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Kahn, et les "panzerdivisions de la gratuité"

Joffrin, Kahn, et le Syndicat du Livre : c'est un bien étrange trio

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Il va falloir me pardonner mon scepticisme aigu mais :


[quote="DS"]oui, informer doit rester un métier, qui nécessite une formation, et mérite un salaire décent. Pas seulement pour la survie d'une corporation. Mais parce que l'information est une fonction sociale à part entière (même si la corporation des journalistes doit renoncer à y exercer un monopole), et ne doit pas être un appendice des groupes industriels, de l'Etat, des partis politiques, ou des associations militantes.



J'aimerais bien savoir d'où tient-on que "l'information est une fonction sociale à part entière"?


Parce que, bon, je veux bien essayer de faire confiance à la bonne foi des journalistes qui parlent de leur gagne-pain, mais là il va falloir me démontrer que c'est bien le cas. A ma connaissance, aucune étude n'a jamais démontré qu'on puisse parler d'une fonction, d'un organe (du grec "organon" qui veut dire "outil") qui fasse fonctionner la société. Je sais bien que c'est une revendication récurrente de la presse depuis le 19e siècle, mais qu'elle n'est rien d'autre qu'une conviction et absolument pas une preuve.


D'ailleurs, si on considère que le journalisme d'information est une fonction sociale, comment se fait-il que la population qui regarde TF1 ne soit pas en pleine désorganisation? (oui, je sens venir les blagues sur le sujet, mais hormis les caricatures, TF1 a plutôt l'air de faire en sorte de garder une forme de cohésion électorale, si je puis dire).

Par ailleurs, que l'on me pardonne, mais la presse d'information est une invention récente, fortement influencée par le modèle des agences de presse, et nullement le fonctionnement originel du journalisme. Je demeure donc circonspect quant à cette allégation qui tient pour vérité évidente et implicite que la société ne peut pas fonctionner correctement sans journalisme...


J'en conclurai la chose suivante : le problème du débat autour de la gratuité de la presse, ne tiendrait-il pas au fait qu'on ne le tient pas au regard d'une véritable réflexion sur le fonctionnement de la presse mais plutôt en se basant sur un discours d'auto-légitimation qui n'est contrebalancé par aucune vérification? Partant de là, je me permets une petite suggestion : serait-il possible d'organiser une véritable émission sur l'histoire de la presse, qui permette de faire le point sur son rôle dans la société? Et pourquoi pas s'en servir pour mettre en lumière de nouvelles facettes non prises en compte sur les nombreux débat autour du journalisme aujourd'hui?
Puisqu'on parle de sous, comment peut-on faire un don à @si en dehors des abonnements?
Voici ce qu’en propose le petit Watson illustré :


Lémédia : n.m.pl. péj.. Barbarisme servant à faire la différence avec les médias. Souvent confondu avec la médiaphobie ou la thèse du complot.

1. Tout procédé de communication mièvre, tout support des technologies du non-journalisme permettant le martèlement de stimuli sonores ou audiovisuels à des fins purement consommatoires.

2. Tout ensemble relatif à l’autoréférence démédia qui ne connaissent de la réalité que ce qu’ils en disent eux-mêmes, c'est-à-dire presque rien mais qui assure un code de comportement implicite et la cohésion à l’intérieur du groupe.
ex : Le bon client du jité, les vendeurs déguisés en consommateurs de leurs propres produits.

3. Rapport à l’actualité consistant à aller vite et partout en économisant le mal d’en mesurer si ça en vaut vraiment la peine, d’où nécessité de faire court. Ininterrompu, le présent n’admet aucun recul ni aucune mémoire. Le présent va de soi.
ex : Lémédia annoncent que des gens viennent juste à l’instant de créer une association, il y a sept ans.

4. Appendice d’un pouvoir économique ou politique.

5. Forme de corporatisme méprisante à l’égard de toute critique. Ne pas en parler et la chose n’existe pas.
C'est assez marrant, moi je comparerai l'attitude de Joffrin and co, de dire je cite "La crise de la presse écrite? Elle se résume en deux mots: le tout gratuit" à l'attitude des industries du disque et du cinéma vis-à-vis du piratage.
En gros l'attitude se résume à s'enterrer la tête dans le sable à la manière de l'autruche, de trouver un bouc émissaire (le piratage ! le tout gratuit !) et de surtout continuer à faire ce qui a fait que l'on est arrivé dans cette situation où les consommateurs, les clients originels, ne font plus confiance à la presse écrite traditionnelle. C'est la même pour l'industrie du disque qui vend toujours un CD aux alentours de 20€, même chose pour l'industrie du cinéma qui met toujours dans ses DVDs des spots anti-piratage et des solutions anti-gravage, le meilleur moyen de pousser ses consommateurs à bout et de faire passer les pirates pour des sauveurs ! Même chose pour le jeu vidéo, les éditeurs mettent de plus en plus de protections horribles (on ne peut jouer à certains jeux qu'à condition d'avoir une connexion internet pour valider le jeu, il y a parfois un nombre d'installation limitée, bref ils alourdissent l'utilisation de leurs jeux achetés par rapport aux jeux piratés pour lutter contre le piratage : absurde et contre-productif) à leurs jeux.

