Notre-Dame : "On n'entend que des non-professionnels !"

Arrêt sur images

D'abord l'émotion multiforme suscitée par l'incendie de Notre-Dame, y compris chez des non catholiques et même chez des athées purs et durs. Et puis, immédiatement après l'émotion, des débats inédits sur la reconstruction, la rénovation, le mécénat, le rô(...)

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L'émission
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  • Avec
    Didier Rykner et Arnaud Timbert et Maryvonne De Saint-Pulgent
  • Presentation
    Daniel Schneidermann et Juliette Gramaglia
  • Préparation
    Adèle Bellot et Juliette Gramaglia
  • Deco-Réalisation
    Antoine Streiff et Manuel Vicuna
Offert par le vote des abonné.e.s
D'abord l'émotion multiforme suscitée par l'incendie de Notre-Dame, y compris chez des non catholiques et même chez des athées purs et durs. Et puis, immédiatement après l'émotion, des débats inédits sur la reconstruction, la rénovation, le mécénat, le rôle de l'Etat et plus largement sur le patrimoine. Ce sont ces débats que nous creusons aujourd'hui avec nos invités : Maryvonne de Saint-Pulgent, ex-directrice du patrimoine au ministère de la Culture ; Didier Rykner, fondateur de la Tribune de l'Art ; Arnaud Timbert, professeur d'histoire de l'art médiéval, travaillant sur Eugène Viollet-le-Duc.

"Ça donnait à voir ce que les textes donnent à lire"

Retour sur l'incendie de Notre-Dame de Paris, lundi 15 avril au soir. L'incendie a emporté deux tiers du toit, détruisant l'emblématique flèche. Et a déclenché de nombreuses réactions politiques, parmi lesquelles celle de Jean-Luc Mélenchon. Si Maryvonne de Saint-Pulgent et Didier Rykner témoignent de leur émotion face à cet incendie, Arnaud Timbert évoque plutôt sa curiosité d'historien : "J'ai souvent croisé les incendies dans les textes, en tant que médiéviste, j'ai été très intéressé par le spectacle de ce qu'était l'incendie d'une charpente, parce que ça me donnait à voir ce que les textes donnent à lire".

Dès le soir de l'incendie, les appels aux dons se multiplient à la télé. Il existe des appels aux dons "authentifiés" sur la plateforme Leetchi, mais aussi des appels lancés par trois Fondations (Notre-Dame, du Patrimoine, de France) et le centre des monuments nationaux, instance du gouvernement. Près de 800 millions d'euros ont déjà été récoltés, avec quelques grands noms parmi les donateurs : François-Henri Pinault (100 millions d'euros), Bernard Arnault (200 millions) , la famille Bettencourt (200 millions). "Il y a cette générosité spontanée qu'il faut admirer", reconnaît Rykner - tout en pointant la responsabilité de l'Etat, propriétaire de Notre-Dame, "qui n'a jamais donné ce qu'il fallait comme argent pour restaurer ce monument". "Ce que je vois de positif dans les apports extérieurs, c'est l'argent frais, qui permet que le budget ordinaire des monuments historiques ne soit pas impacté", ajoute de Saint-Pulgent. 

Ce qui inquiète Timbert, c'est "la nécessité du temps long" pour le chantier de Notre-Dame. C'est pour cela que vient d'être créée l'association des scientifiques au service de la restauration de Notre-Dame, qui regroupe des chercheurs s'intéressant de très près au patrimoine.

"on ne peut pas se permettre d'aller vite"

Emmanuel Macron a annoncé un délai de reconstruction de 5 ans.  Approuvé avec enthousiasme par l'éditorialiste Christophe Barbier, qui s'inquiète d'une mauvaise volonté des "professionnels de la profession" pour tenir ce délai. Consternation en plateau. Arnaud Timbert rappelle qu'il va falloir notamment examiner les débris, ce qui va prendre un long moment. "Il est plus facile de bâtir que de restaurer". "Pour le moment on n'a entendu que des non-professionnels de la non-profession, s'agace Rykner. Il y a des règles, des procédures, des spécialistes". Sans compter, rappelle de Saint-Pulgent, qu'il faut prendre le temps de voir "comment va évoluer la structure" - car des parties de la cathédrales continuent à se dégrader. "Ça ne veut pas dire qu'on ne peut rien ouvrir d'ici cinq ans", tempère-t-elle. Mais "la restauration complète ne sera pas terminée".

Ces dernières années, la Tribune de l'Art documente l'état de délabrement de certaines églises, dont Saint-Séverin, à Paris. "J'ai averti la mairie de Paris, ils n'ont rien fait à l'époque", regrette Rykner. La politique du patrimoine est-elle une politique d'esbroufe ? Maryvonne de Saint-Pulgent nuance : "Les services identifient les urgences sanitaires. En revanche, il y a des utilisations des crédits des monuments historiques qui ne sont pas pour la restauration." Exemple avec un projet de restauration et de restructuration du Grand Palais.

"Ce n'est pas un drame, c'est juste une catastrophe", relativise Arnaud Timbert de son côté à propos de Notre-Dame. Petit détour par Stéphane Bern et son loto du patrimoine, une initiative qui a le mérite de remettre le patrimoine sur le devant de la scène pour nos invités, notamment grâce à la "notoriété" du présentateur de Secrets d'Histoire

"Je pense que le bois n'est pas le matériau de notre époque"

Le débat est lancé : comment reconstruire le toit de Notre-Dame, sa flèche, avec quels matériaux ? Sur la charpente, plusieurs critères doivent entrer en compte pour Rykner : la sécurité, la capacité technique et le coût. "Chaque période répond à ces événements avec les matériaux de son époque", ajoute Timbert. "Je pense que le bois n'est pas le matériau de notre époque", entre le poids qu'il ferait peser pour la structure de Notre-Dame et les impératifs écologiques, pour le chercheur.

Et la flèche ? On la doit à Eugène Viollet-le-Duc, architecte du 19e siècle qui supervisa de 1842 à 1859 la rénovation de Notre-Dame. "Lorsque Viollet-le-Duc veut retourner à un état du bâtiment qui n'a jamais existé, il pense au projet envisagé par l'architecte", explique Timbert. "Il a imprimé sa marque" sur la cathédrale, explique le chercheur. La flèche a fait de Notre-Dame "un édifice inscrit dans son temps", le 19e siècle. Les trois invités semblent pencher pour une restauration fidèle de la flèche, et rappellent que la Charte de Venise et l'Unesco auront aussi un impact sur cette décision."Viollet-le-Duc fait partie de l'histoire de l'architecture française, du patrimoine", rappelle de Saint-Pulgent, qui regrette de voir un "mépris" pour l'architecte ces derniers jours. "Il y a des tas de choses à Notre-Dame qui ne sont pas d'origine". La discussion, et la polémique, risque en tout cas de ralentir le chantier. 

On termine l'émission sur une digression à propos de la pyramide du Louvre, monument moderne au cœur d'un monument historique. Rykner fait son "mea-culpa", avouant avoir critiqué la pyramide à ses débuts. "De temps en temps, on peut avoir raison d'être contre, conclut Rykner. On ne va pas dire que tout ce qui est nouveau est bien".

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