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Portrait de la Phynance en monstre du Loch Ness

Et paf : encore un dessin.

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Surtout ne changez rien !
mardi 10 février 2009, par Frédéric Lordon
La pompe à phynance


C’est le mode d’emploi de la bombe à hydrogène politique, il n’est nul besoin d’aller en chercher les composants chimiques dans un obscur recoin de l’internet, tous sont là, exposés sous nos yeux, il suffit de les observer et d’attendre leur précipité. Petite recette de chimie détonante : 1) la tragique désorientation des décideurs ;
2) la (remarquable) persévérance dans l’obscénité des hommes de la finance, même aux tréfonds de la déconfiture ;
3) l’état de rage qui gagne une part croissante de la population ;
4) la cécité, par atermoiement ou simple incapacité, de la quasi-totalité des médiateurs, gouvernants, partisans et syndicaux, incapables de saisir l’enjeu véritable de la situation, qui ne réclame pas le retrait d’une réforme, ou même d’une politique, mais une nouvelle donne d’une ampleur semblable à celle qui eut lieu au sortir de la deuxième guerre.

1. « Décideurs » dans le brouillard


À ce qu’on dit, les dirigeants dirigent parce qu’ils sont d’une clairvoyance supérieure à la moyenne. Il y a, comme ça, des mythes en attente d’urgentes révisions. Car à tous les étages du pouvoir, politique comme financier, ce ne sont plus que désarroi et désorientation.(...)

Du côté de la finance, le salut a d’abord semblé passer par l’adossement des banques d’affaire en voie d’effondrement aux banques commerciales (...). On en comprend sans peine la raison : (...) rien ne vaut de se retrouver assises sur le tas d’or des dépôts !(...)Et telle est bien l’explication donnée par les intéressés eux-mêmes : les dépôts sont d’admirables matelas de liquidités qui permettent d’encaisser plus facilement quelques menus gadins spéculatifs. Les déposants seront donc ravis d’apprendre que leurs avoirs monétaires ont maintenant vocation à amortir les pertes de marché et à sauver les opérateurs de la crise de liquidité.
La crise de 1929 avait, mine de rien, fini par produire quelques effets d’apprentissage, et notamment celui ayant conduit à la stricte séparation bancaire des activités de marché et des activités de prêt commercial (Glass Steagall Act)(...). Or, non seulement le Glass Steagall Act a été jugé ringardissime par la hourrah-déréglementation, et joyeusement abrogé par l’équipe Clinton, mais, loin que la crise financière ait conduit à y revenir aussi vite que possible, tout le mouvement présent de restructuration bancaire approfondit un peu plus une tendance dont les nuisances sont avérées de longue date ;(...)

Mieux valant tard que jamais, l’esprit finit tout de même par venir aux banquiers. Il faut dire que la consolidation bancaire d’urgence n’a pas tardé à révéler qu’elle avait été opérée en dépit du bon sens. Ceux qui s’étaient déjà construits comme « supermarchés de la finance », intégrant toutes les activités, des marchés au crédit commercial en passant par les fusions-acquisitions, ont compris qu’il était temps d’abandonner leur modèle et ont commencé à se couper bras et jambes pour en revenir à des configurations moins tentaculaires et plus maîtrisables. De ce point de vue, les « réductions » les plus spectaculaires sont sans doute celles d’UBS et de Citigroup, il est vrai respectivement second et premier au palmarès des pertes sur les subprimes. Quant à Bank of America, elle vient de découvrir, mais un peu tard, qu’avec Merrill Lynch, elle avait surtout acheté… des pertes — 15 milliards de dollars au quatrième trimestre 2008, après, évidemment, que les dirigeants de Merrill eurent juré à leurs futurs acquéreurs que les comptes avaient été passés à la paille de fer. Le Wall Street Journal lui décerne le titre bien mérité de la fusion la plus rapidement tournée en désastre ; mais que faire maintenant qu’il ne semble plus y avoir à choisir qu’entre « mourir tout seul » et « mourir fusionné » ? Plus que jamais se tourner vers l’Etat bien sûr…

