"Islamiste", la mère voilée du conseil régional?
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"Islamiste", la mère voilée du conseil régional?

On a vérifié les arguments de Gilles-William Goldnadel, brandis sur le plateau de CNews.

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Fatima E., la mère et accompagnatrice voilée sommée de quitter son voile par un élu RN au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, est-elle proche de milieux islamistes radicaux ? C'est ce que sous-entend Emmanuel Macron dans son interview à Valeurs Actuelles, et ce qu'affirme Gilles-William Goldnadel sur le plateau de CNews. ASI a vérifié les sources de Goldnadel.

Nous n'avions visiblement pas bien compris ce qui s'est joué lors de l'affaire dite de "la mère voilée au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté", sommée de quitter l'assemblée par le conseiller RN Julien Odoul. La jeune femme, venue accompagner son fils en visite scolaire dans cette enceinte républicaine, n'a pas été humiliée par un représentant politique inspiré par sa propre vision de la laïcité. C'est au contraire elle qui aurait piégé, dans un but idéologique, l'élu d'extrême-droite. C'est en tout cas ce que semble vouloir dire Emmanuel Macron dans son interview à Valeurs Actuelles. "Il s'est fait coincer !, lâche le président en parlant de Odoul. Apparemment, cette femme est plus proche des milieux de l'islam politique qu'on ne le croyait. Mais il en a fait une victime au nom de toutes les femmes voilées qui n'embêtent personne, qui veulent mettre leurs enfants à l'école de la République et qui les accompagnent à la piscine". 

"cette femme est proche de milieux de l'Islam politique"

Mais qu'est ce qui permet au président d'affirmer que Fatima E., l'accompagnatrice en question, est "proche des milieux de l'islam politique" ? Lui ne le précise pas. Mais l'avocat Gilles-William Goldnadel reprenait mercredi l'argument sur le plateau de CNews : "Renseignements pris, cette femme est proche des milieux de l'islam politique, [des milieux] radicaux", affirme l'habitué de la chaîne. Interrogé par le présentateur sur ses sources, Goldnadel répond que cette affirmation est liée à l'interview accordée par Fatima E. au Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), à la suite de l'incident. L'accompagnatrice scolaire était en effet revenue sur l'affaire, pour le site du collectif, expliquant sa sidération sur le moment, et le traumatisme causé à son fils. 

Mais ce n'est pas seulement cette interview , accordée à une organisation que Goldnadel considère comme islamiste, qui l'amène à porter ses accusations : "Elle milite dans des organisations radicales", insiste l'avocat. Une militante associative présente sur le plateau, Rose Ameziane, se charge alors de pousser Goldnadel dans ses retranchements : "J'aimerais savoir quelles informations tu as, lance-t-elle à l'avocat avec qui elle a l'habitude de ferrailler. Parce qu'on affirme des choses sur des plateaux, il faut juste essayer un peu de les étayer." Goldnadel refuse de répondre précisément, se bornant à indiquer : "Je dis sans crainte d'un procès en diffamation que cette personne, proche par ailleurs du CCIF, est proche d'organisations islamiques radicales."

Le drapeau palestinien, un symbole islamiste ?

Arrêt sur images a contacté l'avocat pour creuser la question. "D'abord, je me fie à ce que dit le président à Valeurs Actuelles. Ensuite, il y a son interview au CCIF. Mais elle n'a pas seulement donné un entretien, elle a aussi confié ses intérêts judiciaires à cette organisation." En effet, Fatima E. est assistée par le CCIF dans les deux plaintes qu'elle a déposées, l'une pour "violences commises en réunion par personnes dépositaires de l’autorité publique sur mineur et majeur à caractère racial", l'autre pour "provocation publique à la haine raciale par des élus". Mais qu'est-ce qui fait dire à Goldnadel que le CCIF est une organisation islamiste ? "Je pense qu'il est acquis au débat qu'il est proche des Frères musulmans", estime simplement le chroniqueur de CNews.

Mais ce n'est pas tout. "Il y a aussi la photo sur le site du club de boxe Royal Team, sur lequel on voit des personnes poser devant un drapeau palestinien. Et ils disent dans le même temps que l'accompagnatrice est membre du conseil d'administration du club." Le drapeau national palestinien, un symbole islamiste ? "Il ne me semble pas que dans un club de boxe en France, on doive poser devant un drapeau palestinien", répond simplement Goldnadel. La photo à laquelle fait référence l'avocat est apparue le 17 octobre sur le site d'extrême droite F de souche

Goldnadel inspiré par le site "f de souche" 

Qu'en est-il ? Cette image est un montage, explique le président de Royal Team à Arrêt sur images : "La photo et le post Facebook n'ont rien à voir. Le post est un message de soutien que nous avons rédigé après l'affaire du Conseil régional. Mais la photo date de cinq ou six ans ! A l'époque, des enfants du centre aéré de Belfort étaient allés en Palestine. Nous leur avions donné des casquettes et des tee-shirts pour les donner à un club de boxe là-bas. Ensuite, le président du club de boxe palestinien était venu à Belfort, et il était passé nous voir. C'est là qu'on a pris la photo." Ni Fatima E. ni son fils n'apparaissent d'ailleurs sur le cliché. "Ils sont arrivés en 2018, la photo est beaucoup plus vieille que ça." Finalement, le message de soutien à Fatima E. ("Un soutien qui n'a rien à voir avec la religion, qui s'adresse à un membre du club et non à une femme musulmane", souligne le président) a été supprimé de la page Facebook de Royal Team. "J'ai été surpris des commentaires, il y a eu beaucoup d'insultes, beaucoup de haine."

Voilà donc sur quoi se fondait Goldnadel pour affirmer que la jeune femme "milite dans des organisations radicales". "Je n'exclus pas que le président soit encore mieux renseigné que moi pour sa déclaration à Valeurs Actuelles", poursuit le chroniqueur. On ignore le niveau d'information dont bénéficiait Macron lors de cette entrevue. Reste que Goldnadel n'a fondé ses propos que sur cette phrase évasive du président, sur les liens entre Fatima E. et une organisation de lutte contre l'islamophobie, et sur une photo pro-palestinienne où elle ne figure pas. On semble, pour l'heure, assez loin de l'islam radical. 

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