Europe : 146 000 signatures contre le pantouflage de Barroso
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Europe : 146 000 signatures contre le pantouflage de Barroso

Si la Commission européenne comptait sur la trêve estivale pour esquiver le scandale du pantouflage de José Manuel Barroso, c’est raté.

La chaleur de l’été n’aura pas suffi à étouffer les multiples critiques qui ont fait suite à l’annonce de l’embauche de l’ancien président de la Commission par la banque Goldman Sachs, quelques jours après le Brexit. Pour preuve : une pétition lancée par des fonctionnaires européens atteint aujourd'hui plus de 146 000 signatures.

Sous le choc. Ainsi sont décrits les fonctionnaires européens qui ne se remettent pas du recrutement en juillet de l'ancien président de la Commission européenne José Manuel Barroso par la banque Goldman Sachs. Un choc et une colère sensibles dès cette annonce comme nous le racontions ici mais qui perdurent à en croire Le Monde. Le journal interroge l’un des six fonctionnaires à l’origine d’une pétition qui atteint aujourd’hui plus de 146 000 signatures. Sous couvert d’anonymat – devoir de réserve oblige – il raconte être passé à l’acte "spontanément" : "nous étions encore sous le choc du référendum britannique. Et voilà qu’un ex-président de la Commission allait aider une banque à gérer le Brexit, travailler contre les intérêts de l’Union ? On allait partir en vacances et on redoutait déjà les remarques de nos familles respectives, le «Bruxelles bashing», etc."


Pour le personnel qui travaille à Bruxelles, le départ du Portugais Barroso pour la puissante banque américaine est catastrophique pour l’image de la Commission. Le succès de cette pétition – lancée le 11 juillet dernier et adressée à l’actuel président de la Commission Jean-Claude Juncker ainsi qu’au président du conseil européen Donald Tusk et au président du parlement Martin Schulz – tranche avec les réactions politiques plutôt feutrées du début de l’été comme nous le remarquions ici. Même si, depuis, François Hollande a estimé le 14 juillet que ce recrutement était "moralement inacceptable" alors que, la veille, le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes Harlem Désir appelait Barroso à renoncer à son poste de conseiller chez Goldman Sachs. Sans succès.

"Il a échoué partout où il est passé"

De leur côté, les eurodéputés socialistes et radicaux – dont les français Pervenche Berès, Emmanuel Maurel ou encore Eva Joly – continuent de bouillir : alors qu’en juillet, dans un communiqué envoyé à la presse, ils fustigeaient Barroso, "cet homme, grand organisateur du sommet des Açores et complice du déclenchement de la guerre en Irak, [qui] a échoué partout où il est passé, du Portugal à Bruxelles", ils ont remis le couvert la semaine passée dans une tribune publiée dans Libération. Dans ce texte, ils invitent, tout comme les fonctionnaires, le Conseil et la Commission européenne à "saisir la Cour de justice de cette situation" car c’est "à elle qu’il appartient, en droit, de se prononcer sur le cas de M. Barroso et de déterminer les conséquences qui en découlent quant à ses droits à la pension et aux autres avantages en tenant lieu".

Ces eurodéputés de gauche demandent également que le délai de 18 mois nécessaire avant de partir pantoufler dans le privé soit étendu à cinq ans. Pour autant, selon la médiatrice européenne et ancienne journaliste irlandaise Emily O’Reilly, elle aussi très remontée comme le soulignait Le Monde, même après ce délai inscrit dans le code de conduite de l’instance, les traités de l’Union européenne exigent une «intégrité» à vie. Mais pour l’heure, ce délai a bien été respecté par Barroso comme le précise Juncker interrogé par la Youtubeuse Laetitia Nadji (qui a expliqué depuis comment Google, maison mère de Youtube, a tenté de la faire taire comme nous le racontions ici).

Face à la jeune intervieweuse, l’actuel président de la Commission rappelle que Barroso est un homme "honnête", qui plus est son "ami", et que le pantouflage est chose courante aux Etats-Unis. Il reconnaît, cela dit, que ce départ chez Goldman Sachs lui pose problème puisque cette banque, "en sachant ou en ne sachant pas" – attention à ne pas fâcher – "a contribué à l’émergence d’une crise économique énorme". Juncker ne précise pas que Goldman Sachs a aidé la Grèce à maquiller son déficit public pour lui permettre d'entrer dans la zone euro.

Face aux multiples critiques, Juncker a – enfin – demandé le 11 septembre dernier qu’une enquête soit ouverte sur les conditions du recrutement de son prédécesseur. Selon Le Monde, l’enquête est confiée au comité d’éthique chargé de conseiller la Commission européenne. Juncker a également précisé que "Barroso ne sera pas reçu par la Commission en tant qu’ancien président mais comme n’importe quel lobbyiste". Pas de quoi ravir les fonctionnaires pétitionnaires.

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