De ce côté-là pourtant, on ne peut pas dire que la clarté des idées soit beaucoup plus grande. Le TARP (Trouble Asset Relief Program), qui est devenu le nom générique du sauvetage public de la finance aux Etats-Unis, n’aura pas connu moins de trois définitions successives en trois mois. Conçu à l’origine (fin septembre 2008) comme un vaste programme de rachat des actifs bancaires avariés, il ne lui aura fallu que quelques semaines pour connaître une première révision d’ampleur, la stratégie du cantonnement ayant été jugée très inférieure à celle de la recapitalisation – les premières injections de capitaux publics commencent à la mi-octobre, soit dit en passant au mépris complet des usages prévus pour les 700 milliards de dollars (!) explicitement votés par le Congrès… Hélas, la recapitalisation ne fonctionne pas davantage que le reste, et le crédit demeure bloqué en dépit des wagons d’argent public déversés dans les banques. C’est donc un nouveau virage sur l’aile qui s’amorce depuis début janvier où l’administration américaine, avant même la transition, envisage à nouveau l’option d’une gigantesque structure de cantonnement, celle-là même qu’elle avait élaborée il y a trois mois puis abandonnée pour cause d’« évidente » inefficacité. Attendons avec confiance le prochain demi-tour au frein à main…

1bis. Finance : icebergs à babord, non à tribord, euh partout !


C’est très dommage que les gouvernements ne sachent pas trop où aller car, du côté de la finance, le moins qu’on puisse dire est qu’il ne faut pas attendre d’amélioration spontanée. La récession occupe le débat public à un point tel qu’elle avait presque fini par faire penser que la crise financière à proprement parler est derrière nous – il ne restait « plus qu’à » en digérer les dégâts. Or, loin qu’elle ait atteint les derniers degrés de la destruction, comme on pourrait croire, et qu’il n’y ait plus qu’à observer les ruines fumantes, la débâcle financière a encore en réserve quelques sérieuses descentes. Avec la régularité d’un horaire des chemins de fer, les convois de mauvaises dettes défilent les uns après les autres… et de manière non moins prévisible viennent s’écraser sur le butoir. Celui des crédits immobiliers dits Alt-A [1] promet depuis un moment un très bel amas de ferraille – et voici que les premiers wagons entrent en gare. D’une moyenne historique de quelques pour cents, le taux de défaut sur les Alt-A mortgages a bondi autour de 10 %.

Pour dire les choses simplement, c’est très exactement l’histoire des subprimes qui recommence, avec la séquence : défaut des emprunteurs initiaux – transmission du choc aux produits structurés dérivés - annihilation garantie de leurs tranches les plus subordonnées (equity et mezzanine) - probables pertes très importantes sur les tranches seniors, pourtant réputées les plus sûres et d’ailleurs jusqu’ici notées triple-A. Pour un encours total de 1 300 milliards de crédits Alt-A, Goldman Sachs envisage des pertes totales de 600 milliards de dollars… éventuellement « arrondis » à 1 trillion de dollars, si l’on y inclut les option-ARM [2]. La perspective d’un deuxième service alors que la finance gît encore la tête dans la cuvette des subprimes a tout du film d’horreur. C’est pourquoi il ne faut pas s’attendre de sitôt à voir les résultats des banques relever la tête. UBS, qui n’en finit plus de s’enfoncer, vient encore d’annoncer presque 7 milliards de dollars de pertes de plus au quatrième trimestre 2008 et indique déjà l’ambiance à venir : ce sera « descente aux enfers ».

