Démission : la télé psychiatrise Hulot
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Démission : la télé psychiatrise Hulot

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Après la démission du ministre de la transition écologique, BFM TV et CNews ont analysé en long et en large les raisons personnelles et émotionnelles de Nicolas Hulot, passant à côté de toute analyse politique.

Mais pourquoi diable Nicolas Hulot a-t-il démissionné de son poste de ministre d'Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire, ce mardi 28 août matin en direct sur France Inter, et sans même l'avoir annoncé à Emmanuel Macron et Edouard Philippe ? Quelles en sont les conséquences ?

Les plateaux télé de la matinée sur BFM TV et CNews ont dépêché leurs meilleurs experts pour répondre à ces questions. Édition spéciale et débats enflammés... les journalistes des chaînes d'information en continu étaient parés pour délivrer leurs analyses.


Premier aspect commenté : les conséquences de cette démission pour le gouvernement. "C'est la plus grande crise gouvernementale depuis le départ obligé de François Bayrou", note l'éditorialiste Christophe Barbier sur BFMTV. Un "séisme politique monstrueux" pour l'envoyé spécial de CNews devant l'Elysée, séisme ou en tout cas "coup de tonnerre" pour l'ancien patron de La Chaine Parlementaire Gérard Leclerc sur CNews ou le journaliste politique Laurent Neumann sur BFMTV, ou encore un "coup de théâtre". Un gros coup, en somme. En conséquence, il va falloir le remplacer, Hulot... par qui ? On spécule sur BFM et Barbier lance même le nom d'Alain Juppé, ce qui ne convainc guère Neumann.

"Coup de nerfs, coup de blues, et coup de gueule"

Mais d'ailleurs, pourquoi Hulot a-t-il démissionné ? Sur BFM et CNews, on ne cherche pas vraiment du côté des raisons politiques, des désaccords de fond entre l'ex-ministre et le gouvernement. Non, si Hulot a démissionné, c'est forcément pour des raisons qui tiennent à sa personnalité. Car "c'est un être affectif", nous apprend Barbier. Hulot a réagi sous l'effet de "coup de blues", "coup de nerfs", ou encore "coup de gueule" (ou les trois à la fois ?) Il ne s'agit donc pas d'une "décision politique structurée." Ouf. Même analyse pour le député LREM Bruno Fuchs sur C News : Hulot n'a simplement pas su gérer "le décalage entre l'idéal, l'utopie et la capacité à mettre en oeuvre". Un simple manque de réalisme, de la part de celui qui n'est, tous s'y accordent, "pas un politique." Hulot a d'ailleurs eu bien du mal à "prendre les coups". Il a par exemple été très blessé lors de ses "affaires" au printemps, note Barbier sur BFM, sans préciser qu'il s'agit d'une plainte pour viol déposée contre lui, et d'accusations de harcèlement sexuel, révélées par feu Ebdo. Et puis, Brigitte Bardot l'a tout de même traité de "trouillard" cet été, ce qui est "très blessant pour un homme", déclare la journaliste Camille Langlade. Bref, un homme fragile, probablement pas taillé pour le poste. Quelques questions politiques sont bien abordées, comme Notre-Dame-des-Landes, le glyphosate ou le "recul sur le nucléaire", mais elles sont traitées exclusivement sous l'angle des "arbitrages" gagnés ou perdus par l'ex-ministre. Quant à la réunion avec les chasseurs de la veille, elle est perçue comme "une goutte d'eau" faisant déborder le vase des émotions d'Hulot. Car l'analyse reste majoritairement celle des sentiments d'un homme seul qui "porte la douleur" et aurait même pleuré lors de la réunion avec les chasseurs comme le rapporte  dans Challenges Nicolas Domenach, par ailleurs nouveau directeur du Nouveau magazine littéraire, nommé par l'actionnaire Claude Perdriel pour remplacer Raphaël Glucksmann.

"le modèle dominant est la cause"

Pourtant, les raisons politiques de sa démission, Nicolas Hulot les avaient clairement exposées lors de son entretien avec Nicolas Demorand et Léa Salamé sur France Inter.

Désespéré devant la catastrophe écologique en cours (changement climatique, disparition des ressources, extinction massive des espèces, et le faible niveau de réaction collective), Hulot estime que la politique menée est celle des "petits pas", insuffisants face à l'ampleur de la tâche. Au sein du gouvernement, il regrette par exemple qu' "On se fixe des objectifs mais on n'en a pas les moyens parce qu'avec les contraintes budgétaires, on sait très bien à l'avance que les objectifs qu'on se fixe, on ne pourra pas les réaliser." S'il a réaffirmé sa "profonde admiration" pour le Premier ministre et le président de la République, le désormais ex-ministre a aussi précisé ne pas avoir "la même grille de lecture. On n'a pas compris que c'est le modèle dominant qui est la cause." Et Hulot de remettre en cause les "critères maastrichiens" et les traités de libre-échange comme le Ceta. Des raisons claires et véritablement politiques... qui elles, n'ont pas été commentées. Pendant ce temps-là, France Inter faisait l'auto-interview des intervieweurs Demorand et Salamé, ravi.e.s d'avoir participé à "ce moment de grâce". L'urgence écologique et les choix politiques, eux, attendront.

Hélène Assekour et Aurore Mancip

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