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la burqa et la fleur d'amandier

Derniers commentaires

On peut être élue reine de le beauté (morale) sans montrer son visage ...
Chacune de vos chroniques nous donne l'impression d'être plus intelligent après sa lecture!!!

Une petite question: doit-on écrire burqa ou burka?
Il ne faudrait pas qu'un rabbin extremiste décide de donner son accord pour la burqa , ce serait burqarabinné...
Il y a deux aspects qu'il ne faut pas oublier : ce que nous reprochons aux musulmans, interdire la représentation du prophète (voire l'homme) et voiler la femme, existe aussi dans le monde judéo-chrétien :

• La querelle iconoclaste au huitième siècle à Byzance et dans une moindre mesure dans le calvinisme.
• La recommandation de voiler la femme chez Saint Paul dans l'épître aux Corinthiens (chap. 11), souvenons-nous qu'il y a cinquante ans les femmes couvraient leurs cheveux pour prier à l'église catholique et le fait que certaine femmes juives orthodoxes dissimulent leurs cheveux sous une perruque (interprétation du dogme particulièrement absurde).

Il me semble que cette querelle autour de la condition féminine se résume en un combat entre ceux qui font de la femme un objet sexuel et ceux qui en font un repoussoir sexuel.
Je voulais vous dire que vous avez oublié une certain nombre de couvre-chefs dits "islamiques", notamment au Maroc
traditionnellement, les femmes portent un mouchoir (ziff), blanc dans les plaines centrales, colorés en montagne, dessus, si elles sortent du village ou du quartier, elle mettent une grand foulard bien ajusté, appelé chidd (aujourd'hui "châle") et enfin au dessus ce qu'on appelle le Hayk dans les plaines centrales et la côte méditerranéenne, c'est à dire un grand voile blanc qu'on enveloppe autour de son buste.
Dans le reste du pays, les femmes portent un grand et unique voile, appelé Lhaf, Melhafa, Amelhaf... qui fait le tour du corps et se rabat sur les cheveux, et permet éventuellement de cacher son visage (au vent de sable ou aux hommes si on est à proximité de son père ou de son mari, il peut venir au dessus de la tunique traditionnelle (un voile lui même rectangulaire) comme l'Amelhaf blanc de Tafraout, ou ne faire qu'un avec lui comme le lhaf de zagora et du Tafilalt (désert oriental), les diverses sortes de melhafat du désert occidental.
Sinon, dans les hautes montagnes berbères, les femmes portaient autrefois des coiffes travaillées, qui associaient en général un ziff coloré, une toque d'argent décorée de pièces d'argents, tout ceci relié à des pendants d'oreille et aux fibules qui tiennent la tunique rectangulaire précédemment décrite.
A cela s'ajoutaient les nombreux tatouages de menton et de front, et bien sûr, un hayk décoratif de laine à motifs symbolisant la tribu.
Tout ceci n'a bien sûr rien à voir avec l'Islam.
Toutes les femmes de toutes les civilisations ont toujours porté des coiffes, couvre chefs, mouchoirs ou foulards sans rapport automatique avec le dogme, bien qu'il y ait rapport avec la morale, et donc à un certain degré avec la religion.

Je peux vous faire suivre un fichier ppt ou j'ai recensé des couvres chefs de tous les pays avec des photographies.

signé le fils de Klaudia
Merci môssieur Korkos pour cette belle chronique,
c'est bien agréable toute cette poésie.

Tout ce forum avec le débat imposé à propos de la burqa, c'est un peu ridicule.

Quelques questions simples :

Le port de la burqa est-elle la problématique la plus urgente dans notre civilisation ?

Est-ce le dernier réduit où se cache l'asservissement de l'être humain par l'être humain ?

Pourquoi cette question et pas une autre ?

En l'an mille, auriez-vous préféré vivre à Bagdad ou à Paris ? à Samarkande ou à Londres ?

Après tout est-ce bien une question religieuse ?

Peut-on interdire un vêtement sans se questionner sur son usage ?

Ou encore : la dissimulation choisie de son corps par la femme n'est-elle pas une des bases de l'érotisme ?

Dans la lingerie la plus sexy n'y a-t-il pas un paradoxe qui est de montrer en prétendant cacher, de dévoiler en prétendant voiler ?

