Analyse des rumeurs : les chevilles de Kim Jong-un
Brève

Analyse des rumeurs : les chevilles de Kim Jong-un

"Kim Jong-un est si gros, à cause du fromage qu'il mange, qu'il s'est cassé les deux chevilles."

Comme toujours, difficile de distinguer le vrai du faux concernant les "informations" à propos du régime nord-coréen. Mais pour suivre l'évolution de cette rumeur, il existe désormais un outil : Emergent.info. De la "femme aux trois seins en Floride" à un dirigeant de l’État Islamique qui aurait été tué, Emergent se donne pour tâche de suivre tout le cycle de vie d'une rumeur. Derrière le site, un journaliste canadien, Craig Silverman, chercheur à l'université Columbia et spécialiste des "hoax", ces histoires inventées qui circulent sur Internet, mais aussi des erreurs et des correctifs des médias.

Emergent est ainsi "une combinaison de processus humains et algorithmiques", explique son fondateur à The Atlantic. Dans un premier temps, les équipes de Silverman sélectionnent les informations qui méritent, selon eux, vérification. Ils rentrent ensuite les principaux sites qui reprennent l'info dans leur base de données dans trois catégories : ceux qui reprennent la rumeur telle quelle, ceux qui la démentent, ou ceux qui la confirment.

L'algorithme entre alors en jeu, et vérifie périodiquement si le contenu des sites a été mis à jour pour confirmer ou infirmer "l'information". Le programme calcule également le nombre de partages pour chaque info ou démenti. Dès que suffisamment d'éléments sont réunis pour infirmer ou confirmer la rumeur, un membre de l'équipe met à jour le statut de l'information : "confirmée vraie" ou "confirmée fausse".

Les démentis de rumeurs, largement moins partagés

Emergent ne permet donc pas directement de déterminer si une rumeur est fondée ou non, mais plutôt d'analyser automatiquement des données qui ne l'étaient pas auparavant, comme "le cycle d'évolution d'une rumeur", ou "comment les organisations de presse traitent des informations non confirmées" et si elles "corrigent ou non ce qu'elles écrivent" selon Silverman.

Même après le 23 septembre, jour où la rumeur de la "femme aux trois seins" a été formellement démentie, la nouvelle a continué à se propager (en vert), alors que les démentis (en rouge) ont été partagés quatre fois moins que la fausse nouvelle sur Facebook et Twitter.

Pour Silverman, il ne fait aucun doute que les médias publient plus d'informations non vérifiées qu'avant. D'une part pour amener du trafic, mais aussi parce que ces histoires étant très partagées sur les réseaux sociaux, "elles sont déjà dans la nature", estime le chercheur interrogé par GigaOm, qui note que dans l'immense majorité des cas observés par Emergent, les démentis de rumeurs sont très largement moins partagés que la fausse information elle-même. Pour l'instant, les informations selon lesquelles Kim Jong-un mangerait trop de fromage ou se serait cassé les deux chevilles sont toutes les deux "non vérifiées"... ce qui ne les empêche pas d'être reprises par des sites de presse et partagées près de 75 000 fois au total.

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