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Femmes chefs d'État et Covid, le récit qui fait cliquer

Une tribune parue dans Forbes fait le lien entre la réussite de certains pays face au Covid-19 et le fait qu'ils soient dirigés par des femmes. Le texte manque de solidité et verse dans la caricature, mais plusieurs médias francophones, sentant les clics venir, l'ont repris. Itinéraire d'une mauvaise idée.

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J'ai pris la peine d'écrire au médiateur, trice de France Inter pour signaler que le portrait dithyrambique de la Première ministre belge (Angélique Bouin, en faisant une dirigeante charimatique) était autant surfait que mal informé. (Pas de réponse jusqu'ici).  Un chroniqueur radio assez connu en Be a coécrit une lettre intitulée 'Le Mépris' à cette Première Ministre, et a en un jour et demi obtenu 900 000 vues.. Sur quatre millions et des poussières de francophones belges, c'est au moins un fait politique. (Qu'on aime le dit chroniqueur ou pas est autre chose).


On ne lit dans les titres que ce que l'on a envie d'y lire.


J'ai lu : "Femmes de chefs d'état". 

Ce doit être mon côté macho, puisque évidemment, une femme chef d'état, ben voyons !


Alors j'ai lu la chronique de travers. 


Je m'attendais à voir comment les premières dames  étaient au front du covid, avec les photos, les larmes, les motions et l'émotion. 


Et je pense que si ça avait été Thatcher à la place de Bojo...


L'article m'a fait penser à une itw de Télérama (accès abonnés) à propos des sociétés matriarcales : https://www.telerama.fr/idees/le-matriarcat-est-il-lavenir-de-lhomme,n6581210.php


Voici quelques passages, si cela intéresse certains.certaines : 


Pourquoi des sociétés aussi ancestrales que les matriarcats, dont vous faites remonter l’apparition à la préhistoire, n’ont-elles pas été étudiées avant les années 1980 ?
Parce que, jusqu’alors, les ethnologues et les anthropologues en ignoraient l’existence ! S’ils ne les avaient pas identifiés c’est qu’à leurs yeux les matriarcats devaient ressembler à des miroirs inversés du patriarcat : des sociétés où les femmes auraient dominé, à la façon des hommes dans les patriarcats. Or, on ne trouve rien de tel dans le monde. Ce qui existe, ce sont des sociétés égalitaires, organisées autour des mères. Les chercheurs ne les définissaient pas comme matriarcales, parce qu’ils étaient pétris de préjugés, alors que certaines de ces sociétés se qualifiaient déjà ainsi.

S’ils ne sont pas des patriarcats inversés, à quoi ressemblent donc les matriarcats ?
Ce sont des sociétés où hommes et femmes vivent dans une parfaite égalité et coopèrent. Il n’est pas question qu’un sexe prenne l’ascendant sur l’autre. Chacun a son propre champ d’action, qui varie d’une société à l’autre. Chez les Mosuo, en Chine, les femmes s’occupent de l’agriculture pendant que les hommes s’affairent au commerce. Chez les Juchitèques mexicains, les hommes travaillent dans les champs tandis que les femmes se chargent des échanges commerciaux intérieurs et extérieurs. La maternité est centrale et ses valeurs sont adoptées par tous : l’éducation, le soin et la recherche de paix régissent la vie sociale. Chez les Minangkabau du Sumatra occidental (la population matriarcale la plus importante à ce jour, avec trois millions de personnes), il existe un adage : « Si un homme veut être respecté, il doit se comporter comme une bonne mère. » Il est impensable que quiconque se retrouve livré à lui-même ou en situation de pauvreté. C’est étonnant pour nous, qui vivons selon d’autres valeurs, dans des sociétés où règne un stress social généré par une compétition permanente. La hiérarchie ou l’oppression n’existent pas dans les matriarcats. Cela ne signifie pas que leurs membres vivent dans la paix éternelle, mais ils la recherchent de façon constante.

Comment sont organisés les matriarcats ?
On y observe une économie de partage et de distribution, plutôt que d’accumulation. Chacun reçoit la même part, et ceux qui obtiennent un peu plus partagent avec les autres. Le principe d’héritage passe par la mère — matrilinéarité —, et non par le père. La vie s’organise en clan, dans la maison maternelle — matrilocalité. Politiquement, les décisions ne sont pas prises par des dirigeants, qu’ils soient masculins ou féminins, mais par consensus. Sur le plan culturel, le souci des autres, l’attention qui leur est accordée s’étend à l’ensemble de la planète : il ne viendrait pas à l’esprit de ces peuples d’abîmer leur environnement, car ils savent qu’ils ne survivraient pas à cette destruction. Lorsqu’une société réunit l’ensemble de ces caractéristiques, c’est un matriarcat. À ce jour, on en dénombre vingt sur l’ensemble des continents, hormis l’Europe, ce qui est bien peu, comparé au passé. Il est difficile d’estimer le nombre de personnes que cela représente.

Ces similitudes indiquent-elles que les matriarcats ont une origine commune ?
Ce ne sont que des bases ; la façon dont chaque peuple applique ces structures varie. Mon hypothèse est qu’à l’époque néolithique l’agriculture, la vie sédentaire et l’organisation matrilinéaire ont été inventées par les femmes, ce qui a entraîné des similarités dans le mode de vie. Mais elles ne proviennent pas tant d’une origine commune que de conditions de vie similaires.

Le matriarcat a-t-il précédé le patriarcat ?
Tout à fait ! L’histoire du patriarcat est plus récente et plus courte. Les premières structures matriarcales ont été observées autour de 13 000 avant notre ère, alors que le premier exem­ple d’un patriarcat abouti date de 2 400 avant J.-C. en Europe.