N'y a-t-il pas dans la civilisation islamique une tradition érotique très riche ?
(cf. les contes des milles et une nuit, les danses orientales, les fantasmes des romantiques dont les écrits débordent d'orient)

Bref, la vraie question n'est-elle pas de rendre possible de façon effective et pour les femmes qui le souhaitent le dévoilement ?
C'est à dire de leur autoriser le jeu de la séduction.

C'est autre chose que de leur interdire de s'habiller.

Mais, au fait, pourquoi cette question occupe-t-elle l'actualité ?

Ah oui, c'est vrai, j'oubliais !

On vit dans le meilleur des mondes et il ne reste que les irréductibles "Burqa".
Une fois ce problème réglé, on pourra enfin consommer tranquille, avec bonne conscience, apaisée et repus de "bénévolence".

Cette image flatteuse de nous-mêmes en pourfendeurs de l'oppression nous permet à peu de frais d'habiller et de farder notre mauvaise conscience.

Laquelle, vêtue de sa Burqa morale, peut sortir dans la rue et passer inaperçue.

Ouf !

Et maintenant allons consommer des putes, importées par cargo, puisque tout est marchandable dans la société marchande.
Y compris le corps des gens.

Mais pourquoi ce rictus de gêne mesdames et messieurs ?

On est des humanistes, nous !

On achète des 4X4 mais on vote pour Cohn-Bendit

On s'indigne de l'excision mais on lutte pour la légalisation des mères-porteuses.

Ça n'est sans doute qu'une question de perspective, une question de cohérence.

Bref, il y aurait mille choses à dire et les nuits de Shéhérazade n'y suffiraient pas.
Comme d'habitude, du grand art cette chronique d'Alain Korkos (sans faire de jeu de mots).
Très belle leçon d'histoire de l'art. Mais je voudrais insister sur un point, peut-être n'est-ce pas le lieu propice pour le faire, concernant la burqa en particulier. En effet, la burqa, comme vous le dites, Alain, n'est réapparu que dans la moitié des années 90 sous le régime taliban (donc moins de 20 ans). Je vais pas rentrer dans le débat ou tenter d'expliquer quoi que ce soit, même si je pense être un peu mieux placé pour y répondre que certains, car ma compagne est Musulmane.

Néanmoins je voudrais réagir à l'intervention de ces députés, avec en tête M. André Gérin. Ceux-ci s'insurgent sur le sujet de la burqa, qui comme je le rappelle est un symbole religieux, au même titre que la croix autour du cou chez les Chrétiens. Après il apparaît, selon certains, que c'est un signe de soumission à l'homme, dans le sens mâle dominant, certes.

Je n'ai pas besoin de vous rappeler une chose : la France est un Etat Laïc depuis le 9 décembre 1905, suite à une loi votée sur la séparation des Eglises et de l'Etat, sous l'impulsion du député Aristide Briand. Le mot 'Laïc' a pour signification 'qui n'est pas sous la responsabilité ou la domination de clercs religieux' ('laic' venant du grec 'laikos' signifiant 'du peuple', d'où l'expression de l'Académie 'les clercs et les lais'). Donc, tout ce qui touche à la Religion et aux Cultes au niveau national n'est plus que du ressort de l'Eglise ou de la Mosquée, mais (à l'heure actuelle) du Ministère de l'Intérieur (cf. site officiel du Ministère). Donc on pourrait penser que l'Etat a son mot à dire sur cette affaire. Mais cela se fera, bien sûr, en accord avec M. Mohammed Moussaoui, Président du Conseil Français du Culte Musulman, qui au jour d'aujourd'hui affiche sa "profonde préoccupation quant à la façon dont est évoqué ce sujet qui risque encore une fois de stigmatiser gravement l'islam et les musulmans de France".

