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Commentaires

Sebastien Clerc, "le" bon client télé de la rentrée scolaire

Pour tous les jités, le jour de la rentrée scolaire, le premier sujet traité ne saurait être que... la rentrée scolaire.

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Bonjour, je suis Sébastien Clerc et je voudrais juste apporter quelques précisions.

D’abord, la discipline n’a pas, dans ma conception, l’importance centrale que certains imaginent. L’essentiel c’est par exemple de favoriser la curiosité des élèves, de développer leur esprit critique. Je parle dans le livre de mon cours en Education Civique sur la valeur du doute. Certes, le jeu des médias fait que l’on se retrouve avec quelques minutes pour exprimer ses idées et que ce sont souvent les mêmes points qui ressortent, ce qui donne une vision caricaturale d’une pensée.

Pour ce qui est de la note de sérieux, je précise qu’il serait impossible qu’un élève passe de 18 de moyenne à 10 à cause d’elle... j’ai 10 à 15 notes par élève et par trimestre. Une note sur 20, même coefficient 2, ne peut avoir une telle influence !
Je trouve très intéressant le risque évoqué de rendre, avec les notes, les jeunes « accros » à l’argent. 1) Je suis d’accord et le travail d’échange avec une classe du Burkina-Faso que nous conduisons avec une de mes classes ou mon club d’échecs dans le lycée participent à ouvrir les jeunes à des enjeux humains et à la curiosité intellectuelle. 2) Cependant, avec beaucoup de classes, la situation est telle (confère la première partie du livre) que l’on peut difficilement se priver d’un levier pour que les élèves vous donnent votre chance de les intéresser. 3) Quand on cherche à monter un projet de grande ampleur dans un lycée, voit-on toujours l’unanimité des enseignants dire : « Génial, tant pis pour les heures de travail non payées, je vais me donner à fond bénévolement » ? Et on voudrait que la totalité des élèves d’une classe soit dans cette optique ?

Je suis tout à fait d’accord avec le fait qu’il n’existe pas de « consigne infaillible » pour les jeunes enseignants. Je me borne à souhaiter une réflexion dans la formation des professeurs sur les échanges avec les jeunes, le positionnement dans la salle de classe…, réflexion qui ferait gagner du temps. Je ne me prétends pas « expert ». Je souhaite simplement que plusieurs enseignants expérimentés fassent partager leurs petites recettes qui font qu’après 10 ans de métier, on s’en tire mieux que lorsque l’on débute.

Enfin, je partage l’idée que le débat seul fait avancer les choses et avec ce livre, j’ai simplement voulu y participer.
Merci pour ces précisions.
Ne pensez-vous pas quand même, que les notes ont trop d'importance ? Bien souvent, pour les parents c'est le seul référent pour juger l'apprentissage de leurs enfants. Ce n'est pourtant qu'une" appréciation quantitative" de l'élève. Où se place le qualitatif ? Un élève qui fait des efforts et obtient un 10 est souvent moins bien jugé qu'un autre qui, ayant des facilités, obtient un 15 sans rien faire (je parle en connaissance de cause). (A moins que ça ait changé) Le bulletin trimestriel ne laisse la place qu'à quelques lignes par matière pour juger 3 mois de travail. Ce qui donne énormément d'importance à la note moyenne.
Ne pensez-vous donc pas qu'il faudrait essayer de mettre les notes en retrait et donner plus de place aux commentaires pédagogiques ?
Ce que vous dites, Eric, me semble très pertinent. Justement, la note de sérieux permet d’apporter une pondération de justice, de hausser un peu la moyenne des élèves dont le niveau est juste mais les mérites importants et de baisser un peu celle des jeunes ayant de bons résultats mais qui ne se donnent pas à fond.

C’est vrai que nous devrions, nous enseignants, nous donner plus de mal pour les commentaires dans les bulletins et les copies. La note est une sorte de couperet. Seul le commentaire est un vrai message d’humain à humain.

Par ailleurs, je crois bon de conseiller aux parents de ne pas trop mettre la pression sur les résultats, de ne pas s’intéresser au classement des élèves mais d’encourager leur progéniture à faire de leur mieux. Les soirs, les questions : « qu’as-tu appris aujourd’hui ? », « Qu’as-tu trouvé intéressant ? » me semblent plus fécondes que la célèbre « As-tu eu des notes ? ».

