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Riss, Plantu : contournements et soumission

Prenons un dessin. Celui ci-dessus, par exemple. Jesus, Jehovah et Mahomet (flouté)

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720 morts et 900 blessés au grand pèlerinage annuel de la Mecque. Bilan provisoire.
La bousculade cause de cette hécatombe, s'est produite lors du rituel de la lapidation de Satan, ce rituel consistant à lancer 49 ou 70 petits cailloux sur trois stèles le représentant.
Connaissant la propension qu'ont certains ici à voir des islamophobes partout, je récuse par avance toute accusation en ce sens me concernant, mais je trouve qu'il faut être sacrément givré et inconscient pour s'attaquer à Satan ! La preuve.
Personnellement, je trouve qu'il est beaucoup plus drôle de jouer avec l'interdit que de le braver directement.
Mais c'est juste un avis et rien d'autre. C'est là qu'on perd beaucoup : quand un choix artistique et ludique qui relève du plus personnel semble transformé en une proclamation morale à la face du monde.

Ce qui peut rassurer, ou pas, c'est que les intégristes ne vont pas forcément faire une grosse différence. Les dessinateurs danois du Jylland Posten avaient pour beaucoup bien plus joué avec l'interdit que le braver, et ça n'a pas empêché les fous de Dieu de les vouer aux gémonies (surtout après que des as de la désinformation aient ajouté des images purement ordurières à leurs dessins, il est vrai)
Plantu n'a qu'à poser une feuille par terre, se mettre debout dessus et faire un contour d'un trait rouge. Et après si il pense qu'il peut faire sa ligne rouge "à lui", choisie et consentie par lui, à ne pas dépasser pour ne pas heurter ceux qui impose la première ligne rouge, il n'a qu'à recroqueviller bien fort ses orteils pour trouver son espace de liberté.

La ligne rouge, la ligne bleue, la ligne blanche, la ligne jaune, la ligne claire et la ligne sale de Vuillemin (vu dans télérama).

Il y a surtout que le dessin d'humour de presse c'est très difficile, mais c'est très libre, sinon c'est pas.
Ce débat Plantu Riss en rappelle un autre, Onfray, Moix, Salamé. On me susurre à l'oreille qu'"ils ne seraient pas d'accord". En attendant, il n'est donné à voir que des joujoutes entre gens du mainstream politicomédiatique.

D'un ennui...
Tourisme de masse, touristes de merde.
Non, rien à voir avec le sujet de ce neuf-quinze. Juste la confirmation de ce que peuvent avoir en commun un selfiste et un salafiste. L'ignorance crasse et la bêtise paroxysmique.
Puis-je m'interroger sur l'emploi du mot soumission dans le cas précis?
Pourquoi ai-je l'impression que DS, comme avant lui Houellebecq, utilise le vocabulaire de l'extrême-droite raciste?
Par exemple, quand Facebok censure des reproductions de l'origine du monde, personne ne parle de soumission des utilisateurs. Plus généralement, quand nous adoptons - nolens volens - les modes de vie états-uniens, personne de parle de soumission. Et pourtant ...
Est-ce qu'un dessinateur de presse ne devrait pas simplement chercher à faire rire, plutôt qu'à dénoncer ? Les deux ne sont pas incompatibles d'ailleurs, mais Plantu et les copains de Charlie Hebdo ont eu trop tendance à prendre leurs convictions au sérieux ces derniers temps... Et la manifestation du 11 janvier n'en était que plus ambiguë, selon moi.

J'aimerais reprendre ces dernières lignes de Todd, qui m'ont semblé lumineuses quand je les ai croisées dans son dernier bouquin :

[quote=Emmanuel Todd]« Quand il est question de racisme, la présence ou l’absence d’esprit de sérieux est un facteur sociologique capital. Car si quelque chose peut rendre le racisme vraiment dangereux, c’est bien l’esprit de sérieux. C’est lui qui conduira cent familles américaines blanches à déménager lorsqu’une ou deux familles noires s’installeront dans leur rue, ou qui imposera aux Allemands, plongés dans l’effort de la Première Guerre mondiale, de perdre du temps à vérifier que même les juifs font bien leur devoir militaire.

