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Reworld, ou le cauchemar de l'avenir du journalisme

En finalisant son rachat de Mondadori France (Grazia, Closer, Science & Vie...), le groupe Reworld Media est devenu, le 31 juillet, le premier groupe de presse magazine français en nombre de journaux détenus. Mais alors que Reworld se présente souvent comme un modèle d'innovation, ses coulisses ressemblent surtout à un cauchemar où rédacteurs délocalisés, robots et "autoentrepreneurs" exploités produisent à la chaîne de la " junk news", emballée dans un sabir de start-up nation.

Commentaires préférés des abonnés

Merci pour cette enquête d'intérêt public.


Si Justine Brabant quitte @si, on sait pour quels titres et par quel groupe elle ne sera jamais recrutée 😉

Blague à part, merci pour cet article. 


Cercle vicieux de la médiocratie : plus les médias sont médiocres, plus les lectrices et les lecteurs le deviennent et plus elles-ils ont d’appétence pour les médias médiocres. Il en va de même des inclinations politiques, esthétiques, gastronomiques(...)

Derniers commentaires

Ça me rappelle un extrait de la Semaine de 4h, best seller de la 'mondialisation heureuse' entrepreneuriale délocalisiste (je tente le néologisme) (et pardon pour la longueur - pdf facilement trouvable sur ggl) : 


' Le créateur d'expert : comment devenir un expert de haut vol en 4 semaines

Il est temps de tirer un trait sur le culte de l'expert. Et peu importe ce qu'en pensera l'intelligentsia des relations publiques.
Première précision essentielle : il y a une différence entre être perçu comme un expert et être un expert. Dans le contexte qui nous occupe, le premier est une arme commerciale, le deuxième l'artisan de la qualité de votre produit.


Même si la médecine n'a pas de secret pour vous, personne ne vous écoutera si le titre de « Docteur » n'est pas accolé à votre nom. « Docteur » est ce que j'appelle un indicateur de crédibilité. L'« expert » qui vendra le plus de produits est celui qui possède le plus grand nombre d'indicateurs de crédibilité, pas celui qui possède les connaissances les plus étendues. C'est une question de qualité de positionnement, pas de supercherie.


Comment, donc, acquérir un maximum d'indicateurs de crédibilité en un minimum de temps ?
Il a fallu tout juste 3 semaines à une amie pour devenir une « spécialiste reconnue des

relations interpersonnelles qui, comme l'ont rapporté le magazine Glamour et d'autres médias nationaux, a aidé les dirigeants des plus grandes entreprises à améliorer leurs compétences interpersonnelles en 24 heures ou moins. » Comment y est-elle parvenue ? En quelques étapes simples, elle a créé un effet boule de neige de crédibilité. Voici comment faire de même:


  1. 1. Devenez membre de deux ou trois organisations professionnelles avec des noms ronflants. Elle a choisi l'Association pour la résolution des conflits et la Fondation internationale pour l'égalité des chances. Cela ne demande rien de plus que quelques minutes de connexion sur Internet et une carte bancaire.


  2. 2.Lisez les trois livres les plus vendus consacrés à votre sujet et faites-en un résumé d'une page.


  3. 3. Donnez un séminaire gratuit de 1 à 3 heures dans l'université réputée la plus proche et annoncez l'événement par voie d'affichage. Ensuite, faites la même chose dans les filiales de deux grandes sociétés connues situées dans la même zone. Expliquez à l'entreprise que vous avez donné des séminaires dans l'université ou la faculté Y et êtes membre des associations identifiées en 1. Soulignez que vous leur proposez d'intervenir gratuitement pour acquérir davantage d'expérience des publics d'entreprise et que vous ne leur vendrez ni produit ni services. Enregistrez et filmez les séminaires en vue d'une éventuelle utilisation ultérieure sous la forme de CD ou de DVD.

  4. Facultatif : proposez à des magazines spécialisés d'écrire un ou deux articles en rapport avec votre sujet, en mentionnant les lettres de crédibilité acquises en 1 et en 3. S'ils refusent, proposez d'interviewer un expert reconnu et d'écrire l'article – votre nom sera tout de même cité.

