FN d'extrême-droite : la guerre sémantique, jusqu'au bout
Brève

FN d'extrême-droite : la guerre sémantique, jusqu'au bout

Attention à notre vocabulaire : les journalistes n'auront plus le droit de dire que le Front National est d'extrême-droite.

C'est Marine Le Pen qui a décidé de mettre un terme -"et je saisirai les tribunaux sur ce sujet"- à cette "guerre sémantique". Aussitôt, le directeur de L'Obs, Laurent Joffrin, faisait sensation hier soir sur France 5 : "j'ai reçu une lettre, moi, de Marine Le Pen, qui me met au tribunal" "Une citation directe ?" "Oui, parce que je suis directeur de la publication". La lettre qui "met" Joffrin au tribunal, suivait apparemment cet article. Quelques heures plus tard,  Marine Le Pen démentait attaquer l'hebdomadaire, assurant lui avoir simplement demandé un droit de réponse. C'est pourtant elle-même, quelques jours plus tôt, qui avait évoqué l'idée de "saisir la justice".

Ses accointances fascistoïdes (on a le droit de dire fascistoïde, Madame ?) n'ont pas fini de faire bafouiller le mouvement. Un peu plus tard dans la soirée, Florian Philippot, du FN, démentait par exemple sur le plateau de Mots Croisés que son parti entretenait des liens avec le parti hongrois Jobbik, ce qui semble tout de même un peu plus compliqué.

Cet interdit sémantique édicté par Marine Le Pen, et l'ombre des tribunaux ainsi projetée sur le commentaire politique, posent de nombreuses questions. Taxer le FN d'extrême-droite, ce serait donc l'injurier, en l'assimilant par exemple au parti néo-nazi grec Aube dorée. Judiciairement, cela ne tient pas. Avant sa fille, Jean-Marie Le Pen, s'il avait un temps envisagé aussi, en 1995, de récuser l'appellation "d'extrême-droite", avait renoncé à ce combat sémantique, après avoir été débouté par les tribunaux. Pourquoi sa fille, vingt ans plus tard, se lance-t-elle dans la même bataille perdue d'avance ? Le qualificatif est-il devenu plus injurieux entretemps ? L'extrême-droite européenne de 2013 est-elle encore plus extrémiste que celle de 1995 ? Ou bien, le FN a-t-il fait mouvement vers la droite non extrême, alors que Le Pen fille dément invariablement tout désaccord avec son père, et que le programme du parti prévoit toujours la préférence nationale ? Si l'on s'engage dans une guerre sémantique, autant en explorer d'emblée toutes les conséquences possibles. Dire que le FN a changé, est-il plus ou moins injurieux que d'assurer qu'il n'a pas changé ? A-t-on le droit de rappeler que Marine est la fille de Jean-Marie Le Pen ? A-t-on encore le droit de dire que le FN est lepéniste ? Autant de délicates questions, sur lesquelles la réponse judiciaire est attendue avec impatience.

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