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El Baradei, ballon médiatique ?

L'interview est terminée. Il est l'heure de rendre l'antenne.

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Encore une chronique un peu trop simpliste à mon goût, c'est pour moi une constante depuis quelque temps et ça, quel que soit, le sujet abordé.
Mais pour en revenir au sujet de celle-ci, que les journalistes aient besoin d'une figure incarnant ces mouvements de protestation dans le monde Arabe, je suis d'accord, et si la personne en question, a une certaine célébrité sur le plan international, les journalistes c'est certain adorent ça.

Mais il me parait très exagéré de dire que Mohammed El Baradei est présenté par les médias occidentaux comme le chef de l'opposition incontesté et que le regard qui est porté sur l'Egypte se fait uniquement au travers du prisme Tunisien ou Iranien. Ou alors cela signifie que nous ne regardons pas les mêmes médias. Loin de la caricature présenté par DS dans sa chronique, je trouve que pas mal de médias essayent de faire un boulot assez honnête sur le sujet et j'aimerais pouvoir en dire autant sur les faits divers qui font l'actualité de ces derniers jours.
En effet, les manifestants ont d'autres icônes.
Asma Mahfouz dans Wikipedia

à lire dans le New York Times
Ms. Mahfouz is one of the founders of the April 6 Youth Movement, a group of young, Internet-savvy activists who have been credited with a leading role in organizing the mass protests that now pose an unprecedented challenge to Mr. Mubarak’s monopoly over power.
Déjà on nous avait fait part des déclarations de Boutros Boutros-Ghali qui disait à peu près la même chose. Maintenant c'est l'auteur d'un bestseller, Taxi, qui en rajoute une couche. Mohammed el Baradei, prix Nobel de la Paix, serait donc un parfait inconnu dans son pays ! Certes, il a fait toute sa carrière dans des instances internationales, mais aucune des nombreuses chaînes que captent les égyptiens n'auraient fait écho à son action à la tête de l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique, aucune n'aurait mentionné le démenti qu'il a opposé aux affirmations des E-U sur les armes de destructions massives en Irak, aucune le travail de l'AEIA en Iran ?
Il n'a pas attendu les mouvements actuels pour s'affirmer comme opposant à Hosni Moubarak (http://www.republique-des-lettres.fr/11372-mohamed-el-baradei.php). Et on comprend assez mal le but de ceux qui tentent de la faire passer pour un ectoplasme...
Daniel, votre article est malhonnête. De nombreux journalistes ont posé bien avant vous, bien avant France Inter, la question de la popularité d'EL Baradei en Egypte. La plupart des médias l'ont présenté avec toutes les précautions requises.

Vous dites qu'il est "unanimement présenté par les médias occidentaux comme le chef de l'opposition égyptienne". Il se trouve que les partis d'opposition l'ont désigné comme représentant pour négocier avec Moubarak. C'est un fait, pas un ballon médiatique gonflé par ces occidentaux en mal de leader charismatique. Ca fait plus d'un an qu'El Baradei a annoncé qu'il voulait se présenter aux prochaines présidentielles. Il était auparavant directeur de l'AEIA, où ses prises de position lui ont valu une médiatisation intense. Les égyptiens qui s'informent (ils ne sont pas tous sourds, aveugles et analphabètes) en ont entendu parler, si, si... Et bizarrement les médias non-occidentaux le désignent aussi comme le principal opposant actuel, demandez à votre collègue Gilles Klein de vous faire une petite revue de presse.

Vous devriez plutôt vous intérroger sur ce qui pousse certains commentateurs, égyptiens ou pas, à dénigrer El Baradei et à minorer la portée des évènements actuels. Vous devriez plutôt questionner ce scepticisme (le votre) concernant les évènements en Tunisie et en Egypte, vous vous rendriez peut-être compte qu'il rejoint, même si c'est involontaire, celui de tous les notables (écrivains, journalistes, artistes, ministres...) acoquinés avec le pouvoir (celui de Ben Ali hier, celui de Moubarak aujourd'hui, celui de Boutef ou du roi du Maroc demain). Ce scepticisme rejoint aussi celui de certains français d'origine maghrébine, sans doute un peu gênés qu'éclate au grand jour la pourriture des dirigeants de leurs pays d'origine quand leur discours se borne à accuser la France de tous les maux (alors que non, Sarkozy n'est pas la France, pas plus que Moubarak n'est l'Egypte).

