Primaire LR : LCI plonge dans le "grand remplacement"
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Primaire LR : LCI plonge dans le "grand remplacement"

Les cinq candidats à l'investiture LR pour la présidentielle débattaient ce 8 novembre sur LCI. L'occasion pour Ruth Elkrief et David Pujadas d'accorder onze minutes de discussion à la théorie du "grand remplacement", chère à deux polémistes d'extrême droite : Renaud Camus et Éric Zemmour. Avec des questions sans distance par rapport à la théorie raciste et complotiste.

Qui eût cru que le "grand remplacement", théorie complotiste et raciste promue par Renaud Camus, se retrouverait un jour sérieusement discutée lors d'un débat présidentiel ? Le 8 novembre, LCI a décidé d'ouvrir la discussion en demandant très sérieusement  aux candidats à la primaire des Républicains leur avis sur la question. Autour de la table, Valérie Pécresse, Michel Barnier, Éric Ciotti, Philippe Juvin et Xavier Bertrand ont tous dû expliquer pendant onze minutes si, oui ou non, ils reprenaient à leur compte cette théorie. 

Il faut dire qu'ils ont été bien aidés par David Pujadas et Ruth Elrkief qui animaient la joute. Pour lancer le débat sur l'immigration, incontournable à droite, la question est lancée à tous les candidats : reprennent-ils à leur compte la théorie camusienne d'une substitution de la population européenne par l'immigration venue d'Afrique et du Moyen-Orient ? En ouvrant la discussion, Ruth Elkrief attribue la théorie à Éric Zemmour, qui la fait sienne. Mais elle ne rappelle jamais que c'est Renaud Camus qui l'a théorisée, et que cette théorie a inspiré l'attentat de Christchurch, au cours duquel un terroriste d'extrême droite avait tué 51 fidèles de deux mosquées néo-zélandaises en 2019. Ruth Elkrief ne rappelle pas non plus que, comme Éric Zemmour, Renaud Camus a été condamné pour "provocation à la haine" contre les musulmans.

Pas un seul LR pour s'insurger

Le tour de table commence par Éric Ciotti, qui reprend à son compte l'expression sans aucun problème : "Vous appelez ce phénomène comme vous voulez, mais moi je le constate. [...] S'il faut parler de «grand remplacement», je parle de «remplacement»." Pas vraiment étonnant de la part du député LR des Alpes-Maritimes, qui a aussi évoqué une prétendue "invasion migratoire". On aurait pu s'attendre à plus de modération de la part de Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France. Ça commençait bien, pourtant : "Je déteste cette expression", affirme l'élue. Avant d'ajouter : "Je la déteste parce qu'elle donne le sentiment que tout est foutu." Aucune condamnation de la théorie, ni de ses auteurs et promoteurs donc, juste une critique de son pessimisme intrinsèque. Valérie Pécresse croit elle aussi que l'immigration en France est "incontrôlée", et qu'elle "a un lien avec la montée de l'islamisme et du terrorisme"

À sa droite, Philippe Juvin, député européen, ne dit pas autre chose : "Je suis d'accord avec Valérie Pécresse. Utiliser cette expression laisse entendre qu'en fait, c'est fichu." Selon le médecin, "dans certains quartiers, il y a des classes où une majorité d’élèves n’ont pas le français comme langue maternelle." En face de lui, Xavier Bertrand louvoie, évite la question, ne prononce jamais l'expression honnie. Il évoque son bilan dans les Hauts-de-France, parle de la "jungle" de Calais, mais pressé par Ruth Elkrief qui veut quand même une réponse, il finit par lâcher : "Ça ne se produira pas parce qu’on va gagner l’élection présidentielle et mettre fin au laxisme migratoire." Façon de dire que ça pourrait arriver, donc. Finalement, le seul signe de retenue est venu de Michel Barnier, l'outsider de cette primaire. L'ancien commissaire européen est le seul à rejeter le terme, et son origine : "Je n'utiliserai pas ce mot." Barnier détaille ensuite certaines de ses mesures pour "mettre fin au laisser-faire", mais il est vite rappelé à l'ordre par Ruth Elkrief : "On va y venir, mais cette expression elle vous choque, vous ne voulez pas l'utiliser ? Elle vous choque ? Vous considérez qu'elle est d'extrême droite, qu'elle ne reflète pas la réalité ?" Michel Barnier finit par céder, recalant "l'expression" en critiquant non pas ce qu'elle désigne mais son émetteur, Zemmour : "Je n'aime pas cette expression parce qu'elle est utilisée par des gens, et notamment une personne, nous le savons bien, qui n'a pas la même histoire que nous. Qui confond Pétain avec de Gaulle." 

Une fois tous les candidats pressés jusqu'à répondre, Ruth Elkrief dresse le bilan : "On voit bien que chacun se distingue, ou se détermine par rapport à une position et à une personnalité, en l'occurrence, qui utilise ce mot. Éric Ciotti a dit «Oui, pourquoi pas le dire ?». Valérie Pécresse et Michel Barnier ont dit «non». Enfin voilà !" Voilà, mais Valérie Pécresse s'insurge. "Non mais attendez..." Elle est immédiatement coupée par Ruth Elkrief, rassurante : "Vous n'avez pas nié la réalité !" Valérie Pécresse reprend : "J'ai dit que je n'aimais pas cette expression, mais je n'ai pas du tout nié le vrai problème !" "Tout à fait !", conclut Ekrief. Nous voilà rassurés.


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