La gauche chez Bolloré : "Parfois, il faut aller où il y a de la gadoue"
Télécharger Écouter
Offert par le vote des abonné.e.s

À l'heure de la candidature Zemmour, pour un militant, un politique de gauche ou un journaliste, accepter de venir débattre sur le plateau d'une chaîne "Bolloré" (CNews, C8), est-ce servir la soupe à un agenda d'extrême droite, ou au contraire se donner la chance de contrer un discours et de convaincre certains téléspectateurs ? Pour en débattre, Daniel Schneidermann reçoit le journaliste et essayiste Aymeric Caron, la chercheuse spécialiste des médias Claire Sécail (qui était venue chez nous analyser la banalisation des idées d'extrême droite chez Cyril Hanouna), le militant Cédric Herrou, et le socialiste et universitaire Eduardo Rihan Cypel, qui a accepté de participer à l'émission Face à la rue, de Jean-Marc Morandini avec Jordan Bardella, tournée dans le quartier de la Guillotière à Lyon.

"Face à Baba", un cas d'école

La soirée du 16 décembre est un cas d'école. Dans le cadre de sa nouvelle émission, Face à Baba, Cyril Hanouna souhaitait mettre des contradicteurs face à Éric Zemmour, comme cela avait été présenté à plusieurs de ceux qui ont été sollicités, ainsi que nous le racontions ici. Certains d'entre eux avaient reçu ce mail : "Nous souhaiterions faire en sorte que Zemmour débatte dix minutes à chaque fois avec des personnalités qu'il n'a pas l'habitude d'avoir en face de lui. Cyril souhaiterait donc vous proposer d'être l'un de ces contradicteurs. Connaissant votre combat […] nous estimons que votre voix est importante face à un Zemmour toujours plus virulent sur ces questions." 

Finalement, sur les dix intervenants, la moitié appartenaient à sa garde rapprochée ou à des proches politiquement (Christine Kelly, son ancienne comparse de CNews, Stanislas Rigault de Génération Z, Charlotte d'Ornellas de Valeurs actuelles, l'animateur Éric Naulleau qui ne cache pas son amitié pour le candidat...) Les cinq autres étaient en effet des contradicteurs : le député insoumis Alexis Corbière, l'essayiste Aymeric Caron, le chroniqueur des émissions de Cyril Hanouna (et ex-élu condamné pour abus de confiance et abus de biens sociaux) Karim Zéribi, la ministre déléguée à l'Égalité femmes hommes Élisabeth Moreno, le médecin urgentiste Mathias Wargon. 

LA photo du petit Aylan

Face à Éric Zemmour, Aymeric Caron choisit de lui montrer la célèbre photo du petit Aylan Kurdi, petit migrant kurde de 3 ans retrouvé mort noyé sur une plage turque en septembre 2015. "Comme tout drame d'un enfant qui meurt, c'est triste, c'est désolant, c'est désespérant", commente Zemmour. "Maintenant, on ne bâtit pas une politique sur l'émotion [...] l'intérêt des Français c'est de ne plus accueillir aucun immigré". Était-ce un bon choix pour mettre en difficulté le candidat d'extrême droite ? Pour la chercheuse Claire Sécail, "il y a une erreur à penser que s'investir comme interlocuteur non complaisant d'un adversaire comme Éric Zemmour, sur des chaînes Bolloré, va être payant [...] parce que ces émissions sont au service de sa communication". 


"Inoculer une parole"

Notre invité Eduardo Rihan Cypel, ancien élu socialiste et qui accepte régulièrement de se rendre sur les plateaux de de CNews, a participé à l'émission de Jean-Marc Morandini Face à la rue dont l'invité était Jordan Bardella, tournée dans les rues du quartier populaire la Guillotière, à Lyon, dans un climat hostile, puisque de nombreux manifestants antifas s'étaient rassemblés pour tenter d'en empêcher le tournage. On le voit interrogé par Morandini sur la situation, et Eduardo Rihan Cypel dit regretter en partie la manifestation, qu'il qualifie "d'ultra gauche". "Cette image, que vous le vouliez ou non, vous intègre au dispositif Morandini, Bardella, CNews", lui dit Daniel. "Je ne suis pas venu me balader avec Jordan Bardella, j'étais un point d'arrêt", lui oppose Eduardo Rihan Cypel, comme l'était dans la même émission David Guiraud de la France insoumise, ajoute-t-il. "Je ne vois pas pourquoi je ne peux pas infiltrer, je ne vois pas pourquoi je ne peux pas inoculer à l'intérieur de ce théâtre une parole qui va à l'encontre de la construction même de ce théâtre." 

"Si tous les contradicteurs l'avaient refusée, cette émission n'aurait pas eu lieu"

Pour Cédric Herrou, qui a refusé de s'y rendre,"si tous les contradicteurs l'avaient refusée, cette émission n'aurait pas eu lieu". "Je suis d'accord avec Cédric, répond Caron, pour dire qu'on n'aurait pas dû répondre à Zemmour et lui donner cet espace pendant les dix années qui viennent de se passer". Mais aujourd'hui, explique Caron, il est allé "face au candidat qui est monté à 17-18 % dans les sondages"

Partager cet article

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.