Tels sont les faits. Encore une fois, j'ai juste une chose à dire sur le sujet, pour donner mon avis personnel. Ma compagne est musulmane et ne porte pas le voile. Je pense que chacun doit être libre d'avoir son avis sur la question, mais je trouve cela déplacé de forcer les Musulmanes à ne plus porter de signes distinctifs montrant leur appartenance à l'Islam (je parle du voile en général) alors que personne n'est choqué quand on croise un homme ou une femme affichant son Catholicisme avec une croix bien mise en évidence. C'est là où je veux en venir. Même si cela fait plus de 100 ans que la Religion ne contrôle plus la façon dont doit avancer la Patrie, la présence de la religion Chrétienne est encore bien là dans le paysage par sa présence historique dans les moeurs européenes. On a alors tendance à trouver les autres pratiques religieuses (musulmanes, hindous) comme étant trop exotiques. Le 'sindoor' (cette poudre de vermillon que les femmes se mettent sur le haut du front) par exemple chez les femmes pratiquant l'hindouisme n'est pas un signe de soumission à proprement parler, mais a pour signification que cette femme est mariée, comme l'alliance dans le monde occidental.

J'espère que je ne vous ai pas trop embrouillé. Si c'est le cas, je vais faire plus simple : avant de s'emparer d'un sujet, il faut être sûr de le connaître sur le bout des doigts et je rejoins M. Mohammed Moussaoui, après s'être attaqué au port du voile à l'école, voila un nouveau plat à rajouter sur le menu, n'y a t-il pas assez à s'occuper avec les autres religions que l'on trouve en France ?
quelle merveilleuse chronique, je suis totalement sous le charme...
c'est décidément vraiment bien un "alain korkos" qui sort de son aile richelieu -:) faut dire que j'ai un goût tout particulier pour ces régions de l'ancienne Mésopotamie et du proche-orient ancien.....
alors peut-être un jour une chronique sur des peinturlures afghanes (quoiqu'il me semble que ce soit la sculpture qui ait eu les préférences de ces artistes) ou irakiennes...
je ne suis pas spécialiste en enluminures (parfois en illuminations sidérantes à la lecture de certaines chroniques c'est tout -:)) mais il me semble, si l'on compare les enluminures ou autres fresques de l'orient et de l'occident aux mêmes périodes de l'histoire, qu'elles ont toujours été en décalage les unes par rapport aux autres !!

en ce qui concerne les enluminures, il semblerait que par chez nous elles tentaient de décrire le divin : http://www.enluminures.culture.fr/documentation/enlumine/fr/visites_00.htm quand l'orient s'intéressait tout particulièrement au "charnel".....
idem pour les temples, en inde où ils ne sont qu'un kamasutra géant (si certains ont des lacunes faut pas hésiter à faire le voyage, y'en a pour tous les goûts -:)) quand nos cathédrales se limitaient à représenter dieu et ses saints (bonjour l'extase !!!)

aujourd'hui, comme une sorte de phénomènes de vase communicant, l'orient ne s'occupe, ou ne se préoccupe plus que du divin quitte à tomber dans l'excès quand nous nous préoccupons exclusivement du charnel, parfois avec le même excès !!!!

alors qui sait (dans le genre "I have a dream"), peut-être qu'un jour les enluminures et autres manifestations artistiques coïncideront à la perfection entre l'orient et l'occident.... c'est peut-être tout le mal que l'on peut se souhaiter aujourd'hui et fini à jamais les voiles, burqa ou autres prisons de tissus qui contraignent exclusivement les femmes, et font croire que la beauté ne doit jamais être source de plaisir humain mais exclusivement divin (pfff ces dieux.... de tous temps à ne s'intéresser qu'à eux et à leurs propres plaisirs.... et nous alors simples mortels, on n'aurait pas droit au bonheur sur terre ??? pfff j'vous jure !!!! )

qui peut croire aujourd'hui que Dieu aurait créé les femmes avec de magnifiques chevelures et des yeux si pétillants pour qu'un de ses prophètes, quelques siècles plus tard, vienne tout gâcher en faisant croire que tout cela doit lui être exclusivement réservé.....
et que pour que cette beauté lui soit exclusivement réservé, ce même prophète aurait obligé les femmes à se masquer à leurs congénères pour éviter de réveiller tout désir en eux ???
le prophète plus fort que son dieu !!! personne n'est dupe... mais alors qui a intérêt au XXIème siècle à nous le faire croire ??
Curieuse coïncidence, voici que je vois le nom d'Orhan Pamuk deux fois dans la même journée !
Il sera au Théâtre de l'Odéon, pour la sortie de son nouveau roman, Le Musée de l'innocence, le lundi 5 octobre à 20h (lecture + rencontre).

C'est beau le hasard....