Ça le sera d’autant plus qu’à la suite de tous les excès d’endettement bien identifiés – immobilier subprime ou Alt-A, crédits auto, LBO, cartes de crédit, etc. –, vont venir s’ajouter très bientôt ceux que la crise économique elle-même se charge de produire, en l’espèce essentiellement des défauts d’entreprise. Or, la titrisation, qui a fait feu de tout bois, s’est également « occupée » de cette sorte de dette, qu’elle a disséminée aux quatre coins de l’univers financier en produits particulièrement sophistiqués qu’on appelle des CDO synthétiques, qui ont la particularité d’être encore plus sensibles aux défauts que les CDO « ordinaires » (où l’on avait « accommodé » les crédits subprime) [3]. Or des CDO synthétiques fabriqués à partir de dette corporate, il y en a pour 1,2 trillions de dollars dans les tuyaux sur lesquels les investisseurs dès la fin octobre 2008 envisageaient jusqu’à 90 % de paume [4]… On laissera le lecteur imaginer de lui-même et, si possible, dans un silence recueilli, ce qu’il en restera après quelques mois de récession sauvage — troisième service et pousse-café.(...)
Excellente chronique, Melle Bernard (j'ai bien envie d'ajouter : "comme d'hab", au risque de vous faire enfler les chevilles).
Ayant moi-même suivi avec stupeur et crainte (Est-ce que je suis la seule dans cette salle à n'y rien comprendre ? Est-ce que ça se voit ?) des cours de phonétique historique à la fac en licence de lettres, votre description et analyse de ces heures mémorables me comble de joie et me décomplexe dix ans après. Le plaisir de vous lire n'en est que plus grand. Merci beaucoup, et j'oserais même ajouter que je vous embrasse, tellement vous m'avez soulagée d'un poids !
Nonobstant la question de la phonétique historique, j'adhère totalement à ce que vous écrivez dans cette brillante chronique. Comme d'hab.
[quote=Judith]Alors oui, il y a faute, et j’en veux aux journalistes de ne pas m’avoir informée suffisamment, ces vingt dernières années, sur ce qui se passait dans ce fameux Royaume de la Phynance, qui s’enfermait jour après jour dans une opacité et une complexité favorables aux opérations les plus aberrantes, les plus immorales, les plus injustifiables ...

C'est un peu facile d'accuser les journalistes sur ce coup là. L'aberration, l'opacité, l'immoralité du système bancaire n'ont pas besoin de longs articles pour être démontrés : le taux usuraire le plus élevé, celui des prêts à la consommation accordés aux petites gens est « limité » depuis janvier 2008 à 20,60% hors frais de dossiers.

Ça se passe en France, pas aux US.
Qu'attendent nos politiques pour interdire de telles pratiques qui relèvent de l'escroquerie ?

Ma devise : « Le fric, c'est utile. Mais à trop le vénérer, on a rapidement les mains qui puent ». J'ai même fait un dessin pour illustrer cette devise : c'est ici.
Ce coup ci, Judith, vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas ...

PatriceNoDRM
Un blog qui manie également le lexique du "père de Père Ubu" : http://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-
Combien sommes-nous aujourd'hui, 3 octobre 2008, sur la planète Web, à avoir visionné cette vidéo ? Sans doute des millions... en tout cas bien assez pour faire une chaîne du refus qui fasse le tour du globe non ?