(…)

Les Français sont incapables de ce genre de sérieux, qui exige des hommes qu’ils respectent réellement les lignes et les frontières définies par l’idéologie. L’attitude française centrale, imposée ici pour son bonheur à toute la périphérie, présente en Charlie comme chez les électeurs du FN ou les gosses des banlieues, n’est nulle part plus apparente que dans les rapports entre les sexes. L’anthropologie concrète se charge de convertir l’homme universel de l’idéologie en femme universelle de la vie quotidienne, l’homme concret différent en une femme concrète différente, beaucoup plus difficile à rejeter qu’un concept, surtout si elle est très jolie. Hésitant entre une belle exotique et un boudin national, l’universalisme français fera en général le bon choix. Une femme française agira de même.

(…)

C’est ainsi que la France pourrait rester elle-même, mais surtout pas en cultivant l’idéologie du blasphème, en exhortant à soutenir l’effort d’éducation civique ou au nom de la défense prioritaire de la laïcité, et autres foutaises grandiloquentes. La France s’en sortira peut-être parce que, Dieu merci, elle n’est jamais complètement sérieuse. »


Juste un mot : il s'agit là de lignes de conclusion, chacune de ces affirmations étant suffisamment étayée dans le corps du bouquin (notamment sur le taux de mariages mixtes, beaucoup plus élevé en France que dans le reste de l'Europe, malgré une légère baisse ces dernières années).

N'est-ce pas l'absence d'esprit de sérieux qui tue le travail des humoristes, sous toutes leurs formes (dessinateurs, chroniqueurs radio, télé, sketchmen etc.) ? Quand on prend au sérieux le travail des Guignols, c'est toujours une manière de les attaquer. Quand Sophia Aram donne des leçons en fin de chronique, elle n'est plus drôle (et c'est bien ce qui ressort dans la critique de son dernier spectacle par Le Monde). Quand Plantu dessine, j'ai toujours envie de dire "je suis d'accord" ou "je ne suis pas d'accord", mais je ne rigole pas beaucoup. Ça faisait un moment que les dessins et chroniques de Charlie Hebdo ne me faisaient plus rire, spécialement quand ils parlaient de religion etc.

Je manque d'enthousiasme en ce moment, spécialement quand j'essaie de me divertir dans les médias. Trop convenu, trop premier degré. Tant pis, je retourne au théâtre.
il faut reconnaître qu'on marche sur la tête. Si je suis musulman je dois respecter les règles de ma religion. Si je ne le suis pas je n'ai forcément rien à respecter : Mahomet est pour moi au même niveau que Mickey. Je suis athé : si je m'adresse à un prètre, je ne vais pas l'appeler "mon père", ou "ma soeur" une nonne. A chaque fois que je dois écrire dieu, je me pose la question de la majuscule. Si mettre une initiale minuscule à dieu est une faute d'orthographe, alors c'est confirmé, on marche sur la tête!
Chaque semaine, un dessin désastreux de Plantu. Il cherche aussi, lui...
CHAQUE SEMAINE UNE CHRONIQUE QUI PARLE ET DIS DU MAL DE PLANTU : y aurait il entre vous et lui un conflit que vous tentez de régler ici en instrumentalisant cette chronique ?
Riss me fait rigoler dans sa posture du Croisé de la liberté d'expression.

- Dites-lui que chacun perçoit un dessin selon sa culture, il vous répondra que ceux qui le critiquent sont des fanatiques.

- Faite-lui remarquer que son crobard/explication de dessin confirme qu'il a en fait conscience que le monde est multiple, il vous dira que c'était une explication pour de faux, c'était "pour les nuls", comprendre les fanatiques.

Au pire, on dira que Riss est un Blanc occidental qui se la raconte, sûr d'être plus malin, plus intelligent, plus éclairé, que les autres, surtout s'ils portent des voiles. Ca arrive assez souvent dans une ancienne nation coloniale. Le genre qui, tiens, il y un siècle, l'aurait peut-être cautionné au nom de la lutte contre l'obscurantisme.

Au mieux, la complexité du monde emmerde Riss. Il doit regretter le temps d'avant Internet où un dessin n'était lu que par des gens "comme lui".
Au fait: c'est pas vraiment les 3 religions qui se font la guerre en ce moment. Rappelons que les victimes de Daesh sont dans l'immense majorité des musulmans. Cela limite la pertinence du premier dessin de la chronique, à mon avis.
A nous de les apprécier...ou pas!
"Sur sa lancée, Plantu a expliqué que les dessinateurs devaient se fixer une "ligne rouge", séparant "ce qu'on peut dire aujourd'hui", et "ce qu'on ne peut pas dire".

Une chose est sure c'est que pour Plantu, cracher sur les prolos ne fait pas partie de la ligne rouge.
La transgression jamais n'annule l'interdit. En un sens, elle le conforte.
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