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Simple remarque de vocabulaire : une miniature n'est pas une "petite illustration", mais juste une illustration. Le terme vient du minium, un pigment obtenu à base d'oxyde de plomb.
Voilà!
Génialissime double-chronique sublimesque !
Le bonus est tout aussi délicieux....
L'origine de votre savoir est un mystère impénétrable pour moi, et j'adore un peu plus chaque semaine goûter aux saveurs des arts que vous réussissez à mettre à notre portée...
Allez, dites-nous la vérité : vous avez déjà 700 ans en fait, c'est pour ça que vous savez tant de choses ?

et ma petite contribution, avec ce site sur les ekphraseis les plus connues, et notamment la description du bouclier d'Achille par Homère...
http://www.mediterranees.net/art_antique/ekphrasis/index.html
Sur un marché persan de Ketelbey (j’avais le 78 tours, perdu depuis lors)

la zizique ici

Musique reprise par Serge Gainsbourgh

Et par Tommy McCook Persian Cat.
:-)
Je suis frustrée que vous ayiez résumé cette grande œuvre en cette phrase:"Leyli et Madjnoûn raconte l'amour impossible d'un bédouin et d'une bédouine."
Majnoun Leila est une histoire qui a inspiré nombres de poètes arabes et perses!
Je suis aussi frustrée que vous ayiez parlé de Nizami mais pas de Omar khayyam!!!

Bon bref je suis frustrée aujourd'hui :-p
Question littérature, on pourrait aussi citer Les mille et une nuits (traduction d'Antoine Galland) et les contes de la belle Shéhérazade (Shéhérazade a aussi inspiré des compositeurs comme Ravel et Rimsky-Korsakov) (note pour les amateurs de zique). Ces mille et une nuits que j'ai dévorées sur un lit de souffrance, il y a longtemps...

Même si on s'éloigne un peu du sujet de la chronique qui est le décortiquage des images, les plus belles images sont certainement celles qu'on se fait dans la tête, en lisant ou en écoutant de la musique...

Je vous laisse quand même avec avec la Shéhérazade de Magritte pour rester dans les images.
Permettez une petite remarque...je ne suis pas sûre que l'on puisse juger de la nature des mœurs d'une époque en étudiant uniquement sa poésie amoureuse. Que la poésie amoureuse affirme des mœurs très libérées ne veut absolument pas dire que la vie sociale les permettait. Il ne faut pas confondre motif littéraire et réalité des rapports sociaux dans une culture donnée. L'Europe aussi a connu une poésie amoureuse. La poésie en langue d'oc des troubadours et les romans courtois en langue d'oil offrent soit une image de parfaite égalité entre les deux amants (ou époux) soit celle d'une relation où la femme est hautement idéalisée et présentée comme la "Dame" celle en face qui il faut s'incliner. Pourtant, je doute qu'au XII siècle, la réalité des mœurs ait été proche de cette image littéraire. La seule chose que l'on puisse affirmer face une poésie de ce type, c'est qu'elle est née dans une société ayant su la tolérer.
Autrement dit, qui dit poésie aux mœurs libérées dit société suffisamment instruite, cultivée et raffinée pour non seulement tolérer mais aussi commander de tels poèmes ; cela ne dit en revanche pas l'identité entre des moeurs représentées et les mœurs réelles.
Merci pour cette richissime double-chronique.
Sur le forum des femmes afghanes j’avais mis ce lien musical et coloré.
Et pour rester dans la poésie mais un peu plus à l’ouest chez les arabes, je me permets cette récente interprétation d’un poème du palestinien Mahmoud Darwish par un duo franco-libano-égyptien.
A mes yeux, la meilleure chronique de Korkos jusqu'ici. Et notablement délicate sur le sujet qui déclenche généralement les réflexes islamophobes de la droite et de la gauche, main dans la main quand il s'agit de rationaliser (parfois différemment) [s]leur[/s] notre naturel ethnocentrisme.

Avant l'avalanche que je crois inévitable, je voudrais juste, préemptivement, essayer de désamorcer certains arguments récurrents :

- Toutes les cultures ont des notions de pudeur (et d'érotisation) corporelle différentes, arbitraires, et variant avec les époques. La poitrine des femmes, cachée et sexualisée chez nous, est banalisée dans des sociétés sud-américaines, africaines, océaniennes, jugées comme "primitives" par ceux-là mêmes qui jugent les cheveux libres comme "avancés", et qui s'arrogent le droit moral de considérer leur "juste milieu" comme un pinnacle objectif et universel (tout en ayant commencé à tolérer les genoux nus il n'y a que quelques années, et en fluctuant encore autour de la raie des fesses apparentes au-dessus des pantalons).