Je ne vous conseille pas de vous faire passer pour ce que vous n'êtes pas. La chose est impossible ! « Expert » est une notion médiatique totalement floue et tellement utilisée qu'elle en est devenue indéfinissable. En termes de RP modernes, la preuve d'une expertise dans un domaine donné se mesure à des groupes, des listes de clients, des références écrites et des citations dans les médias, pas en niveau de QI ou en diplômes. Présenter la vérité sous ses meilleurs atours, et non l'inventer de toutes pièces, telle est la règle du jeu.

À bientôt sur CNN. "

Beark ! beark beark beark beark beark... Quel triste monde nous offrez-vous là, Justine ! Pas consommatrice de ce genre de pseudo-journaux... même dans les salles d'attente... je me plonge dans les réseaux sociaux... Je plains les pauvres salariés de ces boîtes à merde... Je trouvais les rédactions du XXe siècle pas toujours très ragoûtantes principalement en raison de la déification du statut de journaliste... mais passer de trop haut à vraiment très bas si vite annonce le grand déclin.

Merci pour cet article édifiant et bien sourcé.

Bienvenue aux journalistes dans le monde de la nouvelle entreprise.

Puisque les  revues sont devenues des produits, pourquoi ne pas réclamer leur composition :

- Publicité 70%,

- Recyclage d'article 20%,

- Editorial dégoulinant d'obséquiosité 5%,

- Article original 2%, ...,

et

- Produit 100% local ou issu de la culture IA avec référencement Google.

On pourrait même ajouter un Cultiscore avec couleur...

Cercle vicieux de la médiocratie : plus les médias sont médiocres, plus les lectrices et les lecteurs le deviennent et plus elles-ils ont d’appétence pour les médias médiocres. Il en va de même des inclinations politiques, esthétiques, gastronomiques, artistiques... Pour résister à la pente il faut un idéal commun qui nous dépasse, qui nous élève, qui nous porte vers les autres. Autre chose que l'irrépressible envie de faire grimper un compteur chez Twitter, Facebook ou un autre de ces machins glauques qui font irrésistiblement penser aux pervers attirant les petits enfants esseulés avec des bombons.


Hélas la startup-mania parfaitement incarnée par Macron et ses affidés, mais aussi par ses prédécesseurs, est tout le contraire d'un idéal commun qui nous dépasse, qui nous élève, qui nous porte vers les autres.. C'est un idéal commun qui nous rabaisse, qui nous isole, qui nous transforme en parfait égoïste. En 40 ans nous sommes passés d'une méritocratie (mais ne nous emballons pas, elle était fortement limitée par les inégalités de classe) à la médiocratie. Comment est-ce arrivé ? Comment avons-nous dégringolé de choix politiques hasardeux en choix politiques médiocres puis calamiteux ?


Gramsci y verrait peut-être l'obstination des dominants d'hier et d'aujourd'hui à garder la main sur les affaires du monde et leur acharnement à empêcher l'émergence de toute alternative, y-compris en fricotant avec l'immonde :


"La crise consiste justement dans le fait que l'ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés."

Un article savoureux et croustillant. Avec l’arrière goût désagréable de tout ces lecteurs pris définitivement pour des cons, à tort ou à raison...

Ce message a été supprimé suite à la suppression du compte de son auteur

Si Justine Brabant quitte @si, on sait pour quels titres et par quel groupe elle ne sera jamais recrutée 😉

Blague à part, merci pour cet article. 


Le vrai problème, en fait, vient des "lectrices/lecteurs" de cette presse qui n'en ont  strictement rien à foutre du contenu des magazines qu'ils achètent ou lisent chez le coiffeur ou le médecin. Ils achètent un titre connu dont la qualité n'a pas attendu cette reprise pour être au ras des pâquerettes et se gavent de publicités et de news "people".  Reworld est le Nestlé de la presse parce que beaucoup de gens s'épanouissent dans cette junk-consommation. Peut-être même que cette absence de qualité rédactionnelle est un élément essentiel dans la prédation chez Reworld ? Qui ne jettera donc jamais son dévolu sur ASI, Mediapart ou le Canard Enchaîné (entre autres). :)

On peut se demander si l'avenir  du journalisme , avec de " vrais journalistes" , tels que Barbier, Giesbert ou Aphatie  ( par exemple ) est moins cauchemardesque ; seules , leurs payes diffèrent ...

Effrayant! 


J'en ai assez de la start up nation

Merci pour cette enquête d'intérêt public.


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