L’histoire de l’humanité serait donc celle d’une progressive patriarcalisation…
Les époques paléolithique et néolithique étaient matriarcales. Comment se fait-il que depuis des foyers très restreints les patriarcats aient pu finalement se propager dans le monde entier ? J’entame des recherches archéologiques afin d’essayer de le comprendre. A priori, ces structures se sont développées à partir des agissements de petits groupes de personnes. En Asie de l’Ouest et en Europe, des peuples agricoles ont longtemps vécu selon une organisation matriarcale. Mais autour de 4 000 avant J.-C., une crise climatique majeure a peu à peu transformé les terres fertiles des steppes eurasiennes en déserts. Les peuples se sont alors tournés vers l’élevage. Et, à mesure que les terres s’épuisaient et que les conflits s’intensifiaient pour en conquérir de nouvelles, une culture guerrière s’est développée. Les habitants de Mongolie ont commencé à migrer : ils ont quitté les steppes devenues inexploitables et sont arrivés par hordes en Europe du Sud-Est. Autour de 3 000 av. J.-C., ils étaient installés à travers tout le continent. Progressivement, ils ont assujetti les peuples matriarcaux européens qui vivaient là avant eux. Ils ont pris de force les femmes autochtones. Ce qui avait commencé comme une gestion de crise a finalement perduré, sans doute parce que les chefs ont pris goût à cette nouvelle forme de société. C’est ainsi que sur plusieurs siècles l’Europe s’est patriarcalisée.

Le patriarcat est-il nécessairement impérial et colonial ?
Oui, puisqu’il naît de la violence des uns à l’encontre des autres. Les membres du patriarcat se sont battus pour obtenir des pâturages pour leurs troupeaux, aux dépens des sociétés matriarcales agricoles, égalitaires et… non belliqueuses. Ils ont développé l’idée que la violence est formidable, puisqu’elle permet de soumettre des peuples entiers ! Cette idée survit de nos jours. Quand les nations veulent devenir des superpuissances, elles utilisent la violence. C’est ainsi que la plupart des matriarcats ont été démolis. Des sociétés qui favorisent la paix peuvent aisément être conquises par la violence.





Bonjour,


La personne interrogée s'appelle Heide Goettner-Abendroth, son ouvrage traduit en français, Les Sociétés matriarcales Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde. (éd. des femmes - Antoinette Fouque, 2019). L'ouvrage de cette docteure en philosophie des sciences est le fruit de ses travaux sur les sociétés matriarcales dont elle est l'une des spécialistes mondiales (je reprends les propos de l'édition). M. Rebourg

En fait tout ce que je retiens c'est qu'une cheffe d'état a fait une conférence pour s'adresser directement a des enfants... Y a que moi que ça glace ?

C’est « rigolo » cette situation parce que d’un côté y’a un article complètement pété pour dire « regardez comment les femmes gèrent trop bien », et de l’autre des « fact checkers » qui s’empressent de démontrer que « non non, elles sont aussi mauvaises que les hommes ! ».


Y’a quand même un vieux côté « damned if you do, damned if you don’t » dans cette histoire. Faut croire qu’on ne peut pas juste admettre qu’une femme au pouvoir c’est juste un être humain au pouvoir, et ça fait comme ça peut avec ses différentes contraintes (ceci incluant ses propres limitations idéologiques).

De nombreuses femmes ont appris à se méfier autant des "excès d'honneur" que du dénigrement. La maman et la putain, pour caricaturer. Cet engouement pour les femmes dirigeantes me laisse en effet dubitative.


Par ailleurs, et fort charitablement, il semble que les différents articles ne parlent pas trop de "nos" femmes, les Buzin, Pénicaut, et surtout la dernière en date dont j'ai oublié le nom qui investit sans doute dans l'industrie du masque d'innovation. 


Pour le reste, il me semble en effet que beaucoup de femmes partagent la même "culture", celle du "veiller au grain en toutes circonstances". Culture qui leur a été inculquée très tôt, comme le soulignait un livre trop oublié, "Du côté des petites filles". 


Mais que, plus elles sont haut dans l'échelle sociale, plus elles "oublient" (se débarrassent de) cette culture, peu compatible avec l'ascension sociale.

Mettons Agnès Pannier Runacher, Muriel Pénicaud ou Sibeth N'Diaye à la tête de l'Etat et ils auront une belle "exception" qui confirme la "règle".

Je note que l'autrice de l'article de Forbes a un biais cognitif majeur, ce qu'elle souhaite c'est opposer des femmes dites "libérales" à des hommes dits "populistes" dont je vois que Macron est absent par exemple. Il n'a pourtant pas été le dernier à rouler des mécaniques en mode chef de guerre qui en a.

La parité et l'égalite entre hommes et femmes, ça résulte d'un choix de société, pas d'une observation essentialiste.
Donc, peu importe que la thèse défendue dans ces articles soit vraie ou fausse (en l'espèce elle est vraisemblablement fausse), le but est qu'on ait une proportion de responsables à peu près paritaire.

C'est-à-dire que s'il était prouvé que les femmes sont meilleures dirigeantes que les hommes, ce ne serait pas une bonne raison pour abandonner l'objectif de parité à la tête des gouvernements et souhaiter plus de femmes dirigeantes que d'hommes.

Idem pour l'inverse.



Pas encore de commentaire ! Incroyable ! Effectivement l'essentialisation n'est pas ma tasse de thé, mais si cet article a été autant repris dans certains pays, c'est peut être tout de même que la comparaison avec les gestions  de crise de Johnson ou de Macron ne leur donnent vraiment pas l'avantage...

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