- Toutes les cultures ont des codes vestimentaires (et des codes de pudeur) différents selon les genres. La robe est féminine, la pilosité est masculine, le maquillage est féminin, le haut-de-forme est masculin, etc. Les cultures diffèrent par la réaction aux transgressions, et la sanction, chez nous, et essentiellement une pression sociale : ce qui est beau, cool, nul, bizarre, dégoûtant, correct, adéquat, sexy car transgressif mais pas sur le lieu de travail sivouplait. Mais la norme elle-même reste présente et soutenue par différents dispositifs, sociaux, légaux dans une certaine mesure.

- On ne se bat pas pour la liberté à coup de prohibitions. Le droit des femmes à porter un pantalon ne s'est pas imposé en interdisant la jupe. Un interdit sacrifie toujours des libertés, souvent inutilement. Il présuppose que l'objet de l'interdit est indissociable des raisons qui le font bannir. Cela est faux en particulier dans le cas de codes vestimentaires polysémiques :

- Le féminisme islamique existe. Beaucoup de gens se battent pour les droits des femmes, au sein même de l'Islam. Beaucoup de féministes sérieuses, aux luttes respectables et efficaces, se voilent les cheveux volontairement. Le voile ne se réduit pas à un objet de domination sexiste ni à un signe de bigoterie : suivant les porteuses et les contextes, il peut-être une revendication d'identité culturelle, une solidarité avec une minorité immigrée qui se sent oppressée par le racisme environnant (lâcher le voile serait, par exemple, abandonner l'identité parentale au profit de celle des "oppresseurs"), voire un outil de liberté et d'émancipation (par exemple, utilisé comme condition de sociabilisation avec les occidentaux tout en gardant la confiance des communautés familiales). Sans compter les normes de pudeur parfois profondément intégrées, qui peuvent faire de l'arrachage du voile un dénudage de force - un peu analogue à un dénudage de force dans un camp de nudistes qu'on aurait à traverser pour une raison ou une autre.

- La question que les législateurs se donnent de trancher, "port obligatoire ou volontaire", est insoluble parce que l'obligatoire et le volontaire ne s'opposent pas. On se retrouve souvent contraint à quelque chose pour ne pas fâcher ou ne pas peiner : il s'agit d'un choix, légitime ou non selon les situations individuelles. Tout interdit (légal ou social) impose un tel choix, avec ses conséquences à assumer. Ces conséquences déterminent les degrés de libertés, mais il s'agit de degrés (la magnitude du prix -parfois purement relationnel- à payer). Les choix sont difficiles, et si des lois prohibitives, fondées sur cette conception naïve de "port obligatoire", peuvent soulager certaines de la responsabilité de ce choix, elles peuvent par contre drastiquement compliquer les décisions des autres, prises entre le marteau et l'enclume de contraintes opposées, voire doublant la nécessité de révolte (envers deux oppressions au lieu d'une).

- La burqa ne cache pas la beauté des femmes. Cela ne l'excuse pas, mais cet argument (qu'il soit utilisé contre ou pour la burqa) est simplement invalide.

La plupart de ces points concernent surtout la question du voile, qui à mon avis n'en est pas une. La burqa soulève sans doute ses propres problèmes (liés au masquage d'identité, par exemple : a-t-on le droit de manifester en burqa ?). Et toute contrainte vestimentaire "intense" doit être combattue. Mais en gardant à l'esprit qu'une contrainte intense peut être intériorisée (dans quel cas elle devient un droit), que remplacer une contraine vestimentaire intense par une autre ne fait que déplacer le problème, et que les normes de notre culture ne sont ni absentes, ni "neutres", ni "objectives".