Mais bon, de toute évidence, il y a un "récit Schneiderman", il raconte un peu toujours la même chose: "j'ai tendu l'oreille, bien ouvert les yeux, et hop, j'ai entendu quelque chose que personne n'avait jamais entendu, vu quelque chose que personne n'avait vu et surtout pas les (autres) journalistes". Ce récit, il faut le mener chaque jour. Quitte à tordre les faits et à dire n'importe quoi.
Il y a des images super intéressantes sur I télé.
Ce n'est pas tant les images elles-mêmes, mais les commentaires des journalistes qui se posent des questions.

Un des analystes, à partir des images, finit par dire que c'est sans doute une tentative de contre-révolution orchestrée par le pouvoir ! Et il explique à partir des images ce qui le lui fait penser.

En voilà, de l'arrêt sur images !
C'est sans doute au regard de la couverture des télévisions francaises généralistes, que l'affirmation selon laquelle Elbaredei serait une baudruche médiatique peut sembler iconoclaste. Franchement sur al jezira ou franche 24 il n'a jamais été présenté comme un successeur incontestable de Moubarak.Maintenant le fait qu'il soit tout à fait inconnu des egyptiens est peut être aussi exagéré car c'est quelque chose qui a été beaucoup dit sur les médias qui avait un suivi sérieux des événements, mais que des spécialistes ont tempéré. Le fait est qu'il a été reconnu par de nombreuses organisations egyptiennes très différentes comme pouvant les représenter dans la perspective de discussion sur un après moubarak. A l'évidence pour avoir une idée de la complexité des événements egyptiens regarder les principales chaines de télévision francaise est tout à fait insuffisant. Mais qui peut vraiment s'en étonner?
la couverture médiatique du Paysage Audiovisuel Français est absolument nulle, et le "phénomène El Baradei" en est l'illustration.
Sur Al Jazeera International, on s'est mis à parler d'El Baradei bien plus tard que sur lémédia français qui ouvraient leurs pages "égyptiennes" la semaine dernière avec le Prix Nobel de la Paix Mohammed El Baradei, ses amitiés avec les Frères Musulmans etc... Les commentateurs qui sont invités par Al Jazeera sont des Egyptiens, qui vivent pour certains en Egypte, pour d'autres, à Washington... Les voix qu'on entend aussi sur Al Jazeera sont celles des jeunes égyptiens, bilingues, qui expliquent dans un anglais parfait ce qu'ils ne veulent pas : ils ne veulent pas de Moubarak ! Ces jeunes, on les voit sur Midan Al Tahrir, ils ne prient pas pendant que quelques dizaines d'hommes prient... ils continuent à gueuler leurs slogans, ils parlent, ils s'agitent partout. Mohamed Al Baradei, personne ne le connaît chez les manifestants. Sur Al Jazeera, on entend un tout petit peu, mais vraiment pas beaucoup, parler des Frères Musulmans... on y dit qu'ils sont multiples, qu'ils ont d'ores et déjà (dimanche) dit qu'ils ne voulaient pas du pouvoir en Egypte. Pendant ce temps, en France, des auto-bombardés spécialistes (comme celui d'hier soir sur France 2... je voulais comparer la manière d'informer d'Al Jazeera et des chaînes françaises... j'ai été gâtée !)... des auto-bombardés spécialistes donc terminent leur intervention en plateau sur "ce sont les Frères Musulmans qui vont prendre le pouvoir" (c'est schématisé, certes mais il a fini sur l'épouvantail des Frères Musulmans, de la même manière que Netanyahou dimanche). On peut au passage noter que, comme cette menace ne marchait pas, Netanyahou a brandi un autre argument : celui du respect des accords de paix israélo-égyptiens (alors qu'il est patent qu'Israël n'a jamais respecté ni une résolution ni un accord depuis 1948).
Sur Al Jazeera et sur Mediapart aujourd'hui, on parle du rôle hyper important que l'armée égyptienne a joué depuis Nasser, de ses privilèges depuis une trentaine d'années...
Hier soir, après le discours de Moubarak qui n'a eu comme effet que de renforcer le désir des manifestants de le voir partir, Al Jazeera commentait, via une journaliste présente à Al Tahrir, en se désolant de l'absence de leadership, d'une grande figure charismatique, dans cette opposition si diverse... réunie trop récemment. El Baradei a d'ailleurs été écarté d'un revers de main par les commentateurs. Certains disent que c'est "l'homme de l'ombre des USA"...
Ce matin, on s'inquiétait... est-ce que Moubarak ne mise pas sur le facteur temps/découragement/paralysie de l'économie, etc... avec la complicité des USA...
Sur Mediapart, on insiste sur le rôle énorme qu'a joué, que joue et que va jouer l'armée égyptienne. Et je crois que c'est vraiment la question à se poser au lieu de voir des Frères Musulmans embusqués derrière tout Egyptien se met à prier. En Egypte, les gens qui prient ne sont pas des intégristes, mais des Musulmans pratiquants.
En tout cas, personnellement, je trouve que la presse française s'excite plus sur la bulle "Frères Musulmans" que sur la bulle "Baradei"... Ce type est trop "policé" pour être honnête.
Mais, comme l'a dit Maïtena Biraben lundi matin : "la Tunisie et l'Egypte n'intéressent pas les télespectateurs français... la baisse d'audience des JiTés depuis janvier est abyssale" ! Sans penser une seule seconde que ça pouvait justement venir de la prise de conscience que les journalistes des mass media se sont avérés inféodés au pouvoir en place en France. Et que, sur Internet, on peut être beaucoup mieux informé.
Pour les @sinautes qui ne liraient que votre papier, il y a un peu plus qu'une volonté des médias occidentaux d'incarner ce mouvement. « L’ensemble des partis d’opposition rassemblés dans la « Coalition nationale pour le changement » - parmi lesquels les Frères musulmans – a désigné dimanche 30 janvier Mohamed el-Baradei pour mener les négociations avec le régime d’Hosni Moubarak, en proie à une contestation sans précédent depuis une semaine. » (cf Jeune Afrique http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20110130171959/gouvernement-opposition-armee-hosni-moubarakmohamed-el-baradei-investi-porte-parole-de-l-opposition-egyptienne.html ).

