Kapuscinski, journaliste mythique... et très imaginatif
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"Artur Domoslawski, lui-même reporter pour le principal quotidien de son pays, Gazeta, était un ami et un peu, comme tant d’autres, un disciple de «Kapu». Pourtant, son livre a fait scandale en Pologne, au point que l’éditeur qui l’avait commandé a refusé le texte. Mort encore plus que vivant, Kapuscinski devait rester un maître, une référence professionnelle aussi bien que morale. Pourquoi donc fouiller dans les recoins de sa vie, évoquer quelques épisodes un peu douteux de sa carrière, pourquoi essayer de percer ses petits secrets, ses petites ruses, ses petits trucages parfois? La force de cette biographie, écrite avec autant d’empathie que de lucidité, est précisément là: l’immense journaliste, porté aux nues par Gabriel Garcia Marquez ou John Updike, avait des faiblesses très humaines, des attitudes parfois déconcertantes, il lui arrivait de décevoir." écrit Jan Krauze dans la préface de cette biographie en français. La veuve du journaliste, mort en 2007, "a tenté de s'opposer à sa parution en raison de l'accusation, étayée par les archives officielles polonaises, de la collaboration supposée de Ryszard Kapuscinski avec les services de renseignements de l'époque communiste", souligne Rue89. |
Lors de la parution de la version originale de cette biographie en Pologne, son auteur déclarait à Piotr Smolar, dans Le Monde du 29 janvier 2010 : "Je préfère placer ses oeuvres les plus célèbres, comme Le Négus et Le Shah, sur l'étagère de la littérature, dit-il. Il ne faut pas l'accuser de mensonges ou de distorsions. Il s'agit de textes dont la matière est réunie de façon journalistique, car Kapuscinski était fantastiquement informé, mais dont la fabrication repose plus sur un souci d'expérimentation, et non de précision factuelle. C'est vrai que certains de ses interlocuteurs y parlent un langage baroque que personne n'utilise."
Libération écrivait, en mars 2010, que cette biographie "révèle un Kapuscinski autrement plus complexe et faible que son image mythique. A plusieurs reprises, assure Domoslawski, il a franchi la ligne qui sépare la réalité de la fiction. Il a arrangé, voire inventé des faits. Il a aussi quelque peu réécrit sa vie."
"Ryszard Kapuscinski, qui a couvert la décolonisation au Congo, n’a jamais rencontré son héros, le révolutionnaire Patrice Lumumba. Il n’a jamais non plus croisé Che Guevara et le président chilien Salvador Allende. Il n’a d’ailleurs jamais affirmé l’avoir fait, rappelle Domoslawski, mais il n’a pas démenti les couvertures de ses livres qui évoquaient ces rencontres. Désinvolture ou calcul destiné à s’assurer une notoriété au-delà des étroites frontières polonaises ? Artur Domoslawski pointe la seconde hypothèse. Evoquant un jour avec lui les événements de 1968 au Mexique et la sanglante répression d’une manifestation étudiante le 2 octobre à Mexico, Kapuscinski avait laissé tomber: «Je sais, j’y étais.» Or c’était faux. Ce 2 octobre, il était à Rio de Janeiro, au Brésil, et n’arrivera à Mexico qu’en novembre.
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