Tenir compte de tout cela ne résout aucun débat, mais le nettoie d'argumentaires lourds, inutiles, polluants, subtilement pervers et dangereux. Ce forum n'échappera sans doute pas au recours à ces argumentaires, mais si ce rappel peut les minimiser un peu, sa lecture me pèsera d'autant moins sur l'estomac.
Après m'être tout juste remis de cette somptueuse chronique, ma participation à la bibliographie sera ceci :

Sublimes paroles et idioties de Nasr Eddin Hodja
Très instructive et alléchante : j'ai vraiment envie de lire ces poëmes à présent. Ma satisfaction surtoutvient du fait que j'ai enfin trouvé une réponse à une question que je me pose depuis des années : pourquoi les peintures des flamands sont moyenageuses (dans mon esprit simpliste moyenageux = sans perspective). J'avais fini par me dire qu'ils étaient flemmards et idiots (la thèse de la flemme étant quelque peu affaiblie par la précision démentielle avec laquelle ils peignaient les tissus, les arbres, feuille par feuille). Loin d'être des idiots, c'étaient des humbles rebelles.

Je pensais au fil de la lecture que vous vouliez mettre en avant le caractère uniforme (l'arrière plan monochrome de la photo de l'AFP) de la culture musulmane d'aujourd'hui qui ne voit pas plus loin que le bout de son verset comparée à la liberté de celle d'il y a quelques siècles. Une sorte d'écologie intelectuelle en faveur de la diversité et contre le productivisme et la standardisation. J'ai eu aussi l'impression que vous vouliez souligner par votre choix des extraits, que le voile fait partie d'un jeu érotique dont les femmes ont la maîtrise, une façon pour elles de signaler que leur coeur est pris et que pour leur corps ce n'est qu'une question de temps, c'est selon leur désir. J'espère que j'ai tort, que j'ai brodé, mais si vous vouliez écrire une chronique sur ce que vous pensez du voile, pourquoi rester si allusif ? Ca pue l'autocensure post-affaire-des-caricatures.
De quoi s'agit-il ici ? D'une d'une illustration, d'une miniature ou d'une enluminure ? Cliquez sur la réponse de votre choix.

Et des illuminures, c'est encore autre chose (parmi d'autres)...
"les images se revendiquaient-elles irréalistes"

"Ce sera un cheval codifié, ou plus exactement l'idée d'un cheval."

a moi qui ne connait rien a la peinturlure, n y a t il pas la un parallele evident avec picasso ou autres abstracteurs plus ou moins cubiqueux ?
Bonnes chroniques d'Alain...


Pourquoi les femmes acceptent-elles de porter des housses qui les cachent ?
Pourquoi je songe aux Dupondt que Tintin ne reconnaît pas quand ils sont voilés ?
Pourquoi je pense à un concept essentiel à l'individu : liberté ?

Côté bibli
Le Jardin parfumé est nettement plus érotique, de mémoire, que les 5 poèmes de Nézâmi.
Pour la énième fois, merci M.Korkos pour cette chronique, intéressante, très documentée. Puisqu’il est question de voiles, je propose un petit coup d’œil sur une image nous dévoilant un pan de l’imaginaire occidental sur l’Orient, imaginaire qui n’est pas sans rappeler celui qu’avait déjà développé la peinture pompier à la fin du XIX° siècle, et que reprend le groupe AES aujourd’hui.
http://www.aes-group.org/ip.asp?number=12
Encore une chronique en forme de chef d'œuvre !
Bon, un passage m'interpelle : "Ce n'est qu'au XXème siècle qu'elle fut généralisée par les talibans, qui prirent le pouvoir en 1996. "

Pourtant Joseph Kessel qui a bien connu l'Afghanistan d'avant les taliban a raconté cette histoire, visible sur le site de l'INA : A la fin des années 20, le Roi d'afghanistan Amanullah ayant entamé une "européanisation" de son pays avait voulu légiférer pour dévoiler les femmes. Le pays s'est soulevé en suivant un taliban avant l'heure, Bacha e Saqao - le fils du porteur d'eau - un tadjik fanatique. Lorsque Nadir Shah a repris le pouvoir, il s'est bien gardé d'interdire le voile.

Il me semble que dès les années 20 l'habitude de la burqa était bien répandue. En visionnant ce reportage de Kessel, j'ai changé d'avis sur le port du voile. Un autre exemple, celui de cette femme qui préfère la prison plutôt que d'être filmée dévoilée (toujours Kessel visible sur l'INA), dans les années 50, m'a fait aussi évoluer sur l'idée que les femmes étaient toujours contraintes à être voilées.

