M6 et l'islam radical : opération com' pour Darmanin
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M6 et l'islam radical : opération com' pour Darmanin

À Roubaix, presse locale et habitants critiquent un reportage qui "dénature" la ville. 2e volet de notre enquête.

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Le reportage de "Zone interdite", "Face au danger de l'islam radical, les réponses de l'État", est une longue illustration de la mise en œuvre, par la police et les préfectures, de la loi Séparatisme, dont le point d'orgue est une interview sans distance avec Gérald Darmanin. À Roubaix, journalistes et habitants regrettent une stigmatisation systématique de leur ville dans les médias. Second volet de notre enquête.

La menace de mort grésille sur le portable du juriste Amine Elbahi, invité sur le plateau de Touche pas à mon poste sur C8, ce 24 janvier, pour témoigner des menaces qu'il reçoit depuis la diffusion, la veille, du reportage de Zone interdite, "Face au danger de l'islam radical, les réponses de l'État". Il explique à Cyril Hanouna : "Je suis menacé parce qu'on met en lumière des pratiques inacceptables de minorités bruyantes et instables qui fragilisent notre vie en société." Amine Elbahi, 25 ans, incarne dans le reportage le lanceur d'alerte roubaisien anti-communautarisme, et se fait le porte-voix du film. Des interlocuteurs musulmans expliquent à l'inverse avoir été trompés sur la nature du reportage : nous le racontons dans le 1er volet de cette enquête (en accès libre).

Le 30 janvier, Elbahi et la présentatrice de M6 Ophélie Meunier ont été placés sous protection policière suite à plusieurs menaces de mort. Contrairement à ce qu'avancent 160 personnalités qui signent une tribune dans le Figaro ce 3 février, les condamnations de la profession ont été rapides et nombreuses. Les sociétés des journalistes des journaux télévisés de M6 et de RTL leur ont apporté leur "plein soutien", car "rien ne justifie les menaces ou la violence." Les SDJ du Figaro, du Monde, de Radio France, de France 2, de BFMTV... et d'Arrêt sur images ont soutenu le communiqué. L'Express et Le Monde ont publié des éditoriaux de soutien. Jean-Marc Morandini a proposé de diffuser l'enquête de M6 sur sa chaîne, CNews, tandis que Le Point écrivait : "Nous sommes tous Ophélie Meunier et Amine Elbahi". Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé avoir "donné l'instruction qu'à chaque fois qu'un journaliste fait l'objet de menaces caractérisées, il bénéficie d'une protection policière".

En novembre dernier, lorsque les journalistes Taha Bouhafs et Mathieu Molard ont été menacés de mort par l'extrême droite, aucune mesure semblable n'avait été annoncée. Pourquoi le ministre de l'Intérieur s'est-il cette fois emparé du sujet ?


Illustrer le "djihadisme d'atmosphère" décrit par Darmanin

L'un des éléments de réponse tient peut-être à la participation exclusive de Gérald Darmanin à Zone interdite, et au fait que le film illustre et justifie la loi sur le séparatisme, promulguée le 24 août 2021. Du début à la fin du reportage qui s'intéresse aux "réponses de l'État face au danger de l'islam radical", Zone interdite embarque aux côtés de policiers et représentants des autorités. On entend à deux reprises que "depuis 2017, 37 attentats islamistes ont été déjoués grâce aux renseignements territoriaux". À Marseille, l'équipe a été autorisée à suivre et filmer les agents de la DGSI tandis que ceux-ci procèdent à un contrôle  – des images exclusives, comme le souligne la voix off : "Pour la toute première fois, nous avons pu filmer les équipes d'intervention qui combattent [la menace islamiste]". L'obtention d'interviews face caméra de plusieurs préfet‧es et agent‧es de préfecture, sans parler de l'entretien avec le directeur du service central du renseignement territorial, anonyme, témoignent d'une collaboration étroite de Zone interdite avec le ministère de l'Intérieur.