Quant à abandonner les notes au profit des commentaires, l’idée est intéressante mais d’une part, j’ai souvent constaté que lorsque l’enjeu n’est pas une note, il est à peu près impossible de mettre certaines classes au travail ; d’autre part, dans notre société, la sélection pour accéder aux différents métiers se fait largement par des notes et il faut bien que les élèves y soient préparés. Imagine-t-on des concours pour devenir postier, secrétaire, prof, etc… dans le cadre desquels on chercherait à hiérarchiser des commentaires ? On ne s’en sortirait que difficilement… Je pense donc qu’il ne faut pas mentir aux jeunes et que, si on peut faire comprendre aux élèves que la note « c’est pas tout », on ne peut pas y renoncer pour autant.
Personnellement, je suis atterrée de voir qu'aux conseils de classe, la plupart des profs vont féliciter, et laisser passer en classe supérieure un élève qui bosse comme un malade et qui peine à atteindre la moyenne, et laisser sans aucun scrupule redoubler un élève qui a de toute évidence des facilités, a de très bonnes notes (quand il est en cours)... juste pour le plaisir de lui faire perdre son temps ?
malheureusement, nous ne sommes pas égaux devant les notes ou devant le système scolaire (nous ne sommes égaux devant rien d'ailleurs, c'est ce qui fait notre différence) : faut-il rétablir une pseudo-égalité pour faire croire que le travail peut effacer toutes les inégalités ?
(je sais que mon appréciation est assez dure, mais je suis à l'écoute de qui me démontrera qu'un élève débrouillard s'en sortira moins dans la vie qu'un élève simplement "scolaire").
...un élève débrouillard s'en sortira moins dans la vie qu'un élève simplement "scolaire"
Et si l'école, justement, devait appendre aux enfants à ne pas être scolaire ?
Ceci dit, l'école n'est pas là pour apprendre un métier (du moins jusqu'au bac), donc effectivement un élève débrouillard (ou pas d'ailleurs) pourra toujours s'en sortir. Pour citer (approximativement) Desproges : "on peut très bien vivre sans la moindre espèce de culture". Et c'est je pense justement ce que doit apporter l'école : un bagage culturel (éveiller les curiosités, donner le goût d'apprendre). Cela n'aidera pas forcément à s'en sortir mais ça peut aider à réfléchir. Comment par exemple, interpréter le conflit Israelo-palestinien sans un minimum de connaissances historiques ?

laisser sans aucun scrupule redoubler un élève qui a de toute évidence des facilités, a de très bonnes notes (quand il est en cours)... juste pour le plaisir de lui faire perdre son temps ?
J'ai été un élève que l'on a pas fait redoubler alors qu'il avait de bonnes notes en n'en foutant pas lourd (et c'est un euphémisme !). Et bien je peux vous assurer que ça m'aurait été plus utile de redoubler à moment là...
Après chaque élève est un cas un part. D'où la nécessité de laisser aux profs le temps de s'en occuper.
"...changeons les mentalités avant de chercher à changer le système, ou les deux en même temps, mais pas l'un sans l'autre."

Bien sûr. Mais que croyez-vous que font les enseignants qui innovent un tant soit peu dans leur classe ou leur établissement ? Ils informent les parents, discutent, expliquent leur projet, rassurent les angoissés, calment les impatients ... Mais pourquoi je vous dis tout ça moi, vous le savez aussi bien que moi !

Cela dit, que faire contre la puissance abêtissante de la télé lorsqu'elle prend tous les raccourcis en privilégiant tout ce qui paraît évident et simple plutôt que de prendre le temps d'exposer la complexité et de la rendre intelligible au plus grand nombre ?

PS : pour garder la pêche, 2 exemples issus du Monde de l'éduc juill/août :

ici

et là.
"Les élèves sont scolaires" ...

Et surtout faisons en sorte qu'ils le restent, attachés à la note, à la récompense quantifiable, celle qui plus tard se transformera en argent. Tout ce qui compte. La seule valeur.
Il ne faudrait surtout pas que l'élève soit incité à comprendre qu'apprendre et bien se conduire c'est avant tout ce qui fait de nous quelqu'un d'honnête. Une valeur désuète, elle, apparemment. Mais quoi de plus étonnant quand les honnêtes hommes (dans les différents sens du termes) sont écartés du pouvoir par ceux qui à l'école ont vraisemblablement vu en l'apprentissage un simple outils d'accès au pouvoir financier (et donc politique) plus que comme une façon de faire de soi un meilleur homme au sein d'une meilleure humanité.