Je crois que les Taliban n'ont rien inventé, et que ce que nous n'aimons pas, en fait, c'est la culture afghane.

J'avais écris ce billet sur nos valeurs confrontées à celles des autres : http://rimbusblog.blogspot.com/2009/02/nos-valeurs-sont-elles-universelles.html
Nigab et Burga,
atroce, horrible, monstrueux,
on respire?
ça doit puer en fin de journée !
j'aime bien le poisson, mais frais
berk
je hais les religions ( sectes )
gamma
une miniature est une petite illustration, alors qu'une enluminure est une lettre ornée. Cet ornement peut être minuscule ou très grand, peu importe ; s'il est généré par la lettre, cela reste une enluminure. On en conclura qu'à l'inverse, une illustration qui ne surgit pas d'une lettre ne peut être considérée comme une enluminure. Miniatures, illustrations et enluminures agrémentent ce qu'on appelle des manuscrits à peintures.



c'est bien beau, mais faut que je rerererelise votre chronique!
j'mens sort pas avec ces miniatures......
sadique ! ma sieste est compromise gravement !
vengeance ;-)
gamma
Merci pour cette chronique

Mon nom est rouge est sur ma volumineuse pile des livres-que-je-prévois-de-lire-dans-un-avenir-plus-ou-moins-proche, le problème étant qu'il n'est pas le seul sur cette pile et que la concurrence est rude... À l'inverse, j'ai déjà lu La Vie, mode d'emploi, génialissime —mais avec votre évocation de Franz Hutting, vous ne feriez pas votre Michon?... La supercherie est ainsi encadrée par du vrai et du presque vrai. Non vraiment, [s]Pierre Michon[/s] Alain Korkos n'est pas un type sérieux.

Pour ce qui est de l'ekphrasis proustienne, outre le célébrissime petit pan de mur jaune (absent) de la Vue de Delft de Vermeer, il y a aussi la magnifique description d'un imaginaire tableau du non moins imaginaire peintre Elstir dans À l'ombre des jeunes filles en fleur [lisible d'abord ici et ensuite ]. Je signale en outre qu'il existe un livre qui accomplit la "tâche titanesque consistant à recenser toutes les images contenues" dans la Recherche (critique ici).

Pour conclure,que pensez-vous de cette magnifique page ouaibe grâce à laquelle on peut acheter en lignedes burqas dernier cri...
Merci merci merci AK, Vous nous aves déjà parlé de miniatures et d'enluminures dans une chronique, (je ne sais plus laquelle (es) ), j'adore cet art. La première partie de la chronique me fait penser à un récit " le jardin parfumé". Je reviendrai pour donner les références exactes.
Le Shah Abbâs et son page lui servant du vin
une inscription accompagne cette enluminure : “Que la vie te donne tout ce que tu désires de trois lèvres : celles de ton amant, celles de la rivière et celles de la coupe”.

Mon nom est rouge m'est tombé des mains, peut-être le reprendrais-je un jour ;-

Pas le temps de lire toute la chronique, mais le tableau Les Onze est un tableau inventé (lu dans une chronique littéraire)
Merci pour l'éruditon de votre papier, Alain. comme ancienne voisine de Georges Perec et membre de la docte association des amis du-çi-avant désigné, je vous remercie de me rafraichir la mémoire sur votre quête, déjà admirée il y a quelques années de ça.

Toutefois, pour avoir été beaucoup terrifiée par Belphégor et beaucoup bercée par les contes et légendes de l'Orient, je crains toujours d'être victime d'un mythe, d'une mystification ?, quand on coule le miel et le lait d'amande douce sur mes lèvres, chose qu'il me semble vous faites avec vos fleurs d'amandier d'un autre temps.

Pour quelques lettrés qui vivaient l'audace et les affres des amours égalitaires, combien de servantes victimes des amours ancillaires, viols, mise en servage et tout à l'encan.


http://anthropia.blogg.org
Parmi la poesie persane plutot "liberee", on peut aussi lire les "Rubaiyat" d' Omar Khayyam ( XI ou XIIieme siecle )

* edit : et un miniature a porpos de la poesie d'Omar Khayyam ( avec plus qu'une seule "bouteille" )
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