Migrants à Calais : lacérées ou pas, "les tentes finissent à la benne"
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Des migrants qui s'apprêtent à embarquer pour le Royaume-Uni dans un grand canot pneumatique sur une plage du Pas-de-Calais, observés par des policiers qui n'interviennent pas ; des tentes lacérées avant d'être jetées lors des expulsions ; des survivants du naufrage du 24 novembre au large de Calais qui accusent les autorités françaises et britanniques d'avoir refusé de les secourir... Comment interpréter les images qui nous parviennent des plages du Nord et du Pas-de-Calais via les médias et les réseaux sociaux, et comment comprendre la situation ? Pourquoi le Brexit rend-il la situation encore plus complexe ? Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) et médiateur du gouvernement sur place, et le photojournaliste Louis Witter, qui s'est installé à Calais et sillonne les camps et les plages pour le Washington Post ou l'Obs, sont les invités de Daniel Schneidermann. 

"Ils ne font rien"

L'image, publiée en une du Sun, a de quoi surprendre. Des exilés embarquent à bord d'un pneumatique sur une plage française, sous le nez d'une voiture de police française. Le journal accuse la police française de ne pas empêcher les migrants de traverser la Manche. Cette voiture, Louis Witter la connaît bien, pour avoir parlé à ses occupants, qui ont contrôlé ses papiers pour vérifier s'il n'était pas un passeur. "Pourquoi ne font-ils rien ?", lui demande Daniel Schneidermann. Réponse de Witter : "Ils ne font rien parce qu'ils ne sont que deux." Et pas de taille à empêcher ce groupe de migrants d'embarquer.

La police ne fait pas peur aux exilés

Après avoir traversé l'Europe pour tenter leur chance au Royaume-Uni, les exilés doivent subir la destruction régulière de leurs maigres biens, à chaque expulsion de camp, par la police et les entreprises privées que l'État emploie. Des privations qui n'impressionnent pas Akam, un jeune Kurde rencontré par Louis Witter lors d'un reportage. Lui qui a combattu Daesh, ce ne sont pas des policiers qui vont l'impressionner, explique-t-il en substance au journaliste, qui rapporte cet échange sur notre plateau. Surtout quand il ne reste que "33 kilomètres" à parcourir avant d'accéder au but ultime, le Royaume-Uni. 

Les tentes détruites quoi qu'il arrive

Gérald Darmanin l'a promis : les tentes des exilés ne seront plus lacérées par les entreprises privées qu'emploie l'État. Les images avaient choqué, en ce qu'elles disaient la volonté de rendre la vie impossible aux migrants, et les associations appelaient de longue date à mettre fin à ces pratiques. Sur le terrain, Louis Witter note qu'en effet, les tentes ne sont plus lacérées. Mais... "dans les faits, elles sont jetées quand même à la benne, ça revient au même", ajoute le journaliste. La fin de la lacération ne change strictement rien. 

Pour aller plus loin

- Un reportage de l'Obs, mis en images par Louis Witter, sur les plages du Nord et du Pas-de-Calais.
- Notre enquête sur les expulsions, et la difficulté pour les journalistes de couvrir ces sujets.
- Les rapports d'activité de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), dont notre invité Didier Leschi est le directeur général. 

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