Naufrage : le "héros" et le "bouc émissaire" (presse italienne)
Brève

Naufrage : le "héros" et le "bouc émissaire" (presse italienne)

Toute la presse italienne critique violemment le commandant qui a abandonné son navire, laissant équipage et passagers se débrouiller pendant le naufrage du Costa Concordia, son maxi-paquebot. Francesco Schettino (52 ans) est devenu en quelques jours, un symbole de honte nationale et "l'homme le plus haï" d'Italie, par opposition au capitaine du port de Livourne qui lui avait demandé de remonter à bord.

"Le commandant est libéré" titraient hier presque tous les quotidiens italiens nationaux ou régionaux, en évoquant sa sortie de prison et son placement en résidence surveillée, à son domicile, près de Naples.

"Merci capitaine" titre l'éditorial à la Une du Corriere qui salue l'attitude du capitaine du port de Livourne qui a téléphoné au commandant en lui intimant (vainement) l'ordre de remonter à son bord pour diriger le sauvetage. L'éditorial n'a pas de mots assez durs pour le commandant du paquebot :

"La conversation téléphonique dramatique entre Francesco Schettino et le capitaine De Falco de la capitainerie du port de Livourne est sans doute le meilleur document qui témoigne de ces deux âmes de l'Italie. D'un côté un homme irrémédiablement perdu, un commandant lâche et traître qui fuit ses responsabilités d'homme et d'officier, entaché par une honte ineffaçable."

"De l'autre, un homme énergique qui comprend immédiatement l'étendue de la tragédie et essaye de rappeler un autre homme à ses obligations. (...) Merci capitaine Di Falco, notre pays désespérément besoin de gens comme vous." conclut le Corriere.

Mais l'éditorial de La Stampa n'apprécie pas cette opposition si tranchée : "Un bouc émissaire sur qui faire porter la colère, un héros sans tache pour l’apaiser. Voilà la formule un peu simpliste des histoires italiennes en temps de crise. Dans le drame du naufrage de l’île du Giglio, la réalité a été aussitôt transformée en bande dessinée. Il fallait une image évocatrice (le navire sur le flanc, symbole du pays à la dérive) et un Schettino [son capitaine] pour remplir le vide laissé par Berlusconi dans la case Hontes et Mensonges. Manquait encore le ‘bon’, celui à qui revient dans le scénario la mission cruciale de redresser l’honneur blessé de la collectivité, en la fortifiant dans l’idée qu’elle est meilleure qu’elle n’est. Or désormais on tient aussi le ‘bon’. Bien sûr, nous sommes tous avec De Falco, chef incisif de la capitainerie de Livourne qui ordonnait à Schettino de remonter à bord, alors qu’il était déjà sur une chaloupe, et d’agir en homme (ordre vain, d’ailleurs, comme quasiment tous ceux donnés en Italie, Schettino lui disant oui en continuant de s’enfuir). Mais j’éviterais le jeu des parallèles appuyés: le héros contre le lâche, le bon Italien contre le mauvais. (...) Je ne veux rien ôter au mérite du responsable de la capitainerie, mais je conteste l’abus du terme de ‘héros’ décerné, dans une époque qui a perdu le sens des mots, à celui qui ne fait que son devoir."

Même titre pour L'Arena (Vérone) tandis qu'Il Giornale di Vicenza montre la fumée du déclenchement d'une charge d'explosifs utilisée pour dégager un passage pour extraire cinq cadavres de passagers.

"Retournez à bord commandant !" "Schettino à son domicile" titre Il Manifesto.

"Le capitaine est déja à la maison" titre Libero qui, par ailleurs montre une caricature d'Angela Merkel fuyant le paquebot de l'Europe échouée dans la discorde, tandis qu'une voix lui crie "Remonte à bord !"

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