11 novembre : " Et on voudrait rétrécir tout ça à une victoire française ?"

Arrêt sur images

C’est l’invité inattendu de l’itinérance mémorielle d’Emmanuel Macron, cette folle semaine de commémoration du 11 novembre 1918. Il a suffi qu’il soit prononcé le nom de Philippe Pétain pour que la polémique ensevelisse tout autre débat. Nous reviendrons (...)

Télécharger Écouter
L'émission
Télécharger Écouter
  • Avec
    André Loez et Nicolas Offenstadt
  • Presentation
    Daniel Schneidermann et Lynda Zerouk
  • Préparation
    Adèle Bellot
  • Deco-Réalisation
    Sébastien Bourgine et Antoine Streiff
Offert par le vote des abonné.e.s
C’est l’invité inattendu de l’itinérance mémorielle d’Emmanuel Macron, cette folle semaine de commémoration du 11 novembre 1918. Il a suffi qu’il soit prononcé le nom de Philippe Pétain pour que la polémique ensevelisse tout autre débat. Nous reviendrons évidemment dans cette émission sur la polémique Pétain mais en étant très attentifs à ce qu’elle n’éclipse pas tous les autres aspects de cette commémoration. Nos invités : les deux historiens André Loez et Nicolas Offenstadt, tous deux spécialistes de la Grande Guerre, et notre chroniqueuse, également historienne, Mathilde Larrère.

hommage Pétain : la communication chaotique 

On commence avec la communication chaotique de l'Elysée autour de l'hommage aux maréchaux, parmi lesquels Philippe Pétain. Alors que la polémique est déjà vive, elle monte d'un cran le 7 novembre à la suite des déclarations d'Emmanuel Macron. Lors d'une étape de son "itinérance mémorielle"  dans les Ardennes, le chef de l'Etat déclare qu’il est légitime de rendre hommage aux maréchaux, y compris à Pétain, "un grand soldat ". Tollé immédiat. L'opposition, de gauche à droite, se scandalise. Et les déclarations de Macron résonnent jusque dans la presse internationale. L'Elysée fait alors marche arrière, sans parvenir à éteindre l'incendie. A l'Etat-major, des individus, des groupes, souhaitent-ils réhabiliter Pétain de manière occulte ? "Je pense que dans l'esprit de certains militaires, il faut faire la part des choses, explique l'historien André Loez.  Comme c'est écrit dans les livres d'Histoire, Pétain a eu un rôle militaire en 14/18 et ensuite est devenu le chef d'Etat en 1940 avec les conséquences que l'on connaît Il y a donc l'idée qu'on pourrait sauver ce premier Pétain et en parler et restituer son rôle dans le cadre d'une démarche plus générale : parler de la victoire." Pour Nicolas Offenstadt, "Pétain fait partie de la mémoire de la Grande Guerre". "Mais c'est biaisé, aujourd'hui Pétain est associé surtout à ses méfaits, souligne-t-il. Vouloir séparer le Pétain de la première guerre de celui de la Seconde, est problématique." Car, explique-t-il, "la mémoire n'est pas l'Histoire". 

Comment expliquer la popularité Pétain ? Loez : "cette popularité est très construite. Pétain est très attentif à son image. Dès l'époque de la guerre on sait qu'il commande des rapports du contrôle postal sur sa propre popularité, pour ajuster la façon de faire des visites aux troupes, de faire des causeries et de cultiver ce qui va devenir un véritable culte sous Vichy."

célébrer la Victoire ou Les poilus ? 

