sur "le droit à l'information dans les procédures pénales". Sénatrice verte, Hélène Lipietz venait de déposer un amendement permettant désormais aux avocats des gardés à vue de consulter l'ensemble du dossier de leur client, et pas seulement les pièces nécessaires à la contestation de la garde à vue. Vieux débat. Les avocats, comme toujours, réclament davantage de droits. Les policiers, comme toujours, arguant de l'efficacité de l'enquête, s'y refusent. Bref, c'était, comme toujours, laxistes contre répressifs. Christiane Taubira venait de rejoindre le camp des répressifs en refusant l'amendement, quand tout d'un coup les lignes bougèrent. Un sénateur demanda la parole. "Je suis le seul ici à avoir subi une garde à vue de deux jours", commença le parlementaire, qui, dans une intervention brève mais émouvante, révéla que son avocat, durant ces deux jours, n'avait pas eu accès au dossier. Et de soutenir résolument l'amendement de l'élue verte. Sensation dans l'hémicycle : cette nouvelle recrue des laxistes était M. Dassault, Serge, sénateur UMP de l'Essonne.

Un de ses collègues vint aussitôt à sa rescousse. Il s'agissait de M. Longuet, Gérard, qui lui aussi avait connu la garde à vue "au siècle dernier", rappela-t-il, en tant qu'ancien trésorier de parti, et qui se livra lui aussi à un plaidoyer en faveur des droits du gardé à vue. Dans ce grand moment d'unanimité parlementaire, on ne savait trop que saluer davantage, de la richesse des débats sénatoriaux, ou de l'influence de l'expérience de la vie sur le vote des sénateurs.

Dans sa courte intervention, le sénateur Dassault expliqua aussi qu'il n'avait compris qu'au cours de sa garde à vue ce qu'on lui reprochait : " de soi-disant achats de voix". Comment est-il possible qu'en 2014, des justiciables soient ainsi laissés dans une cruelle ignorance des faits qui leur sont reprochés ? Sans doute, comme ses collègues de l'UMP, Serge Dassault lit-il en priorité Le Figaro qui, nous l'avons souvent remarqué, est étonnamment discret sur l'affaire qui le concerne. On ne saurait trop conseiller au sénateur sous-informé de se rapprocher, en qualité de simple lecteur, de la direction de ce journal, pour l'inciter à faire un effort d'information sur la garde à vue en général, et son dossier en particulier. @si tient à votre disposition, Monsieur le sénateur, le numéro du standard.

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