Omidyar, fondateur d'eBay, défend les Anonymous
Brève

Omidyar, fondateur d'eBay, défend les Anonymous

Quand le fondateur et président d'eBay prend la défense des pirates de sa filiale Paypal, cela donne une étonnante tribune de Pierre Omidyar, multi-milliardaire farouche défenseur du premier amendement de la constitution américaine et bailleur de fonds du nouveau média d'investigation "NewCo".

Des "pirates" qui s'en sont pris à Paypal ont reçu un soutien inattendu : le fondateur et président d'eBay (qu'il ne dirige plus effectivement), maison mère de Paypal depuis 2002, Pierre Omidyar. Dans une tribune publiée aujourd'hui par le HuffPost, il rappelle qu'en décembre 2010, une large attaque par déni de service (saturation de serveur) est lancée par Anonymous contre Paypal en réponse à la décision du service de micropaiement de geler le compte utilisé par Wikileaks (on en parlait ici). Les 14 personnes identifiées comme ayant participé à cette attaque (sur environ un millier), surnommés les "Paypal 14", doivent être jugées cette semaine aux États-Unis.

Omidyar a toujours défendu Wikileaks et reprend d'abord dans sa tribune une partie d'un édito auquel il avait contribué en 2010. Il s'y s'inquiètait déjà de la fragilité des nouveaux lanceurs d'alerte : "Par le passé, un journaliste possédait sa propre maison d'édition et lorsque même les plus agressifs des politiciens voulaient lui mettre des bâtons dans les roues, ils ne pouvaient strictement rien faire [...] Mais le cas de WikiLeaks dénonce la vulnérabilité des éditeurs sur Internet. Ce qui est arrivé à Julian Assange et son site a des implications profondes et embarrassantes pour notre société."

picto Omidyar, miliardaire militant

"La protestation sur internet est devenue une nouvelle forme d'expression"

La cible préférée d'Omidyar ? Les interventions des gouvernements américain et étrangers sur ces sujets : "Nous parlons des atteintes à la démocraties causées par le gouvernement quand celui-ci use de sa position pour faire taire les voix qui ne lui conviennent pas. Ce qui est encore plus inquiétant c'est la façon dont cette affaire a dévoilé que les gouvernements étrangers pouvaient se servir de leurs propres enquêtes criminelles pour atteindre et éventuellement faire taire des journalistes au-delà de leurs propres frontières."

Mais même militant, Omidyar reste le président de la maison mère de Paypal, et la casquette reprend parfois le dessus : "Un millier de personnes [en ligne] ont le même effet que six millions de manifestants devant votre porte" poursuit le multi-milliardaire américain (né en France de parents iraniens). Il rappelle ainsi longuement la puissance des attaques par déni de service (DoS en anglais) et regrette que de nombreux utilisateurs de Paypal aient pu être gravement pénalisés, tout en saluant le travail des équipes. En bon président, il salue le travail des employés de PayPal, qui "prennent la protection de leurs clients très au sérieux".

Alors est-ce que les pirates doivent être condamnés ? Oui, mais il exprime son souhait de voir les "Paypal 14" s'acquitter d'une amende plutôt que d'une peine de prison. "Les dommages estimés par les procureurs dans cette affaire comprennent le coût d'un équipement pour mieux se défendre contre les attaques de ce genre. À mon avis, ce n'est pas logique. C'est comme condamner un manifestant qui aurait, de manière illégale et très mal avisée, jeté une pierre dans une fenêtre à payer le remplacement de ladite fenêtre par une fenêtre plus moderne et plus chère qui résisterait aux pierres." détaille-t-il. Tout en notant les dangers de ces attaques ravageuses, il leur reconnait finalement une légitimité liée au sacro-saint premier amendement (liberté d'expression) : "La protestation sur internet est devenue une nouvelle forme d'expression et doit sembler tout à fait naturelle aux gens qui ont grandi en faisant partie de communautés virtuelles [...] Le premier amendement est le droit le plus important des Américains. Comment notre perception de cet amendement va-t-elle s'adapter aux changement sociaux et technologiques ?"

Le "philanthrope et éditeur partisan de la transparence gouvernementale" (comme il se définit lui-même), s'est déjà impliqué dans la défense de la liberté d'expression. On vous parlait ici de son lancement d'un média d'investigation, suite à l'affaire Snowden, avec Glenn Greenwald. Il fait d'ailleurs sa publicité au passage dans la tribune : "le premier amendement sera au cœur de notre nouvelle organisation médiatique et nous prendrons des décisions entièrement différentes face à des situations de pressions de non-publication ou de représailles suite aux faits de la part du gouvernement".

L'occasion de revoir notre émission consacrée à Anonymous et notre dossier consacré à la question.

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