Mort Pierre Bergé : bons et mauvais actionnaires (Fenoglio / Le Monde)
Brève

Mort Pierre Bergé : bons et mauvais actionnaires (Fenoglio / Le Monde)

Pierre Bergé, actionnaire et président du conseil de surveillance du groupe Le Monde, est mort.

Jérome Fenoglio, l'actuel directeur du Monde, lui rend hommage dans un court papier qui revient sur son rôle de "patron" du Monde, dont il est devenu actionnaire, avec Xavier Niel et Mathieu Pigasse. En termes très élégants :

"Lecteur passionné, Pierre Bergé avait des avis tranchés sur nombre de sujets et d'articles. Et autant il respectait la limite qui protège la rédaction, autant il ne souffrait aucune borne dans sa liberté d'exprimer son opinion. Par voie de tweets ou de déclarations publiques, il pouvait émettre des critiques acerbes contre tel papier ou telle enquête." Fenoglio ajoute : "Les journalistes savent très bien qu'il est infiniment préférable d'avoir un actionnaire qui exprime publiquement ses désaccords une fois que les articles sont publiés, plutôt que des propriétaires de journaux - ils existent - qui restent silencieux parce qu'ils ont fait censurer au préalable tout ce qui pourrait leur déplaire ou les desservir."

La direction, et la Société des Rédacteurs du Monde (SRM), n'ont pourtant pas toujours réagi avec autant de magnanimité aux sorties de Pierre Bergé.

Une première sortie, marquante, date de 2011. Pierre Bergé envoie un e-mail sanguin à la rédaction pour se plaindre de son traitement de François Mitterrand. Il y déclare notamment : "Je regrette de m'être embarqué dans cette aventure. Payer sans avoir de pouvoirs est une drôle de formule à laquelle j'aurais dû réfléchir!" Dans un communiqué, la SRM lui répond, en soulignant "avoir confirmé à Pierre Bergé que ses pouvoirs ne s'étendent pas aux contenus éditoriaux du Monde".

"Abandonner le journal"

Deux ans plus tard, à l'occasion de la Manif pour Tous en 2013, Bergé, qui défend l'ouverture du mariage civil aux personnes homosexuelles tacle la rédaction de La Vie, hebdo catholique faisant partie du groupe Le Monde, et notamment certains éditoriaux peu favorables à la réforme portée par la ministre de la Justice Christiane Taubira. Bergé, racontent Les Echos, aurait menacé d' "abandonner le journal", "sous-entendant qu'il pourrait, à titre personnel, solliciter la mise en vente du titre." Il affirmait alors, encore aux Echos : "J'ai témoigné mon désaccord avec un édito de La Vie et je continue. Je ne vois pas pourquoi tout le monde aurait le droit de s'exprimer sauf un actionnaire (...) Oui, je serais heureux que ce journal ne fasse plus partie du groupe." Quelques mois plus tôt, il s'était déjà dit "scandalisé" par une pub contre le mariage pour tous dans les pages du Monde. Le "pôle d'indépendance" du groupe Le Monde (qui regroupe la SRM, la Société civile des personnels des publications de La Vie catholique ainsi que les sociétés des lecteurs, des cadres, des employés, celle des personnels du Monde, du Monde interactif et de Courrier International ainsi que l'Association des actionnaires minroitaires du Monde) avait réagi pour rappeler à Bergé que "la définition de la ligne éditoriale des titres et sites du groupe est du ressort exclusif des directeurs des rédactions et de leurs équipes rédactionnelles."

En 2015, nouvelle crise : Bergé accuse sur RTL, le quotidien d'avoir "jeté en pâture le nom" des personnalités mises en causes dans l'enquête des "Swissleaks" : un système international d'évasion fiscale mis en place par la filiale suisse de la banque HSBC. "Ce n'est pas pour ça que je leur ai permis d'acquérir leur indépendance", peste-t-il à la radio. "Ce sont des méthodes que je réprouve." A nouveau, la SRM dénonce une "intrusion dans le contenu éditorial" et tacle Bergé, "coutumier" de ce type de sorties.

Distributeur de bonnes et mauvaises notes

De temps en temps, Bergé s'est aussi adressé directement aux journalistes du quotidien, pour les féliciter... ou les admonester. Féliciter, lorsque l'éditorialiste Arnaud Leparmentier prédit l'élection d'Emmanuel Macron, alors candidat.

Admonester, quand Eric Chevillard, écrivain, chronique un peu durement un livre de Patrick Modiano. En une série de trois tweets, Bergé le traite de "connard."

L'occasion de revoir notre émission, "Le Monde va avoir un problème d'indépendance."

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