Google / CNIL / amende : la presse allemande raille
Brève

Google / CNIL / amende : la presse allemande raille

La presse allemande et Google entretiennent une longue inimitié. Les journaux d'outre-Rhin se sont donc plus à reprendre l'information de la mise en demeure en France du géant américain par la CNIL (Commission nationale informatique et libertés) de payer une amende de 150 000 euros et d'afficher cette décision sur sa page d'accueil française.

"Amende maximum pour Google" (Faz.net), "Débat autour de la protection des données: La France impose une amende à Google" (Spiegel.de), "Amende pour Google" (sueddeutsche.de)… Les sites internet des médias allemands ne se sont pas faits prier pour reprendre le comuniqué publié le 8 janvier 2013 par la CNIL, dans laquelle elle impose à Google une amende maximale de 150 000 euros pour non respect de la législation protégeant la vie privée et l'oblige à afficher une notification sur sa page d'accueil française durant 48h.

Les journalistes allemands n'ont pas manqué de noter que la CNIL dénonce la politique de l'entreprise américaine en matière de collecte de données privées depuis le rassemblement de ses services (Google search; YouTube; Gmail; Picasa; Google Drive; Google Maps...) en mars 2012. Selon l'autorité administrative indépendante, les utilisateurs ne sont pas assez informés de la collecte de leurs données ni de la durée de leur archivage, Google utilisant des cookies sans leur accord ; enfin Google s'autorise "sans base légale" le recoupement des données collectées sur les différents services. Pour la Frankfurter Allgemeine Zeitung, "la somme n'est pas grande. Mais c'est un symbole". Le journal conservateur rappelle que le Groupe européen des autorités de protection de la vie privée, le G29, "envisage des peines particulièrement importantes" et qu'une amende de l'ordre du million est en discussion en Espagne.

La CNIL contre Google dans la FAZ

Les journaux allemands prennent ainsi un certain plaisir à relever chacune des défaites de Google. Et pour cause, crise de la presse oblige, le chiffre d'affaires des éditeurs est passé de 14 milliards d'euros en 2000 à 11 milliards en 2009 selon l'organisation fédérale des éditeurs de journaux. Résultat : beaucoup ont trouvé dans le géant du net, et ses services tel que Google press, un responsable de la diminution de leur volume de ventes. Après un intense lobbying, ils sont parvenus à faire voter au parlement en 2012 une Lex Google instaurant un droit voisin du droit d'auteur pour les articles de presse. Le paragraphe y interdisant la reprise par les moteurs de recherche de "Snippets" (des extraits d'articles de moins de trois lignes) et qui devait les obliger à payer des droits d'auteurs aux éditeurs a été retoqué. Mais cette loi n'en protège pas moins les textes journalistiques de toutes reprises abusives en particulier par des agrégateurs. Une logique du droit voisin très diiférente de cella adoptée en France où, après avoir envisagé une loi, la presse a finalement accepté une négociation avec Google. Négociation qui a amené à la création du Fonds Google.

La puissance déployée par les éditeurs à l'époque avait amené le journaliste spécialiste de la critique des médias, Stefan Niggemeier, à les qualifier de cartel "utilisant son pouvoir de diffusion pour soutenir son travail de lobbying". En s'appuyant sur une étude de Christopher Bischow intitulée Institutionnalisation stratégique par l'organisation médiatique, le cas des droits voisins, il démontre comment, sous couvert d'expertise, des employés de l'empire médiatique d'Axel Springer ont distillé l'idée que, sans l'instauration des droits voisins, c'en serait fini de la pluralité de la presse.

Par Antoine Tricot

Une nouvelle pièce pour notre dossier Google : pieuvre ou idole ?

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