Et ce 23 janvier, jour de diffusion, la machine de com' est en marche. Le Comité interministériel de prévention de la radicalisation et du séparatisme (SG-CIPDR) tweete ainsi, avec le hashtag #ZoneInterdite : "Le séparatisme islamiste commence par l'endoctrinement, et se poursuit par la négation de nos principes démocratiques, de nos droits et libertés." S'en suivent pas moins de sept tweets distincts sous le même hashtag. Les comptes Twitter des préfectures des Bouches-du-Rhône et des Hauts-de-France et du Nord utilisent aussi le hashtag, pour annoncer que "depuis le tournage [...] les services de l'État ont poursuivi leurs contrôles et engagé des procédures pour tous les manquements constatés". Ils sont dûment retweetés par le SG-CIPDR, dans ce qui ressemble fort à une opération de communication digitale coordonnée.

Dans Nice-Matin, le 22 janvier, la présentatrice Ophélie Meunier déclarait : "Depuis 2015 et les attentats, il y a un vrai virage avec la menace terroriste en France, et c'est une thématique qui devrait, sans doute, être au cœur de certains débats entre candidats de la prochaine élection présidentielle, on est donc dans une forme d'actualité et Zone interdite s'intéresse à tous les sujets d'actualité." En fin d'émission, Meunier va tendre le micro à Gérald Darmanin, dans ses bureaux de la place Beauvau à Paris. La voix off résume le but de l'interview : "Depuis 2015, les attentats ont marqué un tournant dans la lutte contre le terrorisme. La loi contre le séparatisme en est le principal outil." Une séquence en forme de service après-vente pour la loi Séparatisme, pendant laquelle Darmanin défend son bilan.

Dans son entretien, le ministre de l'Intérieur lie directement communautarisme, séparatisme et terrorisme, jusqu'à parler de "djihadisme d'atmosphère" "On a qualifié ça de séparatisme. Ce n'est pas commettre des actes terroristes, mais se séparer de la nation dans laquelle vous êtes. Par vos codes religieux évidemment, vos codes alimentaires, vos codes de vacances, la façon dont vous éduquez vos enfants… Votre travail… Bref, vous vous séparez de la communauté nationale." Darmanin vante ensuite son bilan et promeut l'augmentation des moyens de la DGSI et les offres de stage au ministère de l'Intérieur... avant de lancer sa punchline : la France, dit-il, "il n'y a pas de meilleur pays pour vivre quand on croit en Dieu. On disait «heureux comme un juif en France» au 19e siècle, eh bien, « heureux comme un musulman en France » !" Le ministre tweete un extrait après la diffusion.

L'intervieweuse sans distance critique

Face à Gérald Darmanin, l'intervieweuse ne manifeste aucune distance journalistique, ni recul critique sur le contenu de la loi Séparatisme. En janvier 2021, celle-ci avait pourtant suscité de nombreuses inquiétudes. Dans Libération, un collectif de chercheur‧es et avocat‧es condamnait un "texte liberticide" et "une atteinte sans précédent aux socles de notre République"La loi avait alerté jusqu'à la Défenseuse des droits Claire Hédon, qui redoutait des "risques d'atteinte aux libertés", et la Commission nationale consultative des droits de l'homme, qui s'inquiétait d'"un projet de loi dangereux pour la cohésion nationale et les droits et libertés fondamentales". Vous ne l'apprendrez pas en regardant Zone interdite.

Le reportage devait être diffusé en octobre dernier, deux ans après l'assassinat de Samuel Paty, et non à quelques mois d'une élection présidentielle. Il a été décalé car l'enquête n'était pas terminée, explique le producteur de M6 Jean-Marie Tricaud sur Europe 1. Le timing devient ainsi favorable au gouvernement. Sur Europe 1, Jean-Marie Tricaud assume le choix de diffuser ce "sujet particulièrement sensible" pendant la campagne présidentielle : " [...] à partir du moment où on le traite de manière équilibrée, sans amalgame, pourquoi ne pas renseigner ce sujet-là ?" 

"Elle voulait des signes visibles de communautarisme"

Le sujet de la lutte contre l'islam radical – que la réalisatrice Michaëlle Gagnet a caché à plusieurs interlocuteur‧ices musulman‧es, leur présentant un film sur "la laïcité et le vivre-ensemble" mais pas au journaliste de la Voix du Nord Bruno Renoul, comme nous le relations dans le premier volet de cette enquête – est le fil conducteur du reportage, qui mélange faits graves (cette école primaire marseillaise où les petites filles sont voilées et strictement séparées des garçons) et signes anodins de vie quotidienne (comme les commerces de la rue de Lannoy à Roubaix, voir plus bas). Bruno Renoul raconte à ASI : "On m'a dit : « Est-ce qu'on peut se balader dans les rues avec vous, pour montrer les commerces communautaires ? », dit-il. Elle voulait des signes visibles de communautarisme, mais je considère que ce n'est pas le rôle d'un journaliste local." Il a refusé. Ce rôle a finalement été tenu par le jeune juriste Amine Elbahi dans le reportage, dit-il.

