Apologie du terrorisme : premier site bloqué en France
Brève

Apologie du terrorisme : premier site bloqué en France

On connaît désormais le nom de la première victime de la nouvelle loi sur le blocage des sites Internet incitant à des actes terroristes. Le site Islamic-news.info a été bloqué aux internautes français, et renvoie désormais vers une page d'explication du ministère de l'Intérieur.

"Vous avez été redirigé vers ce site officiel car votre ordinateur allait se connecter à une page dont le contenu provoque à des actes de terrorisme ou fait publiquement l'apologie d'actes de terrorisme". Signé : le ministère de l'Intérieur. C'est la page sur laquelle sont redirigés les internautes qui souhaitent se connecter à Islamic-news.info [note : depuis le milieu de matinée, cette page d'avertissement ne s'affiche plus, et les navigateurs qui tentent de s'y connecter affichent simplement un "erreur de chargement"].

L'avertissement du ministère de l'Intérieur (capture d'écran NextInpact)

Le décret permettant ce blocage a été promulgué le 6 janvier dernier. Il donne le pouvoir à l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication (OCLCTIC) de demander aux fournisseurs d'accès le blocage de sites "provoquant à des actes de terrorisme ou en faisant l'apologie", ainsi que des sites "diffusant des images et représentations de mineurs à caractère pornographique". Il avait été suivi d'un autre décret, permettant cette fois le déréférencement (la suppression des résultats des moteurs de recherche) des sites en question.

Le site NextInpact (partenaire de notre émission "14h42") détaille les modalités techniques de ce blocage : "ce dispositif de censure fait appel à un résolveur DNS menteur". Quézaco ? "Ils ne renvoient pas le résultat correct, mais un mensonge tel que demandé par le gouvernement", explique Tadizen, un internaute qui s'est penché sur le dispositif. Concrètement, c'est comme si un opérateur téléphonique à qui vous demandiez d'entrer en communication avec "le 12 rue Stendhal à Asnières" vous mettait en contact, sans vous le dire, avec le "305 rue des Lilas à Chevilly-Larue" – l'opérateur étant le fournisseur d'accès à Internet (le FAI), le 12 rue Stendhal le site Islamic-news.info, le 305 rue des Lilas la page à la main rouge du ministère de l'Intérieur.

Le site Numerama dénonce une "censure" opérée "sans aucune forme de procès, sans que son illégalité pourtant contestable soit confirmée par un juge indépendant". Autre aspect de ce blocage qui fait débat, hormis le fait que l'OCLCTIC agit hors de tout cadre judiciaire : le fait que l'hébergeur du site n'ait pas été prévenu. C'est en tout cas ce qu'affirme, sur Twitter, Octave Klaba, directeur général d'OVH, qui héberge le site bloqué.

Mais "ce dispositif de blocage n’est pas parfait", relève encore NextInpact. Les pages concernées sont encore accessibles via le cache Google, notamment. Que pouvait-on lire sur Islamic-news.info avant son blocage ? Des articles intitulés "Centrafrique: les mosquées sont désormais détruites ou transformées en églises" ou encore "Etats-Unis : 3 étudiants musulmans abattus par un extrémiste chrétien". Le tout est classé par aires géographiques ("Afrique islamique", "Asie islamique", "Minorités islamiques", "Palestine occupée"), ainsi que par nom de groupe armé : "Hezbollah", "Hamas", "Jabhat al-Nosra", "Aqmi" ou encore "Etat islamique vs. coalition".

Le cache Google de Islamic-news.info

Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Lire aussi

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.