(*) Les colères de Saccomano, à côté, c'est de la petite bière ! Quant aux petits dessins de Libé, une bédé de mauvaise qualité, certainement.
la guerre est une chose bien trop sérieuse pour être confiée à des militaires, et notre argent une chose bien trop importante pour être confié à des financiers.
Comme d'habitude, le texte de de Judith Bernard est brillant et propose de la matière à penser. Brillant car terriblement bien écrit, plein de recul et de sage ironie. Mais je pense que l'auteure commet une erreur qui est trouve peut être son origine dans son honnêteté et sa sacralisation du savoir. En effet, elle suppose que si les élites et les médias avaient assumé leur responsabilité en éduquant les masses la démocratie se serait mieux portée et les masses précédemment nommées auraient eu leur mot à dire. Mais il n'y a rien à apprendre car le savoir en ces matières n'existe pas. Nous sommes au mieux face à des mythes ou au pire du charlatanisme (cf The Black Swan de Taleb dont une version française vient d'être publiée). Ces beaux messieurs et ces quelques dames agitent des signes, se gargarisent de gros mots et se drapent dans des équations mathématiques absconses pour pouvoir berner l'épargnant et capter de la richesse. En ce sens ils ont parfaitement réussi.... C'est précisément parce que cela ne reposait sur pas grand chose que cela s'est effondré. En ce sens, il est possible de se demander si la période récente ne représente pas la fin d'une utopie avec son discours, ses idoles et son savoir de pacotille. Comparé au communisme, il y a un progrès car il n'y a pas eu de victimes ni de camps.
Enjoy the ride while it lasts
The party is over
Take it easy
Let's wait for the next Bubble
That's all folks
Remarquable analyse sur la rétention du "savoir" par le jargon. Et notre complicité.
En revanche, je reconnais bien là la méfiance légendaire (un peu méprisante ?) de Judith pour l'image en général (c'était assez clair dans une émission récente sur la vilaine télé). Pan sur mon bec : j'ai passé des années, à certaine époque, à dessiner des visuels pour un centre de formation, en croyant naïvement que certains croquis valaient mieux qu'un long discours… Vanité de l'homme…
Un vrai plaisir de vous lire, chère Judith... On a bien rigolé !
En attendant la preuve flagrante de votre agrégativité (je vous félicite d'avoir retenu ce minimum de termes techniques)
je me suis relu la fable du La Fontaine apprise sous la férule (la vraie, la cinglante) de mon vieux papa instituteur :
"Le Savetier et le Financier"... Aussi, depuis ma tendre jeunesse, j'ai vécu avec des découverts bancaires et la
désinvolture de la cigale et j'emmerdre (qu'on note le DRE) la Phynance du "royaume de Pologne" (quand
je pense qu'on ne connaît plus le Père Ubu, nom de Dieu !)
Je vous recommande, en ce jour des tas-généraux de la presse, le dessin du Plantu (Monde daté 02.10)
qui explique pourquoi la presse gratuite n'atteindra jamais cette hauteur d'analyse...
Permettez-moi de vous embrasser. Et MERDRE aux radins !
[quote=David Rockefeller]Nous sommes reconnaissants au Washington Post, au New York Times, Time Magazine et d'autres grandes publications dont les directeurs ont assisté à nos réunions et respecté leurs promesses de discrétion depuis presque 40 ans. Il nous aurait été impossible de développer nos plans pour le monde si nous avions été assujettis à l'exposition publique durant toutes ces années. Mais le monde est maintenant plus sophistiqué et préparé à entrer dans un gouvernement mondial. La souveraineté supranationale d'une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux est assurément préférable à l'autodétermination nationale pratiquée dans les siècles passés.


* (en) We are grateful to the Washington Post, the New York Times, Time magazine and other great publications whose directors have attended our meetings and respected the promises of discretion for almost forty years. It would have been impossible for us to develop our plan for the world if we had been subject to the bright lights of publicity during those years. But, the world is now more sophisticated and prepared to march towards a world-government. The supranational sovereignty of an intellectual elite and world bankers is surely preferable to the National autodetermination practiced in past centuries.

*
Discours à la Commission Trilatérale, Juin 1991, Baden-Baden, Allemagne, dans Matrix of Power: How the World Has Been Controlled by Powerful Men Without Your Knowledge, paru 2000, Jordan Maxwell.
Pour une fois Judith je ne vous suis pas.

Je ne crois hélas pas que si l'on nous avait expliqué avant la Phynance, nous n'en serions pas là.

Ce qui est flagrant, c'est que des personnes nous ont dit plusieurs fois auparavant que nous allions dans le mur. Ils argumentaient que la recherche du profit à tout va allait contre l'économie (genre on ferme LU parce que les bénéfices étaient de 8% et non de 12% !!!).
Aussitôt, ils se faisaient traiter d'incapables, d'irréalistes, d'anti-marché, et j'en passe… par une horde de confrères économistes tous plus médiatiques que les autres.
Voilà où le bât blesse. Le consensus ambiant. Il ne fallait surtout pas remettre en cause le néo-libéralisme "moderne".
Et vlan, voici la claque.
Pourquoi ce "y" ?
Je lis dans mon dictionnaire que ca terme est tiré de "Père Ubu" de Jary (que je n'ai pas lu). Quel rapport avec l'incompréhension organisée des mécanismes à l'œuvre dans la crise ?
Et à l'école ?