Depuis la diffusion, Amine Elbahi fait le tour des plateaux. Dès le 24 janvier, il était sur TPMP, mais aussi BFMTVCNews, et le lendemain dans Les Grandes gueules... "Vous êtes ma 28e sollicitation !" rit-il lorsqu'ASI l'appelle. Il nous assure de  "[s]on indépendance politique" : "Je ne peux pas être comptable de la parole des autres. Je dis que dans le combat contre l'islamisme, il y a des trous dans la raquette. Effectivement, il y a du communautarisme, mais dire [comme Darmanin] que cela mène à l'action violente, alors là, non." Dans La Voix du Nord, le 26 janvier, Bruno Renoul décrit un jeune homme qui, "politiquement, se revendique « de droite »". Ancien militant LR, Elbahi a fait campagne pour le maire LR-UDI de Roubaix Guillaume Delbar en 2014, explique Renoul. "Selon ses détracteurs, Delbar n'a pas voulu de lui dans son équipe, et à partir de là, il est devenu son opposantÇa ne m'étonnerait pas du tout qu'il soit candidat aux législatives."

Dans Zone interdite, Amine Elbahi est filmé en train de conduire dans la rue de Lannoy, à Roubaix, sa ville natale. "Vous avez cinq, six boucheries halal dans la même rue ! (...) Mieux que ça, des librairies islamiques !" s'indigne-t-il, juste après que la voix off a mentionné "un communautarisme qui basculerait doucement vers l'intégrisme". Ces commerces sont "un appel à s'exclure de la communauté nationale", dit-il. "Ce communautarisme fait du mal à la société française parce que ça nourrit, d'une certaine façon, l'islamisme radical." Le jeune homme explique lutter contre l'islam radical car sa sœur aînée a été radicalisée – "ici, à Roubaix !" – et est partie en Syrie. Il se bat pour la faire rapatrier. "Je ne fais que dénoncer un constat, nous dit-il. Mon intervention porte sur l'inaction politique du maire de Roubaix." Pour Bruno Renoul, Elbahi, "c'est un écorché vif, et il a toujours aimé la lumière." En 2019, Elbahi participait à une émission avec la journaliste Zineb El Rhazoui. Le 31 janvier, on l'a vu sur RTL, CNewsBFMTV, Franceinfo, C à vous... et il a signé une tribune du Figaro Vox.

Elbahi y écrit que "Roubaix est devenu le symbole de la faiblesse de l'État face à l'islamisme". Un propos bien éloigné de ce qu'il disait à La Voix du Nord le 24 janvier, où il admettait que "ça manquait de mesure et de nuance de la part de M6"Les comparaisons entre Elbahi et la jeune Mila, menacée de mort pour avoir critiqué l'islam, n'ont pas tardé. Le 30 janvier, Élisabeth Lévy, de Causeur, disait sur Sud Radio : "Assez de cette lâcheté, nous n'avons pas le droit de laisser Ophélie Meunier, Amine Elbahi, Mila et les autres seuls." 

Caméras cachées à Roubaix 

À Roubaix, Zone interdite a filmé, pêle-mêle, des boucheries halal et des commerces tenus par des musulmans dans la rue de Lannoy, dont une boutique vendant des poupées sans visage, signe, selon le reportage, d'une pratique radicale de l'islam ; un restaurant avec des boxes pour les femmes voilées ; et les locaux d'Ambitions et initiatives pour la réussite (AAIR), association accusée de prosélytisme sur fonds publics - elle donnait des cours de soutien scolaire, mais aussi d'arabe, à visée religieuse, tout en touchant des aides publiques. Les séquences roubaisiennes sont filmées en caméra cachée : les journalistes se font passer pour des clients ou des parents d'élèves. La charte d'éthique professionnelle des journalistes précise pourtant que le journaliste doit "proscrire tout moyen déloyal pour obtenir une information" et ne taire sa qualité de journaliste que "dans le cas où sa sécurité, celle de ses sources ou la gravité des faits l'[y] obligent" – il faut alors "dès que possible donner une explication au public", ce que le reportage de Zone interdite ne fait jamais. Sur CNews, Michaëlle Gagnet a défendu ses méthodes controversées et l'usage de la caméra cachée, dont l'emploi "n'est pas malhonnête" car il s'agit d'un "procédé obligé" pour "montrer la vérité, quelque chose qui est caché". Pour Ophélie Meunier dans Nice-Matin"nous avons dû nous infiltrer dans certains endroits où, habituellement, nous n'avons pas accès, c'était notre principal obstacle."

