Abus sexuels / troupes françaises en Afrique : lanceur d'alerte ONU suspendu
Brève

Abus sexuels / troupes françaises en Afrique : lanceur d'alerte ONU suspendu

"Un responsable humanitaire de l'ONU suspendu pour avoir fait fuiter un rapport sur des abus sur mineurs de troupes françaises"

La nouvelle est en page d'accueil du site du Guardian, qui révèle l'affaire, mais aussi de plusieurs sites de presse français, comme Le Monde, qui reprend une dépêche AFP. Selon le quotidien britannique, un directeur des opérations du Haut Commissariat pour les droits de l'homme, Anders Kompass, a été suspendu et risque d'être licencié pour avoir transmis aux autorités françaises un rapport interne de l'ONU. Celui-ci recense de nombreux cas d'abus sexuels sur mineurs de troupes françaises dans le cadre de l’opération "Sangaris"en Centrafrique. "Des sources proches du dossiers indique qu'Anders Kompass a transmis [ces] documents à cause de l'inaction de l'ONU pour faire cesser les abus, précise le quotidien britannique. Kompass, qui est basé à Genève, a été suspendu de son poste la semaine dernière et accusé d'avoir fait fuiter un rapport confidentiel et d'enfreindre le protocole".

Le rapport, que le Guardian s'est procuré, détaille plusieurs cas d'exploitation sexuelle d'enfants par les troupes françaises. Des troupes qui participaient à l’opération "Sangaris" en République centrafricaine "en appui de la Minusca, la mission onusienne, mais n’étaient pas des casques bleus", précise Le Monde. Ces abus auraient eu lieu entre décembre 2013 et juin 2014 dans un centre pour réfugiés de Bangui. Les exactions incluraient des "viols et sodomies" en "échange de nourriture et d'argent", mais aussi des enfants forcés d'accomplir des "actes sexuels" devant des soldats. Le Guardian précise que des entretiens ont été conduits avec des enfants victimes, dont certains âgés de neuf ans, pour la rédaction du rapport, mais que ceux identifiés ne représenteraient qu'une "partie du nombre total d'enfants concernés par des abus".

Incident diplomatique avec la Suède

Selon les sources du quotidien, une enquête menée par les autorités françaises serait déjà en cours. Le ministère de la justice a confirmé dans l'après-midi cette information, précisant que le parquet de Paris aurait ouvert une enquête préliminaire en juillet 2014.

Par ailleurs, la suspension d'Anders Kompass, de nationalité suédoise, par l'ONU, aurait déclenché un incident diplomatique avec la Suède. L'ambassadeur suédois a ainsi menacé les hauts responsables de l'ONU de rendre publique toute l'affaire et "de lancer un débat potentiellement violent et dangereux" s'ils forçaient Kompass à démissionner.

Anders Kompass travaille dans le domaine humanitaire depuis 30 ans, indique le Guardian, et s'intéresse de près à la Centrafrique depuis plusieurs années (il était par exemple interrogé sur la situation du pays en 2013 par la BBC) mais a également traité des dossiers sur la Somalie ou les territoires occupés en Palestine.

Le nom d'Anders Kompass était aussi déjà mentionné dans les documents publiés par le hacker "Chris Coleman_24". Ce dernier reprochait au responsable de l'ONU sa proximité avec les autorités marocaines, notamment sur le dossier du Sahara occidental (cheval de bataille du hacker, comme @si vous le racontait dans notre dossier MarocLeaks).

MAJ 18h : Le ministère de la justice français a confirmé qu'une enquête est en cours.

MAJ 30/04/2015 : Les soldats français n'étaient pas sous commandement de l'ONU, et participaient à l'opération française Sangaris, en appui de la Minusca, la mission de l'ONU.

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