Comme l'instruction civique, existe-t-il une instruction économique et consumériste pour tous ?
Excellente chronique, comme toujours, merci encore Judith.
Vous soulevez là des questions politiques essentielles.
D'abord, petit commentaire sur l'aspect pédagogique de la double page de Libé : je n'y ai pratiquement rien compris, alors que j'ai quand même quelques connaissances en économie (en tout cas plus que la moyenne). Les graphiques étaient en effet parfaitement inutiles. En revanche, pas d'accord avec vous, quand vous dites qu'une illustration graphique n'a d'utilité qu'en appui d'un discours oral : une bonne carte, par exemple, permet de présenter des faits beaucoup plus simplement et de manière plus détaillée et plus directe qu'un long texte alambiqué.
Mais ce n'est qu'un petit détail, qui n'enlève rien à la pertinence de votre propos.
Justement j'y viens : lors d'un de mes cours d'économie (science po), mon prof nous avait expliqué que l'économie financière était l'une des branches les plus simples de l'Economie (en tant que "science" - avec des gros guillemets). Beaucoup plus difficile, par exemple, de se colletiner les tenants et aboutissants de la "Politique économique" (chômage et emploi, politique industrielle, etc.) que de comprendre comment fonctionne un marché financier.
Le fait de se cacher derrière une prétendue "complexité" est donc bien volontaire, c'est en soi une stratégie politique et idéologique (au sens "bataille culturelle").
Démocratie, résistance, citoyenneté, pédagogie...
Sur les 10 dernières chroniques de Judith Bernard, 5 sont consacrées à quelque chose qui se passe dans Libé, j'aime beaucoup ce journal mais ça fait un peu "la chronique d'analyse de Libé" à force je trouve.
Salut,

juste un petit lien en direction du site inofficiel (excellent) de "Là-bas si j'y suis" (Daniel Mermet et Co sur France-Inter).

Émission du Mardi 30.09.2008 avec Frédéric Lordon:
Bienvenue à bord du Titanic financier !
Le jargon de la finance (tout comme le jargon juridque d'ailleurs...) me fait penser à une novlangue inversée. Dans 1984, on simplifie la langue pour ne plus permette à la pensée d'être nuancée et à terme qu'il n'y ait plus de pensée, et dans notre jargon de la finance on a complexifié l'objet pour qu'il échappe aux citoyens. Les paranos comme moi diront que cela a été fait à dessein...
On peut trouver la phonétique historique intéressante, voire séduisante, si on a bon prof (dans mon cas, exclusivement des profs femmes). Surtout une fois qu'on a enfin compris l'évolution des voyelles prétoniques internes et retenu toute la chronologie, relative ou non, notions à peine égayées par un tableau en noir et blanc, dans les manuels. Par contre, à moins d'être un libéral décomplexé, je me demande comment on peut trouver la finance sexy, une fois qu'on en a percé les mystères - qu'on nous étale volontiers maintenant qu'elle a sévi. Quelque chose me dit que certains journalistes ont dû avoir peur de basculer de l'information brute au commentaire.
Vous avez trouvé là la grosse impasse du raisonnement de Judith (Oups, je vais m'en prendre une, moi!): La phynance n'est PAS sexy. Et si un spécialiste, ou même un vulgarisateur était venu sans relâche tenter de nous sensibiliser (ce qu'ils ont fait, cela fait plus d'un an que l'on entend que des prêts bancaires sans garantie, sans hypothèque, sans contrôle sont accordés en étasunia et financés par des banques Chinoises -si! si!- qui par là placent l'argent gagné en vendant leur excédent commercial à... l'étasunien) sur le grand vide que la finance américaine creusait sous les pieds de l'univers capitalisant, tout le monde, et même Judith, aurait zappé et regardé la chaîne qui diffuse le dernier râle de Houellebecq et le dernier bobard de BHL.