Rue de Lannoy, des commerçants appelés par ASI sont "dégoûtés" par l'image "injuste" et "stigmatisante" que renvoie le reportage, et ne comprennent pas pourquoi leurs boutiques ont dû être "infiltrées". Dans la boutique Sounna Shop, rue de Lannoy, La Voix du Nord note que "la caméra cachée filme des poupées sans visage mais occulte les autres produits, notamment des bijoux, de la lingerie ou des romans sans connotations religieuses". Aïcha El Kaddouri, gérante de Sounna Shop, s'est dite "choquée" et a dénoncé un film "à vomir de mensonges". Sa boutique n'est "pas une librairie islamique, mais une boutique de coffrets-cadeaux", et elle est "ouverte à tous". Surtout, elle n'a jamais été contactée par la production. "J'aurais vraiment apprécié qu'un de ces journalistes me contacte pour m'interviewer au lieu de rentrer chez moi comme s'ils n'étaient pas les bienvenus, ou comme si par ce biais ils allaient pouvoir entendre des choses folles," écrit-elle sur Facebook.

Mehdi, propriétaire d'un snack, a retrouvé sa vitrine dans le film ; il se souvient auprès d'Arrêt sur images de l'équipe de Zone interdite, qui lui a annoncé préparer un "reportage sur les bienfaits du communautarisme" : "Ils ne filmaient que les connotations islamiques dans les vitrines." Lorsqu'il l'a fait remarquer à Michaëlle Gagnet, celle-ci "s'est énervée, a fait volte-face et est partie". Pascal Delmas, antiquaire et président de l'association des commerçants de la rue, regrette que les médias "massacrent" ainsi sa ville et sa rue, "diverse", où les boucheries halal côtoient cave à vin et brocanteurs. "Ils filment une rôtisserie halal et englobent ça dans la «radicalisation » ! Ce qui m'agace au quotidien, c'est la propreté de la rue. Mais la radicalisation, je n'y ai jamais été confronté. Si les gens de M6 étaient venus nous trouver, ils auraient eu des discours complètement différents."

"On met sur le même plan un hammam et une librairie qui vend des livres sur le djihad"

Le reportage de M6 "dénature la réalité", selon Marc Grosclaude, journaliste à La Voix du Nord. "Montrer des snacks comme s'il s'agissait d'une manifestation du séparatisme, ça va beaucoup trop loin ! observe-t-il pour ASI. Aucune mosquée n'a été fermée à Roubaix pour propos incitant au séparatisme ou au terrorisme. Il faudrait plutôt regarder le problème du trafic de stupéfiants." La forte concentration de population d'origine maghrébine à Roubaix, rappelle-t-il, n'a "rien de surprenant" : "Ces personnes, la France les a faites venir pour travailler dans les mines, le textile et la sidérurgie du Pas-de-Calais." Mais toutes les personnes d'origine maghrébine ne sont pas musulmanes, et le chiffre de 40 % de musulmans à Roubaix, comme l'a souligné La Voix du Nord, "n'est jamais réellement sourcé" et invérifiable. "Assimiler des gens à leur supposée religion, c'est assez nauséabond," ajoute Marc Grosclaude.

