RT France : la directrice dénonce les medias français
Brève

RT France : la directrice dénonce les medias français

La France a fait sa connaissance lors de la conférence de presse conjointe d'Emmanuel Macron et Vladimir Poutine, en mai dernier, à Versailles.

Une journaliste se présentant comme "de RT France", Xenia Fedorova, prend la parole : "Comment pensez-vous construire vos relations avec les journalistes étrangers, sachant qu'une journaliste russe n'avait pas eu accès à votre quartier général pendant la campagne ?" Quelques semaines plus tôt, RT n'a pas été accrédité au quartier général d'En Marche. Lors de la conférence, Macron, aux côtés de Vladimir Poutine, lui répond sèchement, accusant RT et Sputnik d'être des "organes d'influence" répandant des "contre-vérités sur [sa] personne."

Xenia Fedorova est en fait présidente de RT France. Sa biographie, sur le site de RT, indique : "Journaliste, Xenia Fedorova a rejoint RT en 2005. Après avoir sillonné l'Europe et la Russie plusieurs années, elle a endossé divers rôles de direction au sein du groupe. Elle est aujourd'hui Présidente et directrice de l'information de RT France." Et avec l'arrivée de la nouvelle chaîne du groupe RT, en France, pour cet hiver, elle a récemment pris la parole, en critiquant les "médias mainstream" et en prenant la défense de RT.

Notamment dans les Inrockuptibles. Le magazine a consacré dans son dernier numéro (dont la couverture montre un dessin de Poutine, de face, en big brother inquiétant) un long article  à l'arrivée de la chaîne télé RT en France.

La journaliste, Amélie Quentel, a obtenu une interview de Xenia Fedorova : hors des actuels locaux de RT, "sans intérêt", selon ses dires, et en présence du "chargé de com du média". Fedorova y décrit l'objectif de la chaîne : "Notre but est de donner aux audiences françaises des infos rapides, crédibles, et qui n'apportent pas un seul point de vue, qui présentent aussi l'autre partie de l'histoire (...) Offrir une perspective différente en somme, et en disant cela je ne parle pas de ce que les médias nomment "le point de vue russe" : c'est totalement faux." Elle donne aussi des éléments sur les futurs locaux de la chaîne : à Boulogne. Et sur les recrutements en cours : "même des gens issus des médias mainstream nous ont sollicités", assure-t-elle, avec -estime Quentel- de l'"ironie".

La critique de RT par les médias français est au coeur de ses préoccupations. Suite à la publication de l'article des Inrockuptibles, Fedorova a elle-même publié une tribune d'opinion sur le site de RT France, titrée "Les médias mainstream ont cessé de faire leur travail." Elle y dénonce une forme de "complot" visant à dénigrer la chaîne RT, pourtant même pas encore lancée, et accuse (sans citer aucun exemple) les journalistes de ne pas vérifier leurs articles sur RT. "Dès qu'il est question de RT, il semble que ces élémentaires vérifications soient rarement, voire jamais effectuées, comme si les médias mainstream n'entendaient pas laisser les faits faire obstacle à leurs scénarios alarmistes pré-écrits."

"Vous êtes celui qui êtes biaisé"

Fedorova, aux Inrocks comme dans sa tribune, retourne l'accusation de ce qu'elle appelle les "médias mainstream" : ce n'est pas le traitement de RT de l'information qui serait biaisé, mais le traitement des médias mainstream à l'égard de RT. Ou, formulé autrement par le New York Times, dans une longue enquête sur la "nouvelle théorie de la guerre" de l'information menée par la Russie, "Si RT vous parait biaisé, c'est parce que vous vivez dans une bulle d'arrogance et d'hypocrisie occidentale. Vous êtes celui qui est biaisé." Elle attribue ainsi, dans sa tribune, le désamour du public français envers sa presse à l'existence d'un tel biais dans les médias français - que RT n'aurait évidemment pas : "La clé de notre succès est précisément de donner la parole à un large spectre d'acteurs de la société, politiques comme sociaux. Or le public, et en particulier sa frange la plus jeune, est las de cette couverture à sens unique, de lire les mêmes papiers, les mêmes mensonges partout."

Poutine lui-même l'avait explicité, sans langue de bois, lors d'une visite dans les locaux de RT, à Moscou, en 2013 : l'objectif de RT, comme Sputnik, est de "briser le monopole anglo-saxon des circuits globaux d'information." De son côté, Fedorova a confié à Quentel qu'elle "voulait être diplomate - avant de se rendre compte que le journalisme était un «meilleur moyen de changer le monde»". A suivre, en décembre, lors de l'ouverture de la chaîne en France.

L'occasion de relire notre enquête en trois volets sur les médias russes en France: "Loi travail et immigration, thèmes préférés des médias russes en France", "Sputnik, le site qui se demande si les USA ont causé le crash Germanwings", "Pourquoi les médias russes raffolent de l'extrême-droite française".

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