'Fin bref Laurent Joffrin, surtout ne changez rien !
Eh bé, la fin d'année est chaude !
Ce qui n'est pas pour me déplaire...

En réponse à Joffrin (non, mais, lui en revanche sa fin d'année, hein...), qu'il justifie d'abord de ce type de papier (précision : je me fous totalement du foot) avant de s'en prendre au net.
La presse écrite, déjà aidée à coup de millions, crève parce qu'elle ne fait plus son boulot.
Et quand les patrons de presse seront plus occupés à gérer leur journal qu'à aller faire des ménages pour tel ou tel groupe, piger dans tel ou tel autre media ou promouvoir leur dernier effort "littéraire"...

Tiens, sinon, je me suis souvent posé la question de savoir pourquoi vous ne faisiez pas un petit résumé tous les matins de ce qui est "vendu" aux lecteurs de Metro et compagnie. Le trou noir médiatique est assez puissant, là aussi, non ?
C'est étrange, mais j'ai l'impression que tout le monde se laisse prendre au piège de la publicité et du marketing. Rien n'est gratuit en réalité, a part les blogs des amateurs. Tout ce qu'on appelle gratuit est en fait financé par la publicité. Le pire, c'est qu'on ne la voit plus consciemment, qu'on oublie ses milliers de messages subliminaux. Maurice Levy rappelle que la stratégie de croissance du troisième groupe publicitaire mondial Publicis repose largement sur la publicité sur internet (Les annonceurs ont dépensé en France un peu plus de 234 millions d'euros bruts en publicité en ligne au mois d'avril 2010, selon le Journal du Net), et la part du secteur numérique est en constante augmentation.

Si certains ne savent pas tirer leur épingle du jeu et profiter de la manne, qu'il ne mettent pas cela sur le dos d'une fausse "gratuité".

Bien entendu, la chronique de Daniel n'est pas non plus gratuite, ni sa "consultation", même si elle ne coute par cher (n'est-elle pas financée par nos abonnements modestes ?).

Autre question de langage, l'utilisation du "point Godwin". L'expression s'applique à l'interlocuteur qui n'ayant plus d'argument sort une référence au nazisme en dernier recours. La loi de Godwin dit "Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Hitler s'approche de 1". Mais si l'interlocuteur utilise la référence du nazisme comme premier argument, la loi de Godwin s'applique-t-elle ?
Vous dites que Marianne ne tape jamais sur le Nouvel Obs, journal de Perdriel ?

J'ai pourtant deja vu Marianne tres froids vis a vis de certaines unes du Nouvel Obs, dans lesquelles ils voyaient quelquechose comme de la niaiserie racoleuse.

Je les ai vus aussi, pas tres gentils avec Jean Daniel, a leurs yeux grandiloquent, egocentrique, prenant la pose du grand journaliste

Il y a enfin une opposition de styles, papier glacé contre papier journal, grand nombre de pubs pour des produits de luxe (montres, sacs a main, vetements, parfums...) contre rares pubs pour des objets classe moyenne (bieres kronembourg ou heineken, services publics edf, france telecom...), style policé contre style plus dynamique et unes plus accrocheuses, accusation de populisme contre accusation de snobbisme, revendication de reflexion contre revendication d'engagement, soutien au PS social-liberal contre detestation de ce PS. Bref, entre le Nouvel Obs et Marianne, il y a deux manieres de faire du journalisme qui se sont detesté pendant une bonne décénie. Le projet Marianne est né par opposition aux journaux existants, dont je pense le Nouvel Obs, Le Monde et Libé.

Comment peut-on donc croire a une connivence entre Marianne et le Nouvel Obs ?
La presse prépayée, ça sonne bien non ? Et c'est beaucoup plus près de la réalité, bien que ça ne soit pas tout-à-fait ça non plus puisqu'on ne choisit pas ce qu'on achète. Disons la presse achetée à notre insu ? La presse achetée à notre place ?
Je vais amuser ceux qui l'avaient déjà compris, mais insistons un peu : admirons la cohérence d'une théorie économique qui trouve sa perfection dans la libre-concurrence, la transparence et l'accès à l'information, et d'une réalisation de cette théorie où les entités dominantes achètent les mass média puis comme ce n'est pas suffisant achètent finalement le produit fini, prêt-à-lire, choisi et emballé pour nos petites mains.
La survie d'une presse indépendante dans ces conditions est peut-être possible, mais c'est de la survie, dans une niche, pour quelques lecteurs.
Cher Daniel,

Je suis assez d’accord avec votre analyse.