L'année prochaine on aura un "génial" (ré-)inventeur du bon point et des images sur les plateaux des journaux télévisés. Comme si l'instauration de la note de vie scolaire n'usait déjà pas de cette vieille ficelle de "la carotte et du bâton". Voilà donc où nous en sommes en matière de pédagogie. Une relation binaire à l'élève : tu te comportes bien et tu sera récompensé, dans le cas contraire tu seras puni.
Est ce vraiment une bonne chose que d'éduquer (j'ai envie de dire dresser) de la sorte ?
" Les élèves sont scolaires "

Il a d'autres constats aussi brillant que ça, le ravi de la classe ?

Sinon, je lui propose de réfléchir à : la pluie, ça mouille ! Souffrir, ça fait mal ! ...
Que j'aime bien ton style d'écriture Justine, c'est un plaisir de lire tes sujets :-)

Rassure-toi, je suis une fille, hétéro, etc... lol
Citation :"Son livre a un petit côté "Entre les murs" [film de Laurent Cantet qui raconte l'histoire d'un jeune professeur de français en collège difficile, palme d'or du festival de Cannes 2008, ndlr] qui a pu plaire aux journalistes."


Bon d'accord, comme beaucoup je n'ai pas encore pu voir le film de Cantet et je ne suis pas sûr de faire la démarche de me procurer le livre de Sébastien Clerc. Donc prudence. Cela dit, à partir de ce que j'ai déjà perçu de l'un et l'autre, je trouve très osé le rapprochement que fait cette attachée de presse!

Quand je pense qu'on a reproché au film de Cantet/Bégaudeau de faire du militantisme socio-pédagogique... A moins qu'il faille voir dans le titre du livre de M. Clerc un indice compromettant :"Au secours ! Sauvons notre école !" tiens, tiens, encore un Sauveur de plus ? un "militant" en quelque sorte, mais sur l'autre rive alors ! Demandez donc au sieur Brighelli où vont ses préférences.
Sur france inter l'autre matin ils ont ressorti l'autre avec sa "fabrique de crétins"... quand ils sortent leurs experts, j'éteins. Et la télé, de toutes façons, j'évite !
Le phénomène n'est pas nouveau. Consciemment ou pas, les médias on tendance à ne citer qu'un nombre restreint "d'experts" pour expliquer l'actualité. Leur dernière trouvaille est donc ce jeune professeur qui, je trouve, tient un discours qui change un peu de ce qu'on entend habituellement (discours positif, pas moralisateur). Ce qui ne veut pas dire que c'est novateur. Mais la surmédiatisation dont il fait l'objet a pour résultat (Justine en donne la preuve) de décridibiliser son discours en l'intégrant à la pensée unique. Il ne doit pourtant pas être très difficile de trouver d'autres pédagogues et d'autres discours, ce qui aurait le mérite de faire se confronter différents points de vue, de faire débat et de permettre à chacun de se faire une opinion concrète sur le sujet. Ce qui n'est pas l'objectif des médias tv (sinon, @si serait toujours à l'antenne et on ne nous infligerait pas Paul Amar !).

