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Macron propulsé royaliste : de l'art du titre

Emmanuel Macron transformé en "trublion néo-royaliste" par la magie (et les raccourcis) des titres. Le site Intégrales mag relève comment deux phrases tirées d'une longue interview du ministre par Le 1 ont été propulsées en Une des sites d'actu français, faisant passer une "lecture discutable mais somme toute très classique de l’histoire de la Nation" pour une nette prise de position politique.

Derniers commentaires

Macron à l'Université du MEDEF : "La gauche a pu croire, il y a longtemps, que la France pourrait aller mieux en travaillant moins. Tout cela est désormais derrière nous."
Typiquement le genre de déclaration qui renforce mon penchant naturel pour le farniente.
Cet après-midi, par exemple, j'avais l'intention de ranger mon garage, eh bien je vais remettre ça au mois d'octobre. 2016 ou 2017.
Au lieu de ça, ce sera hamac et boisson fraîche, avec J.J. Cale dans les oreilles.
Eh ouais, je glande et je t'emmerde Emmanuel.
On retrouve chez ces gens l'illusion (largement dénoncée par Lordon, l'AFEP et compagnie) que l'économie serait une science exacte,

Je ne suis pas sûr du tout que ce soit une illusion. Ils exploitent sans vergogne le caractère pseudo scientifique et rigoureux de la "théorie standard" pour imposer une gestion économique de classe.
Quand le sage montre la Lune, l'idiot regarde le doigt : on peut se poser deux questions :

* Macron souhaite-il ou non le retour à l'Ancien Régime ? (le doigt)

* Est-il rassurant d'être gouverné par des types qui sont capables de dire ce que Macron a dit ? (La Lune)



Nous vivons déjà une époque où quand le peuple français vote à gauche, une politique de droite s'applique (Macron étant précisément le symbole de cette trahison), où quand les Grecs élisent un gouvernement de gauche, l'UE essaie de faire tomber et les medias appellent au putsh.
Mes sources sont trouvables sur le blog de Berruyer, si d'aventure quelqu'un ne les trouve pas, je peux donner des détails ou en MP ou en réponse.
On peine à imaginer comment les choses pourraient être encore plus verticale : en poussant encore plus loin la logique de constitutionaliser des choix politiques pour les soustraire au débat démocratique ? En demandant à ce que les candidats à la présidence de la République trouvent la signature de 500 banquiers au lieu des 500 élus locaux ?

Quoiqu'il en soit, ce que Macron décrit est la forme nouvelle de l'aristocratie (rappel aristocratie=gouvernement par les (soi-disant) meilleurs), communément appelée "technocratie" : sous prétexte que certains seraient super compétents en gestion économique (ils ont plein de diplomes; en plus, à l'exception de ceux qui ne sont pas d'accord (qui sont des vilains gauchistes ou des fachos), tout le monde est d'accord avec eux...), cela légitimerait de leur laisser carte blanche puisque si nous, êtres inférieurs, nous en mêlions, nous ferions forcément moins bien.
Ca a l'air caricatural ? J'ai eu, il y a quelques années, des discussions avec, par exemple, des anciens de Normale Sup' qui ont fait leurs études en économie (orthodoxe) et ils tenaient ouvertement ce discours. Cinq années plus tard, quand je googlise leurs noms, je les retrouve au cabinet de Macron... Comme quoi le monde est petit.

On retrouve chez ces gens l'illusion (largement dénoncée par Lordon, l'AFEP et compagnie) que l'économie serait une science exacte, gouvernée par des principes intagibles et qui transcendent les clivages économiques. Notamment, ces gens utilisent les mathématiques, en partie pour usurper le prestige des véritables sciences exactes, et en partie, on le voit superbement ici, pour exclure du débat les non initiés.

Evidemment, tout cela cache une évidence : les gens ne sont pas tous d'accord sur le rôle de l'économie et donc sur ce qu'est un bon choix économique : je suis un partageux alors que Macron admire les milliardaires, je suis favorable à une société très égalitaire (par exemple, avec revenu universel et taxations confiscatoires des très hauts revenus et des très hauts patrimoines), je suis donc révolté par la situation économique actuelle alors que Macron la trouve potable (ou pas mais certainement pas parce qu'il partage mes critiques), Macron serait probablement révolté par ce qui me satisferait.



Pour revenir au propos initial : l'absurdité de cette focalisation sur le détail "«royaliste» est-il un mot justifié ?" alors que le débat est ailleurs.

Je vous propose le jeu suivant : dressez rapidement une liste de raisons pour lesquelles l'Ancien Régime n'est pas un régime politique souhaitable. Vous devriez constater que la majorité de vos raisons s'appliquent directement au régime technocratique souhaité par Macron.

Voici quelques exemples de mes raisons :

* Le roi ou le Technocrate, s'il est tout puissant, risque probablement de gouverner en fonction de son intérêt à lui (qu'il s'agisse de son intérêt personnel ou de ses intérêts de classe). On peine à imaginer ce qui l'en empêcherait (celui qui répond "Par probité" ou une quelconque variante est invité à retourner vivre chez les Bisounours).

* La liberté, c'est aussi le fait de décider collectivement de notre destin collectif donc s'il est une verticalité à instaurer ou restaurer, c'est de mettre le peuple au dessus des gouvernants.

* Le roi ou le Technocrate aussi brillant qu'il puisse se croire est un être humain, il est donc susceptible de se tromper : il est donc très important qu'il existe des mécanismes de changement de politique, de révision, de correction... Il faut notamment penser que c'est rarement le roi ou le Technocrate qui subit lui-même les conséquences de ses turpitudes, il est donc illusoire d'espérer que ce soit ces conséquences qui poussent le roi ou le Technocrate à se raviser.
Il ne faut pas être sorti de la cuise de Jupiter pour voir que la société française est foncièrement féodale...
Merci justine,

J'ai l'impression d'une campagne de com pour déshabiller le personnage de ses derniers oripeaux de socialisme, afin de mieux le présenter aux futurs électeurs dans une France devenue réactionnaire.
L'adjectif le plus choquant là dedans, c'est le "philosophe" dont il est affublé. Philosophie de comptoir à la hauteur d'un BHL, pas plus (du moins de ce qui ressort de l'article).
Il n'est peut etre pas royaliste, mais il est loin d'etre democrate, sa preference pour la "verticalité", s'oppose a "l'horizontalité" decoulant des idees democratiques.


Quand on veut plus de verticalité dans un systeme politique, cela veut dire qu'on desire que la prise de decision de choix exclue davantage la participation de la plupart a son elaboration.Notre systeme est deja pas tres horizontal, deja tres "contractuel", l'EU est deja un contre-exemple niveau "horizontalité", mais que patiente Macron, TAFTA and co vont bientot venir, et il aura sa dose de "verticalité" et de "contractuel".

Mme Brabant, le macron n'est peut etre pas royaliste, mais son desir de plus de verticalité est une preference pour des regimes plus autoritaires, que l'est deja le notre, ce qui me derange c'est que vous avez l'air plus choqué dans votre article par le fait qu'on puisse le confondre avec un royaliste, que la sortie clairement anti-democratique d'un ministre en place.
Quelque part le titrage de ces articles n'est pas si eloigné que ca de la nature de ses propos.
Quand j'ai vu le titre, j'ai cru que le petit Manu avait viré Ségolènophile...
Ma voilà rassuré.

Bravo et merci pour ce "gentil" décorticage.
Pauvre Ricœur. Il n'a pas mérité ça. Le pire, c'est que s'il vivait encore, bon comme il était, il ne recadrerait même pas ce petit Macron comme il le mérite.
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