Selon moi, les medias ont avant tout à convaincre de la spécificité de leur apport. C’est ce que vous faites à ASI : un sujet principal (les médias) et un ton bien à vous. C’est ce que le Canard réussi à faire avec grand succès (le sujet étant plus vaste et le ton très personnel). Dans un autre cadre, c’est ce que Canal+ a réussi à faire (quelques exclusivités, quelques focus (cinéma, sport), …).

Je crois cependant que votre analyse ne prend pas en compte la spécificité du support et la capacité pour les « consommateurs » à accepter un prix différent selon qu’il s’agisse de radio, de presse, d’internet, ...

Il y a bien entendu des questions pratiques et techniques, mais il paraitrait par exemple difficile de faire accepter un modèle payant pour les radios (on y est bien venu un peu en TV me direz vous). Par ailleurs, on voit que les mêmes personnes acceptent de payer des contenus sur leur téléphone mobile alors qu’ils crient au scandale si on leur demande le moindre centime sur internet (où pourtant ils acceptent de payer une addition lourde : un accès, un ordinateur, des logiciels,…). Surtout chez les jeunes urbains, il ne faut pas nier que l’arrivée des gratuits changent complètement la sensibilité prix par rapport aux journaux quotidiens. L’impact sera durable.

L’ordre des choses peut évoluer et je crois, par exemple, que votre modèle est le bon (internet est un média très récent, et les gens se fatigueront vite de la multiplicité des sites, blogs, …. sans vrai travail derrière).

Auditeur de Radio France, internaute d’ASI, lecteur du Canard … entre autre, je ne peux que me réjouir du succès sans pub (ou presque). Mais si je ne crois pas que Joffrin et Kahn et le Livre soient ceux qui trouveront le « modèle économique du futur », je ne crois pas qu’il faille balayer d’un revers de main l’idée de prendre une part du gâteau à ceux qui profitent de l’audience généré par des contenus gratuits.
Monsieur DS, qu'appelez-vous un salaire décent pour un journaliste? Un débutant? Un plus confirmé? Un pigiste?
« Avenir des médias en ligne : l’impossible équation ? », par Narvic, Novövision, 31 mai 2010 http://novovision.fr/?Avenir-des-medias-en-ligne-l

Avertissement ( de l'auteur ) : ce billet est très long, mais il l’est nettement moins que les trois articles de 80 pages, au total, de la revue spécialisée de 340 pages dont j’essaye ici une synthèse. Alors de trois choses l’une : ou vous vous pastillez la revue elle-même en entier, ou vous retournez sur lepost et Twitter, ou ce résumé, agrémenté de mes commentaires perso, vous fait tout de même gagner du temps… A vous de voir…
taxer Google ou les fournisseurs d'accès, ce qui est sans doute une bonne chose,

Heu... Le fournisseur d'accès ou google, c'est juste l'intermédiaire qui permet d'accéder au contenu.
Parallèle un peu douteux mais qui, je pense, a du sens :
Pourquoi ne pas taxer les buralistes, chez qui on peut aussi lire gratuitement les gros titres ?
Constatons pour l'instant que non. Il suffit donc aux médias de redéfinir le besoin, d'y répondre, et / ou de mériter le soutien. CQFD. Ne me remerciez pas pour la consultation, c'est...gratuit.

Oui, CQFD - ce qu'il faut détruire - très bon mensuel de critique sociale en vente dans (presque) tous les kiosques
http://cequilfautdetruire.org/
" En bonne économie, la ressource principale d'un média sain doit être constituée, ni par la pub ni par l'impôt, mais par le prix librement acquitté par ses lecteurs, ses auditeurs, ses téléspectateurs, ses internautes. "

C'est pour cela qu'@si survivra encore et encore .
Les journalistes dignes de ce nom sont assez nombreux pour faire vivre une presse saine et libre , quel que soit le support adopté .
Plus j'y pense, moins je suis favorable au système de mise à disposition gratuite des contenus avec possibilité de faire des dons. Car beaucoup ne donneront jamais rien — "payez ? bah c'est gratuit !" — mais profiteront bien de la générosité de quelques uns.
Il suffit donc aux médias de redéfinir le besoin, d'y répondre, et / ou de mériter le soutien. CQFD. Ne me remerciez pas pour la consultation, c'est...gratuit.

Merci Docteur Daniel ! Eh oui, il suffirait aux médias de ... faire leur travail, par exemple ( c'est anecdotique mais tellement symbolique ) refuser de filmer Nicolas Sarkozy ( en déplacement dans une usine ), monté sur une estrade, ou alors filmer l'estrade ! :P

P.S. : Gratuit, gratuit, 35 euros / mois quand même... ;-)
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