Bref, et surtout les profs de Français, tout le monde part du principe que la phynance c'est barbant, et que donc il ne faut surtout pas écouter ce qu'elle peu vouloir nous dire (la finance). Pourquoi surtout les profs de Français? Parce que dans notre système éducatif Français, le Français est en opposition mortelle avec les maths, et la finance est associée aux maths (comme la géographie est associée au Français dans la lutte sanglante que les matheux et les littéraires se livrent dans l'arène scolaire).

Donc, il faut bien des petits schémas simplistes pour attirer les profs de Français sur un article financier (ou un krach boursier, ça ça attire du monde) d'un journal national. Comme il faut des images pour attirer un prof de math dans un livre écris tout petit avec pleins de mots compliqués et pleins de liens logiques comme les cite si bien Judith.

Mais tout de même, on se régale à lire votre prose.
Sans doute en effet l'économie n'est pas sexy ; il doit d'ailleurs certainement s'en trouver beaucoup, parmi ceux qui se plaignent aujourd'hui de n'avoir pas été informés, qui n'ont jamais jeté un oeil sur la rubrique économie d'un quotidien ou d'un mensuel. Quoi qu'il en soit, il me semble qu'il n'est nullement besoin de devenir spécialiste en économie, de connaître le sens de ces "foutus acronymes", pour comprendre ce qu'il se passe :

1. Des crédits foireux sont fourgués à la pelle à des ménages dont une bonne partie sera forcément incapable de les rembourser. 2. Les reconnaissances de dettes se vendent ensuite à la bourse comme tout et n'importe quoi. 3. Quand de très nombreux ménages se retrouvent incapables de rembourser, ils revendent en masse leur logement et font chuter le cours de l'immobilier (simple effet d'une offre plus forte que la demande) 4. Les reconnaissances de dette entre les mains des boursicoteurs deviennent de la monnaie de singe et c'est à leur tour d'être endettés.

Alors le diagnostic est simple : en 1. il y a un manque flagrant de réglementation pour éviter que des milliers de ménage se retrouvent en surendettement ; en 2. il y a un manque flagrant de régulation pour contrôler si la finance est capable de fonctionner avec autant de crédits véreux. Le point commun de ces deux problèmes est connu de tous : c'est le libéralisme, selon lequel le marché est censé se réguler tout seul et cette énormité-là, à défaut de la refuser, tout le monde en est clairement informé. Certes tout un tas d'économistes autorisés déballent régulièrement leur baratin dans les médias, mais pour ne pas être au courant que le libéralisme produit pas mal de dégats, il faut vraiment le faire exprès.

Alors, oui, les médias pourraient nous informer davantage ; ils nous désinforment même régulièrement et laissent tout le champ médiatique à un petit cercle de prétendus économistes qui ont été incapables de prévoir ce qui pouvait se passer, ou qui nous ont même orienté vers le gouffre. Alors oui, vous avez raison Judith, il faut dénoncer la complicité des médias, notamment pour ce qui concerne l'insuffisance, voire l'absence de pluralisme. Mais il ne faut pas être naïf non plus : les éléments pour comprendre, nous les connaissons. Votre monstre du Loch Ness, ce n'est rien qu'un petit lézard domestique et je ne crois pas à votre idée de lumière purificatrice : le système libéral déverse sans aucune gêne une bonne part de son charlatanisme en pleine lumière et il ne s'en porte pas plus mal. Et je crois que vous pensez comme moi que le problème est bien plus vaste et qu'il nécessite une refonte de notre modèle économique, politique et social.


PS. Je présume que vous vouliez écrire à propos de la vélaire [k], en phonétique historique, qu'elle "s’assibile en une affriquée palatalisée" et non qu'elle "s'assimile" (de la famille de sibilare, "siffler". Et je vous trouve un peu sévère de ne pas avoir indiqué à quoi servait votre rappel de cours : il explique par exemple comment, à partir du V° siècle, le [ka] de capu ("tête") passe au "ch" de "chef" en passant par "tchief".
oui a peu près mais surtout avez vous souvenance du poête qui nous disait:
"domino minette
souviens toi minette
c'était jour de fête
L'analyse des graphiques est aussi un exercice.
Ci dessous, l'analyse de nakara pour ce jour,
(qui bien souvent est d'une grande pertinence dans ses analyses)
La compréhension du jargon made in Trade est
difficilement accessible pour le néophite, et cela
ne concerne qu'un prévisionnel pour une tendance boursière.
Quant à vouloir expliquer par l'image la grosse machinerie financière,
c'est peine perdue, tant les subtilités sont complexes.
Le langage mystérieux, avec ses nuances, variantes et impondérables
restitue ce climat d'abandon pour la clarification.