Un élève qui aurait un 18/20 en rédaction parce qu'il fait preuve de capacités exceptionnelles et qui se retrouverait avec un 10/20 en français sur son bulletin pour des problèmes de conduite, ça peut casser aussi un peu l'autorité d'un enseignant et je laisse à Mr Clerc le soin de gérer... C'est la double peine quoi...
Pourquoi laisser sous-entendre qu'un enseignant ne sait pas faire la part des choses entre le comportement d'un élève et ses résultats scolaires ?
D'une part, une note n'a pas beaucoup de signification sans les commentaires qui l'accompagnent. D'autre part, il est bien rare de voir un élève ayant des problèmes de conduite suffisamment grave pour le faire passer de 18/20 à 10/20. Les problèmes de comportement sont généralement liés aux résultats scolaires. Prendre un exemple extrême ne fait pas avancer le débat, puisqu'une "règle" n'est pas faite pour gérer ce genre de situation qui relève du cas particulier (comme il est imbécile de faire une nouvelle loi à chaque fois qu'un fait divers fait la une des médias).
Justine , vous faites de l'anti-clericalisme primaire (voire secondaire et maternel ...)
Je me suis en effet bien marré (mais nuance jaunâtre quand même) en regardant le toujours catastrophique 13h00 de F2 (pourquoi je regarde ça, c'est du masochisme ou la simple curiosité de vérifier jusqu'où ça peut dégringoler ?). Bref, j'ai eu exactement la même impression, ce jeune homme propret qui parle d'autorité et de politesse, c'est dans la droite ligne de ce retour aux "vraies" valeurs que nous distillent quotidiennement nos médias. Maintenant que je constate grace à votre vigilance qu'il est passé partout, c'est en effet révélateur.
Cette pauvre Lucet (c'est bien son nom hein ?) et son coté catho bien pensant agrémenté d'un ricanement niaiseux de bon alois n'a bien sûr pas été foutue de poser la moindre question contradictoire ou au moins interessante au protégé du recteur.
Les journalistes gobent tout ce qu'on leur dit sans savoir.
Le recteur a peut-être appelé ce jeune enseignant pour donner des cours de tenue de classe à des enseignants en formation. Il ne faut pas traduire ça par "c'est nouveau" de traiter de la gestion de la classe dans les formations des enseignants, et par on va formater tous les enseignants sur ce modèle de jeune enseignant qu'est Stephane Clerc et l'école sera sauvée. Le facteur humain fait qu'on ne peut pas imposer des façons de se comporter, des consignes infaillibles qui assoient l'autorité d'un enseignant indépendament de toutes les interférences qu'il ne maîtrise pas, ceci depuis la nuit des temps. C'est des évidences qui vont sans dire, mais les journalistes adorent faire croire à des petits miracles qui soulagent notre angoisse de parents. C'est pour équilibrer avec toutes les angoisses qu'ils créent en nous, même sur des sujets qui ne nous concernent pas.

Il y a des circulaires, et des fédérations de parents d'élèves qui veillent au grain, pour qu'un professeur de français note le français, qu'un professeur de math note les maths, etc. De toute façon, la conduite interfère déjà suffisemment sur les résultats proprement scolaires et il y a par exemple une note de conduite indépendante sur le bulletin instaurée au collège, enfin j'ai cru comprendre. Ce n'est donc pas génial son coup du 20/20 et c'est hors directives. Rien ne dit que le recteur et ses inspecteurs approuvent, même si on nous met du recteur dans la conversation par ailleurs. Un élève qui aurait un 18/20 en rédaction parce qu'il fait preuve de capacités exceptionnelles et qui se retrouverait avec un 10/20 en français sur son bulletin pour des problèmes de conduite, ça peut casser aussi un peu l'autorité d'un enseignant et je laisse à Mr Clerc le soin de gérer... C'est la double peine quoi...
En tant qu'enseignante, j'ai tellement de mal à supporter la façon dont le "marronnier" de la rentrée scolaire est traité par les média qu'il y a toujours, début septembre, une bonne semaine pendant laquelle je ne lis ni n'écoute ni ne regarde les infos.
L'autre jour, pourtant, je suis malencontreusement tombée sur quelques instants de jité, à mon grand dam. Il était bien évidemment question de la rentrée, et un tableau comparait les horaires de classes des petits Français, des petits Allemands et d'autres petits Européens (j'ai oublié quel était le troisième pays). Il en résultait qu'il ne fallait pas se plaindre d'avoir perdu le samedi matin car nos élèves travaillent quand même 6 heures par jour contre 3 ou 3,5 pour les autres. Je suis restée sur cette chaine le temps de vérifier qu'ils oubliaient de préciser que les autres pays d'Europe ont moins de vacances scolaires que la France, ce qui fait que "suppression du samedi + vacances scolaires = moins d'heures de classe pour les petits Français à la fin de l'année scolaire". Equation simple mais tue, étrangement...
Personnellement, je ne sais pas comment je vais faire avec trois heures de moins par semaine, les heures les plus sympathiques d'ailleurs, celles où les élèves étaient les plus détendus, trois heures propices aux révisions et remédiations. Franchement, j'ignore si la parole des enseignants pro-samedi matin a été relayée par les média mais je ne vais pas aller vérifier.
L'année prochaine je serai plus vigilante pendant cette semaine fatidique, quand je zapperai...
faut tirer les choses au clerc !!!!
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