Bruno Renoul, de La Voix du Nord, intervient dans Zone interdite pour parler de l'affaire de l'association AAIR, sur laquelle il a enquêté. Mais bien vite, à lui aussi, on a posé "des questions sur l'islam", auxquelles il a refusé de répondre. À l'arrivée, il avoue "ne pas s'être totalement retrouvé dans le style" du reportage, notamment à cause de l'utilisation des caméras cachées, qui "donnent une impression d'angoisse", et du floutage des clients qui fait que "tous les musulmans ont le même visage". Le militant roubaisien Ali Rahni connaît bien l'association AAIR : ses enfants y ont suivi des cours. Il décrit du "catéchisme pour les musulmans." Rien de scandaleux là-dedans, dit-il, si ce n'est bien sûr qu'ils "auraient dû séparer les deux associations" – l'une, faisant du soutien scolaire, qui pouvait toucher des aides publiques ; l'autre, proposant des cours religieux, qui n'aurait pas dû. Mais ce n'est pas la preuve que Roubaix est devenue une "ville à majorité musulmane"Renoul avoue ne pas comprendre les amalgames du film : "On met sur le même plan un hammam et une librairie qui vend des livres sur le djihad. Je ne vois pas bien le rapport entre les deux, ni entre l'affaire de l'AAIR et le développement de l'islam radical. Pour moi, le sujet de l'AAIR, c'est les fonds publics utilisés à des fins clientélistes." Surtout, il regrette une "confusion des termes" : Zone interdite parle "de rigorisme, de salafisme, de radicalisme... C'est mélangé, alors que ce sont des concepts qui demandent de la nuance."

"Roubaix, ça fait 25 ans qu'elle est stigmatisée"

Dans un communiqué publié le 24 janvier, le maire de Roubaix Guillaume Delbar dénonçait un "Roubaix bashing" et s'inquiétait lui aussi sur une confusion des termes. "Le débat ne doit pas être manipulé par ceux qui voient des séparatistes partout, écrivait-il. (...) L'amalgame entre musulman, islam, islamisme et terrorisme est repris par des populistes qui font naître des sentiments de haine dans un pays inquiet." Ali Rahni soupire : "Roubaix, ça fait 25 ans qu'elle est stigmatisée." Cette étiquette de "ville à majorité musulmane" qui colle à Roubaix, Le Monde diplomatique en identifiait la source médiatique dès juin 1997 : le livre Le paradoxe de Roubaix de Philippe Aziz (Plon, mars 1996), aussitôt repris par Le Point. "Partant de ce postulat (Roubaix, ville de France où les musulmans sont majoritaires), [un éditorial] donne le ton du dossier : le combat s'impose contre les intégristes qui saperaient la République," écrit le Monde diplomatique.

La thèse de Philippe Aziz est ensuite reprise dans Paris-Match puis dans le Point et le Figaro. L'étiquette collera désormais à la ville de Roubaix. Le Monde diplomatique note pourtant qu'"un journaliste à Nord-Éclair et correspondant du Point dans le Nord avait [à l'époque] contesté la thèse de Philippe Aziz". Mais n'a pas été entendu. À l'étranger, Roubaix a meilleure presse : en 2013, le New York Times s'émerveillait devant cette ville qui "comble le fossé entre musulmans et non-musulmans".

"Roubaix (...) se démarque par ses efforts, discrets mais remarqués, promouvant une communauté musulmane active, et a ainsi diminué les tensions ethniques et sectaires qui divisent d'autres endroits de France," écrivait le New York Times.

Du pain bénit pour Zemmour

Ce 23 janvier, Éric Zemmour semblait saliver devant sa télévision. Sur son compte Twitter, pas moins de six tweets ont été postés sous le hashtag #ZoneInterdite, dont un extrait de l'émission à Roubaix, qualifiée d'"Afghanistan à deux heures de Paris". L'équipe de com' d'Éric Zemmour l'a bien compris : Zone interdite est du pain bénit pour sa campagne et offre des slogans politiques ("Certains se demandent pourquoi je suis si ferme. Je leur réponds : regardez Zone Interdite !") doublés de publicités gratuites pour M6 ("Vous voulez savoir contre quoi je me bats ? Allumez votre télévision, regardez M6"). Le 24 janvier, le candidat recyclait même sa punchline sur l'Afghanistan dans le Figaro Vox. Merci M6 !

Michaëlle Gagnet ne nous a pas répondu. M6, qui diffuse Zone interdite, n'a pas souhaité s'exprimer, répondant simplement que sa politique est "de ne pas surenchérir sur la polémique". Selon nos informations, elle soutient la forme et le fond du documentaire.

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