Air France : vigile "dans le coma"... ou seulement évanoui ?
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Air France : vigile "dans le coma"... ou seulement évanoui ?

Un vigile dans le coma ? Confirmée par la direction d'Air France le lundi 5 octobre, jour des échauffourées lors d’un comité central d’entreprise qui fit sept blessés et des chemises arrachées, l’information a été reprise par tous les médias. Y compris sur le plateau du Grand Journal hier soir qui invitait Xavier Mathieu, ancien délégué CGT de Continental et aujourd’hui comédien. Dans le coma, vraiment ? Pourtant, selon Europe 1, le vigile est "seulement" tombé dans les pommes.

"Quelqu’un était dans le coma, vous le savez ?" La question posée hier soir par Maïtena Biraben à Xavier Mathieu – ancien délégué CGT de Continental et aujourd’hui comédien invité à réagir sur le plateau du Grand Journal au conflit d’Air France – a laissé ce dernier pantois : "ouais et alors ?"

L’ancien Conti rappelait que cinq d’entre eux se sont suicidés, "dont un qui s’est jeté devant les rails de chez Continental. C’est quoi ça, c’est rien ?" Visiblement écœuré, Mathieu a également dénoncé le lynchage médiatique envers ses "camarades qui se battent" contre les 2 900 suppressions d’emplois annoncés, regrettant par-là que la presse se soit focalisée sur l’image du DRH Xavier Broseta dont la chemise a été arrachée. Une image qui a fait le tour de la presse internationale et suscité les railleries de journaux anglais comme le soulignait Libération.

Mais il est une autre information reprise en boucle par les médias français – et par Biraben donc : parmi les sept blessés suite aux échauffourées, on compte un vigile dans le coma ou – version light – "brièvement dans le coma". Selon BFMTV qui citait lundi un porte-parole de la direction, le vigile a été hospitalisé après avoir été dans le coma (tout en précisant qu’il s’en était sorti). Ce même porte-parole précisait que "les cinq autres blessés sont tous des salariés d'Air France, dont le DRH Xavier Broseta, Pierre Plissonnier, responsable de l'activité long courrier à Air France, et trois autres membres de la direction". Le coma du vigile – et sa sortie du coma – ont été confirmés le jour-même par le PDG d’Air France Frédéric Gagey interrogé là encore sur BFMTV.

Une information reprise en boucle, c’est-à-dire dans tous les sujets presse et télé évoquant la crise d’Air France. Ce refrain a agacé le journaliste du Monde Laurent Borredon. Sur twitter, ce dernier assure que "«tomber brièvement dans le coma» répété par des confrères est médicalement absurde". Et de renvoyer vers le site de l’Inserm qui explique que "le coma est la forme la plus sévère d’altération de la conscience. Il s’agit en général d'un état transitoire, durant au maximum quelques semaines". Médicalement absurde ? Sur twitter également, le journaliste du site BuzzFeed David Perrotin estime de son côté que le vigile en question n’est pas tombé dans le coma. A l’appui de ses propos : un article publié sur le site d’Europe 1. On découvre ainsi que, selon un policier, le vigile est "en réalité «tombé dans les pommes»" et précise que "la victime a eu ce malaise après avoir été étranglé dans la bousculade. Il a pu rentrer chez lui dans l'après-midi." D'ailleurs, le parquet de Bobigny, interrogé par BuzzFeed, "assure qu’«aucun vigile n’est tombé dans le coma» et ajoute : «Nous n’avons pas non plus connaissance d’un vigile qui aurait été étranglé lors de l’altercation avec les salariés ou qui serait tombé dans les pommes»".

Des chemises arrachées, un vigile dans le coma… n’en jetez plus. D’ailleurs, six salariés d’Air France ont été placés hier en garde à vue après une interpellation dès six heures du matin pour quatre d’entre eux. Pour autant, parmi les blessés de ces échauffourées, on compte également un pilote et une hôtesse de l’air. Des blessés passés totalement inaperçus si ce n’est dans la matinale d’Europe 1 du 6 octobre dernier à travers les mots de Philippe Evain, président du SNPL Air France, le syndicat des pilotes. Interrogé par Thomas Sotto, Evain condamne les violences et assure que "toute son amitié va à ce directeur des ressources humaines, à ce commandant de bord matraqué et à cette hôtesse de l’air qui a reçu des gaz lacrymogènes". Des blessures portées par les forces de l’ordre donc mais qui n'ont pas intéressé les médias.

Mise à jour le 14 octobre à midi : ajout des précisions du parquet contacté par BuzzFeed.

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