Emissions jeunesse / produits gras : suppression pub remise en cause (Reporterre)
Brève

Emissions jeunesse / produits gras : suppression pub remise en cause (Reporterre)

On y était presque. En juillet 2015, une proposition de loi enterrait la publicité dans les émissions télévisées pour la jeunesse à compter du 1er janvier 2018. Exit Chocapic, Kinder et toutes les marques qui sont accusées de favoriser l'obésité. Sauf qu'un amendement, soutenu par le gouvernement, remet en cause cette suppression, comme l'a constaté le site Reporterre.



Céréales, barres chocolatées, boissons gazeuzes. Pour l'industrie agro-alimentaire, financer de la publicité avant, après et pendant des dessins animés est le meilleur moyen d'atteindre son coeur de cible : les enfants. Avec les conséquences que l'on connaît : l'augmentation de l'obésite infantile. Souvent promise, la suppression de la publicité des produits trop gras et trop salés dans les émissions jeunesse, défendue par exemple en 2008 par la ministre de la santé de l'époque, Roselyne Bachelot, n'est toujours pas effective.

En juillet 2015, André Gattolin, sénateur EELV, a donc déposé une proposition de loi en ce sens. L'objectif est clair : il s'agit de supprimer "la publicité commerciale dans les programmes jeunesse de la télévision publique". Concrètement, la proposition de loi prévoit que les programmes à destination des plus jeunes, c'est-à-dire les enfants de moins de 12 ans, "ne comportent pas de messages publicitaires autres que des messages génériques pour des biens ou services relatifs à la santé et au développement des enfants ou des campagnes d'intérêt général". En clair, pas de pub pour les sucreries pendant ces programmes, ni dans les publicités diffusées quinze minutes avant et quinze minutes après. Cette suppression devait entrer en vigueur le 1er janvier 2018.

Reporterre, 14/01/2016

Voté par le Sénat en octobre 2015, le texte passe à l'Assemblée ce jeudi 14 janvier 2016. Mais un amendement déposé par la députée PS du Loiret, Valérie Corre, remet tout en cause : elle ne propose plus explicitement la suppression de la pub mais suggère la nécessité d'un "rapport évaluant l’impact d’une suppression de la publicité (…) sur le marché publicitaire et sur les ressources de la société". Un rapport censé être remis le 30 juin 2017. Objectif ? Trouver des solutions pour palier le manque à gagner lié à cette suppression pour la télévision publique. Interrogée par Reporterre, Corre se défend d'avoir totalement enterré cette suppression : "La suppression reste mentionnée dans le titre et la date du 1er juillet 2018 est conservée, même si ce n’est plus explicite, répond-elle à Reporterre. Le rapport n’est pas une alternative, mais une étape supplémentaire nécessaire pour évaluer concrètement le coût financier et les recettes compensatoires pour France Télévisions". Pour le sénateur EELV, André Gattolin, au contraire, "la majorité [PS] a démoli [son] texte".

Derrière cette bataille d'amendement, se pose la question du coût d'une telle mesure. Selon Corre, la suppression de ces publicités dans les émissions jeunesse entraînerait un manque à gagner de 20 millions d'euros par an pour la télé publique. Gattolin estime plutôt ce manque à gagner autour de 7 millions (une partie des annonceurs se tournant vers d'autres programmes).

D'après Thomas Bourgenot, membre de Résistance à l’agression publicitaire, interrogé par Reporterre, "le gouvernement n’a pas envie de se mettre à dos l’industrie agroalimentaire. Les confiseurs forment un gros lobby qui essaie de mettre des bâtons dans les roues à toutes les mesures qui essaient de réduire la publicité à destination des enfants". Une mesure pourtant indispensable pour le psychanalyste Serge Tisseron, auteur d'une campagne de sensibilisation : "Dans une démocratie, tous les citoyens doivent connaître la nature du message qu’ils reçoivent. Or, avant 6 ans, les enfants ne sont pas capables d’identifier cela. Ils reçoivent une pub de la même manière qu’un documentaire, peuvent penser qu’un aliment vu à la télé fait grandir. Cela signifie que les enfants ne sont pas traités comme des citoyens, mais comme les cœurs de cible sans défense des publicitaires", explique-t-il à Reporterre. Suite du débat à l'Assemblée nationale.

L'occasion de relire notre article : "Pub pour céréales trop sucrées : le chien Chocapic aboie toujours autant"

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