Il ne reste que plus qu'à faire comme Libé,
mettre un peu de visuel qui ne signifie rien, mais où un lecteur distrait
saura reconnaître la petite maison aux colonnades
en s'exclamant, ivre de connaissances, c'est la bourse....



[quote=Nakara]
bonjour

hier une idée pour la séance du jour avait été envisagée-----
c'est retrouvable dans mon profil sur l'avant dernier message ou l'avant avant----
la seance d'hier mercredi forme un pendu difficilement validable puisque nous ne sommes pas après une hausse étendue
toutefois ---- descendre sous sa pointe basse constituerait une alerte baisdière en direction des 3941
en hourly je recommanderais d'observer le depassement du plus bas de la première bougie hourly et la confirmation baissière serait par une cloture dessous
si effectivement la pointe basse du pendu est enfoncée et cloturée en daily ------ l'alerte baissière envisagearait un grand risque d'enfoncer les 3941
et de risquer de former un plus Bas sous 3844
l'alternative est de considerer la structure en intraday comme un drapeau et envisagerait un mouvement vers les 4100(fibo est par là)
l'épuisement serait envisagé
le vix en theorie --- après sa sortie haussier e validant un drapeau haussier pprojeterait sur 55/56
là une grande baisse sur vix serait requis et par voie de consequence une forte hausse sur indice
consequences------ les 3800 semblent incontournables pour viser ensuite 4450/4500

nak
ce sont des avis ---- pas des conseis

bons trades
Chère Judith, vous avez raison et vous avez tort. Les ordres de grandeur de la finance sont proprement "inimaginables" pour l'humain de la rue . La visualisation par schémas et graphiques a d'incomparables vertus. Et je trouve que ça manque. Voir celui-ci par exemple :

http://www.usatoday.com/money/economy/2008-09-25-bailout-comparison_N.htm
Vaste question qui est soulevée là : le manque d’éducation du public, et surtout son manque d’intérêt.

Vous regrettez qu’on ne nous ait pas informés avec « la même exigence de transparence qu’on applique aux politiques dont on veut tout savoir, jusqu’à leurs enfants illégitimes et leur patrimoine immobilier. »

Hélas, on veut AVANT tout savoir leurs enfants illégitimes et leur patrimoine immobilier, avec la même superficialité douceâtre.

Cette légèreté avec laquelle fut si longtemps traitée la question économique en dit assez long sur la manière dont peuvent l’être les autres préoccupations sociétales jugées moins essentielles.

quand un économiste plus inquiet que les autres venait…sur un plateau…parlait-il un peu simplement, qu'un détracteur venait lui opposer une contradiction technique, des subtilités méconnues, qui renvoyaient chacun à son incompétence crasse, et nous interdisaient d'arbitrer.

C’est si vrai ! Mais que faire, que faire pour que ceux qui ont des chose à dire les disent, pour les faire débattre intelligemment et voir se dessiner quelque vérité ?
A trop faire shows adroits on passe larmes à gauche.

La faute n’est pas tant de "n’avoir pas entendu" que de ne n’avoir pas cherché à entendre. Et quand même c’eût été le cas, quelle incidence sur les habitudes américaines ?
Et votre double page à vous est superbe. Merci Judith, votre portrait de la Phynance en linguistique historique illustre tout à fait ce lent emberlificotage des produits phynanciers par eux-mêmes, un moment de mise en abîme de ce monde, la spéculation puissance cube, une vraie vache-qui-rit, mais qui ne rigole pas.


http://anthropia.blogg.org
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