Grèce/UE : premier accroc sur la Russie
Brève

Grèce/UE : premier accroc sur la Russie

Début des hostilités entre Syriza et l’Union européenne au sujet de la Russie ? Le tout nouveau gouvernement grec mené par Alexis Tsipras s’est en effet opposé à un communiqué de l’UE rédigé mardi, condamnant les violences dans l’Est de l’Ukraine et menaçant Moscou de nouvelles sanctions. Pour le ministre de l’économie Yanis Varoufakis, la raison est une simple "question de respect" : l’UE a annoncé des sanctions prises à l’unanimité… or la Grèce n’a pas signé ce communiqué.

Ça commence bien : le nouveau gouvernement grec mené par Alexis Tsipras et rejoint par le parti Anel – les Grecs indépendants de la droite souverainiste – s’est opposé à la publication d’un communiqué de l’Union européenne qui condamne les agissements russes dans l’Est ukrainien et menace de prolonger voire de renforcer les sanctions contre Moscou. Selon le site Euractiv, ce communiqué, signé à l’issue de la réunion des ministres des Affaires étrangères qui s’est tenue mardi 28 janvier, condamne "le massacre de civils qui a eu lieu au cours du bombardement aveugle de la ville ukrainienne de Marioupol, le 24 janvier2015" et prend "acte des éléments qui attestent du soutien continu et croissant fourni aux séparatistes par la Russie, ce qui met en évidence la responsabilité de la Russie". Ce texte a été soi-disant préparé par les diplomates des 28 États membres.

Pas du tout, s’insurge le gouvernement grec qui condamne à son tour la manière "non institutionnelle" dont le communiqué a été rédigé, car celui-ci "a été publié avant la procédure prévue par laquelle il aurait dû obtenir le consentement des États membres et particulièrement sans que la Grèce ait marqué son accord". Conclusion : "la Grèce ne consent pas à ce communiqué". Reste une question : le communiqué de l'UE publié mardi a-t-il été envoyé avant ou après - ou pendant - la constitution du nouveau gouvernement grec dévoilé le même jour ? L'histoire ne le dit pas. Le site Euractiv précise cependant que "Tsipras a échangé un coup de téléphone avec Federica Mogherini, la Haute Représentante de l'UE pour les affaires étrangères, pour lui communiquer son mécontentement". On apprend également que, "selon des sources au sein du gouvernement grec, d'autres États européens, donc Chypre, se sont également opposés au communiqué, mais ne sont pas parvenus à modifier la formulation".

Un premier esclandre surprenant ? Pas vraiment. Selon Le Figaro, "le parti d'extrême gauche Syriza a toujours défendu Moscou. Il considère que la politique de l'UE s'est alignée sur les intérêts des États-Unis et de l'Otan". Et de rappeler que "l'ambassadeur russe à Athènes a été le premier à rencontrer Alexis Tsipras après son élection. Et que le président russe ait envoyé sur-le-champ ses félicitations au nouveau premier ministre". En effet : l’actuel premier ministre grec n’a jamais caché son hostilité vis-à-vis de la politique occidentale menée en Ukraine. Comme le relevait en mai dernier Okeanews – un des sites d’informations indépendants pour suivre l’actualité grecque, lors d'une visite officielle à Moscou sur invitation du gouvernement russe, Tsipras, à l’époque candidat de la gauche radicale à la présidence de la Commission européenne, avait "dénoncé les sanctions internationales contre Moscou, qui, selon lui ne pourront que «nuire à l'Europe»" et "affirmé que l'Ukraine doit devenir un pont entre l'UE et la Russie, et non une zone de division".

Plus récemment, selon le site Breizh-info.com, le directeur du département des affaires étrangères de Syriza, Kostas Sirixos, décrivait au journal Rossijskaya Gazeta – qui appartient au gouvernement russe – les orientations de la politique étrangère de la Grèce en cas de victoire de son parti. L’homme annonçait que son pays travaillerait "avec nos alliés politiques européens pour contrecarrer l’influence géopolitique et économique que l’Allemagne essaie d’imposer aux pays d’Europe du Sud-est et aux Balkans" avant d’assurer que les sanctions prises contre la Russie – du fait des représailles russes – avaient frappé l’économie grecque : "Nos agriculteurs ont perdu près de 430 millions d’euros suite à la rupture des contrats de livraison. Je pense que la Grèce gouvernée par Syriza peut proposer la voie du dialogue avec la Russie".

La Grèce mise devant le fait accompli

Ce premier esclandre est donc tout sauf une surprise. Pour autant, Le Figaro n’exclut pas une diversion de la part de Tsipras : "en posant d'entrée de jeu ses marques en politique étrangère, Alexis Tsipras prévient ses partenaires que la Grèce n'a pas l'intention d'être traitée comme un partenaire de second rang. Et qu'elle pourrait bien décider de compliquer, voire de bloquer, les politiques européennes si ses exigences sur la dette ne sont pas prises en compte". Avis partagé sur le site d’Euractiv qui cite certains analystes athéniens – sans donner de nom. Selon eux, "le nouveau gouvernement pourrait tenter d'utiliser la politique vis-à-vis de la Russie comme diversion, pour centrer le débat sur d'autres choses que son objectif principal, la renégociation de sa dette."

Pourtant les raisons de cette opposition sont peut-être plus prosaïques : selon le ministre de l’économie grec Yanis Varoufakis – dont vous trouverez un excellent portrait dans Mediapart – il s’agit juste d’une "question de respect pour la souveraineté de la Grèce". Dans un court billet paru sur son blog qu’il continuera à tenir en dépit de ses nouvelles fonctions, l’économiste égratigne les analyses alambiquées de la presse sur cet esclandre. Or, selon lui, le ministre des Affaires étrangères, Nikos Kotzias, s’est vu mis devant le fait accompli d’un communiqué européen soi-disant signé à l’unanimité. Et donc le nouveau gouvernement grec n’a jamais été associé à ce texte déplore Varoufakis pour qui "la question n’était pas de savoir si notre nouveau gouvernement est d'accord ou non avec de nouvelles sanctions sur la Russie. La question est de savoir si notre point de vue peut être tenu pour acquis, sans même avoir été informé de ce qu’il en est".

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