Faut-il célébrer une victoire militaire, la mémoire des Poilus, ou encore la paix en Europe ? La question s’est  invitée sur  les plateaux TV ces derniers jours. Et plusieurs chaînes privées ont évidemment donné la parole au polémiste Eric Zemmour dont on diffuse un premier extrait sur le plateau. "C'est une victoire" insiste-t-il, visiblement ulcéré. Mais ne peut-on au fond commémorer les deux, la victoire militaire et la paix en Europe ? "Ce n'est pas la même approche, répond Loez. Est-ce qu' une guerre produit des résultats positifs et dans ce cas, on dit c'est une victoire, comme dit Eric Zemmour ou est-ce qu'une guerre quand on la regarde cent ans plus tard, on voit avant tout les ravages, les destructions invraisemblables". "Personne n'imaginait que ça ferait 10 millions de morts, 1,4 million en France, poursuit-il. Puis une deuxième guerre encore plus meurtrière 20 ans plus tard parce que rien n'a été réglé, parce que des haines se sont ancrées de façon encore plus inexpiable !" De son côté, Offentsadt rappelle que les anciens combattants eux même, ne voulaient "pas célébrer seulement la victoire, ils voulaient toujours que soit associés le deuil, le sacrifice, ce qu'ils ont vécu sur les champs de bataille". "Donc la notion de victoire est déjà abaissée, mise de côté", conclut l'historien

"Mais vous allez encore plus loin aujourd'hui, vous dites qu'il ne faut pas célébrer de victoire ?" rebondit Daniel Schneidermann. "Mais attendez, on est où là ?  s'enflamme Offenstadt. On est au XXI ème siècle, on commémore une guerre internationale et tout à coup on va nous rabattre sur l'histoire de Pétain, sur l'histoire de France (...) Et on voudrait rétrécir tout ça à une victoire française. Quand le chef d'Etat bulgare ou les Allemands vont venir, on va leur dire regardez, on va faire défiler les chars et leur dire regardez, on vous a bien pilés. C'est de la folie mémorielle, ce que raconte Zemmour." 

L'enjeu mémoriel des mutins

L'enjeu mémoriel des mutins a été moins mis en avant cette année. Petit point historique du professeur Loez sur le plateau. Il rappelle que les mutineries interviennent en mai/juin 1917 en France. Ce sont des milliers de soldats qui crient "à bas la guerre", qui veulent arrêter de se battre, certains se démobilisent ou font la grève et d'autres disent qu'ils veulent faire la révolution. Ces mutineries seront sévèrement réprimées et "ça ne débouche pas sur un mouvement qui entraîne la fin de la guerre" comme ce fut "le cas en Russie par exemple"

On évoque la chanson de Craonne entonnée en mars 2017, en présence de Hollande, à l'occasion des 100 ans de la bataille du Chemin des Dames, l'un des épisodes le plus meurtriers de la première guerre mondiale. Hymne contestataire, symbole des grandes mutineries, censurée par le commandement militaire pour ses paroles antimilitaristes. Loez et Offensdtat étaient sur place, ils nous racontent les coulisses. 

En 1998, l'ex-Premier ministre Lionel Jospin est le premier à réhabiliter les mutins, les ex-présidents François Hollande et Nicolas Sarkozy adoptant par la suite un discours de réintégration de ces mutinés. "Il est frappant d'écouter ces trois chefs du gouvernement, parce qu'ils reprennent cette même rhétorique du soldat épuisé, analyse Loez. Ils restent des mutins épuisés, faillibles, jamais des figures positives."

Mais ces derniers jours, une délégation de parlementaires du parti de gauche allemand Die Linke a été interdite d'accéder à un monument à l'effigie des mutins dans la ville de Kiel. Signe que l'enjeu mémoriel autour des mutins n'est pas complètement apaisé en Allemagne ? "On veut bien cette mémoire des mutins mais on les veut comme des fondateurs de la démocratie, pas comme des révolutionnaires", explique Offenstadt. Pour l'historien, "c'est une forme de dépolitisation, on centre la mémoire allemande sur la démocratie et non pas la révolution."

Augustin trébuchon, mort le 11 novembre 1918

Retour sur les cérémonies du 90 ème anniversaire. Le héros est alors Augustin Trébuchon, mort le 11 novembre 1918, symbole de l'obstination inutile du commandement. "S'il est très présent en 2008, c'est parce que c'est la première année où il n'y a plus de soldat vivant", indique Offensdtat.

On termine avec la chronique de Mathilde Larrère sur les oubliées des commémorations du 11 novembre. "Celle qui est plus inconnue que le soldat inconnu"... sa femme !

Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Lire aussi

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.