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Prolifération du gravat

Le chef djihadiste malien Ahmad Al-Faqi Al-Mahdi, qui comparaît depuis le 22 août devant la Cour pénale internationale de La Haye, a demandé pardon pour avoir ordonné en 2012 la destruction de mausolées antiques de Tombouctou classés au Patrimoine mondial de l'humanité, peut-on lire sur L'Obs,

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Extrait de De la destruction comme élément de l'histoire naturelle, de W.G.Sebald:"(...) la quantité de matière grise, de capital et de main d'oeuvre investie dans la planification était telle qu'au bout du compte, sous la pression du potentiel accumulé, la destruction devait nécessairement s'accomplir. Une preuve qu'elle était irréversible nous est donnée par une interview datant de 1952 du brigadier Frederick L. Anderson, de la huitième flotte américaine(...). Il attire l'attention sur le fait que les bombes embarquées, finalement, étaient "une marchandise chère". "on ne peut tout de même pas les jeter sur les montagnes ou en rase-campagne alors qu'à la maison leur production a coûté beaucoup d'efforts.""

Cette énorme production d'armes ne peut pas rester sans utilisation, elles vont s'accumuler il faut bien les utiliser si on veut pouvoir continuer d'en produire. C'est pourquoi quand une guerre s'essouffle quelque part une autre commence ailleurs.
"les ruines de bâtiments publics, d'ouvrages d'art ou d'habitations naissaient le plus souvent de la désaffection des humains pour ces lieux, et de l'usure du temps."
Ouaip... Mais aussi du besoin de matériaux de construction. Un château fort devenu ruine? Les paysans du coin le transformaient illico en carrière pourvoyeuse de pierre déjà taillées. Un cimetière désacralisé? Les pierres tombales devenaient d'excellentes dalles bien plates, à peine besoin d'effacer le texte dessus.
Le monde moderne utilise une pierre artificielle: le béton. Il est plus simple de couler du béton tout neuf que de réutiliser les morceaux de béton du bâtiment précédent. Qui restent gravats. CQFD. :-D .
Un détail (ou une présentation erronée de l'histoire pour qui ne la connaitrait pas) : les gravats de Dresde ne sont pas dus à la seule aviation américaine. Les bombardements des 13 au 15 février 1945 étaient une opération conjointe USAF/RAF.
C'est la mode des gabions dans les villes et les villages. Des gravats tout prêts, on s'épargne les étapes pénibles et c'est moins désordre.

Quand tout sera gravat, pas grave car il restera les beaux blockhaus.
En 1860, saccage à Pékin du Palais d'été par les troupes anglaises et françaises.
Lettre de Victor Hugo au capitaine Butler:
https://fr.wikisource.org/wiki/Actes_et_paroles/Pendant_l%E2%80%99exil/1861
Votre chronique, Alain Korkos, tombe en plus en pleine catastrophe italienne : ce tremblement de terre qui réduit en gravats des villages plusieurs fois centenaires.

Le fameux tremblement de terre de Lisbonne frappa quant à lui sans discernement au point que les penseurs de l'époque comme Voltaire se sont trouvés confrontés à la big question : comment se fit-il que ceci se passa le jour de la Toussaint à 9h40 et que furent ensevelit entre autres tous les gens assemblés en prière sous les voutes de la Igreja do Carmo (dont les ruines ont été conservées intactes), que suite à ce tremblement les cierges et bougies participèrent ou provoquèrent un terrible incendie, que les survivants voulant échapper à ce feu s'embarquèrent sur le Tage mais périrent noyés par l'effet d'une tsunami dont on sait aujourd'hui qu'il accompagne souvent les secousses telluriques.

Mais il y a un autre point que m'a remémoré cette chronique si intéressante : les "fabriques de jardin" du Parc Monceau avec ses "ruines féodales" construites de main d'homme et ce Parc des Buttes-Chaumont qui fit le contraire en édifiant un "temple de Vesta, dit de la Sibylle, dont on peut voir les ruines à Tivoli" mais qui est lui (ce parc) construit entre autres sur des déblais et gravats provenant des travaux de Haussmann. Voir aussi certaines architectures post-modernes incluant des "fausses ruines" au milieu de façades miroitantes à l'infini.

Mais pour revenir à Tombouctou (perso j'ai beaucoup été affecté par cette destruction car j'avais toujours rêvé aller voir sur place ces mausolées même si la perspective d'un voyage là-bas s'éloignait avec chaque nouvel enfant et surtout avec les évènements), j'ai été étonné d'apprendre à l'occasion de ce procès qu'ils avaient été reconstruits à l'identique. De même récemment un ou des sculpteurs syriens ont reproduits en bois et dans un style naïf des statues dynamitées par Daesh. (impossible de trouver un lien)
Donc le simple fait de raser des bâtiments vaut un procès au TPI maintenant ?

Mais quelle blague ! Ils comptent aussi envoyer Bouygues, Eiffage et compagnie au TPI ?

Ce TPI est une sinistre farce !
Donc la on a droit au couplet c etait mieux avant. Avant les destructions etait naturelles ? ha bon les bombes de la deuxieme guerre ? et lors d attaques meme sans bombe, les villes pouvaient etre rass?es, au mayen ages, les gens chass?, les chateau incendi?s, vous pourriez lire un peu d histoire, y en a marree du "c'étaient mieux avant", même la geurre c etait mieux avant, c est vrai par contre pour les vivants, avant (1914) les mecs se tuaient moins, par contre les femmes se faisaient violer pareil ...
Nos geures detruisent autant de construction , mais surtout tuent énormément plus d humains... mais ca nous les Francais on s en fou ce qui compte c est Palmyre pas Aylan .
à poursuivre cette super chronique par le très bon (petit) livre d'André Habib sur la ruine au cinéma,
des ruines antiques aux décombres des guerres modernes
http://www.yellownow.be/livre_detail.php?ItemID=154
collection magnifique par ailleurs
Allez un peu de gravas Syrien en bonus.

http://i2.cdn.turner.com/cnn/dam/assets/150130094724-01-iraq-isis-0130.jpg
Talus, remblais, lieux vides, gravats

Gain de lumière, mesurable, ressemblant
au chardon :
Un peu
de rouge, en discussion
avec un peu de jaune.

Le voile de l’air devant
ton œil désespéré.
Le dernier grain de sable
chevauchant.
(les
massifs de fleurs, autrefois,
les mots tout sourire du Marchfeld,
de l’herbe des steppes là-bas.
le manège mort, sonne.
Nous tournions encore et encore.)

La chevauchée du grain de sable, l’œil,
à elle habilement lié.

Les portes des heures et
leurs bruissements.

Le monde, avançant
vers nous dans l’heure vide :

Deux
troncs d’arbres, noirs,
sans branche, sans
nœud.

Et dans la traînée du réacteur, coupante,
une pale isolée.

Nous aussi, dans le vide,
nous nous tenons près des drapeaux.

Paul CELAN
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