A relativiser car on sait que « l’ensemble des partis d’opposition » c’est difficile de savoir ce que ça représente dans la situation non démocratique de l’Egypte.

Cependant je trouve, cher Daniel, votre analyse sur cette soif d'incarnation et ces prismes de lecture pertinente. Mais comme « l’inconscient collectif médiatique » me paraît être un ensemble très large il serait peut-être bien, pour une fois, de reconnaître que l’auditeur ou le lecteur attentif a depuis une semaine été alerté sur les travers que vous soulevez par bien des médias. Ca a été mon cas sur tous les médias auxquels j’ai consacré un minimum de temps : Libé, Le Monde, France Inter, France Culture, Europe1, CNN, Al Jazeera. On a par exemple compris que « les Frères Musulmans » ne pouvaient pas se rangers dans une case préétablie et étroite (comme les religieux Iraniens d’ailleurs).

Ca ne les empêche pas ensuite d’illustrer comme vous leurs articles avec El Baradei, et de montrer beaucoup les manifs lorsqu’elles sont comme « suspendues » pendant la prière …

Par ailleurs, si ces prismes sont en effet dangereux, ils sont souvent assez pertinents. On voudrait un parallèle parfait - jusqu’au départ de l’avion - entre Moubarak et Ben Ali. Ridicule en effet. Mais les parallèles imparfaites sont bien utiles. Ainsi il est indéniable que les Egyptiens ont été influencés par les Tunisiens, alors que vous auriez pu, il y a 10 jours, dénoncer - avec votre raisonnement du jour - ces journalistes qui voyaient déjà la possibilité de grandes manifestations en Egypte, comme en reflet de celles de Tunisie.

Mais je sens que dans votre refus (rare dans vos papiers) d’incarner « l’inconscient collectif médiatique » avec quelques noms de journaux , radio … à dénoncer, il y a comme une reconnaissance de « votre inconscient individuel » que « lémedias » ne sont pas si mauvais sur ce coup.
A défaut d’un ballon d’oxygène ce ne serait donc qu’un ballon d’essai ?

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Je ne suis pas d'accord avec cette analyse. J'ai un collègue égyptien avec qui je discute beaucoup de la révolution en marche en égypte. Il a quitté l'égypte il y a 3 ans. Il me dit que "tout le monde" connaît El Baradei en égypte et que "tout le monde" l'apprécie, car il a été le premier à dénoncer ouvertement le régime Mubarack. Demandez à des égyptiens, pas un ou deux intellectuels par-ci par là, mais cent, deux cents, milles égyptiens pris dans la rue au Caire, là vraiment on pourra dire quelque chose sur la place qu'occupe réellement El Baradei dans le coeur des égyptiens. Honnêtement, j'aimerais bien voir une enquête plus approfondie sur la question, car plusieurs fois dans les médias français on a entendus de tels propos sur El Baradei, et mon ami égyptien tombe des nues quand je les lui rapporte.
Sur France Culture, c'est dès la semaine dernière qu'on l'avait compris. Je crois que c'était dans les Matins.

D'où ce sentiment de malaise depuis quelques jours, le décalage entre le storytelling des médias et la vision individuelle des micro-manifs, y a pas de bon récit sur une révolution, il n'est que partial, partiel, et ne nous dit rien de l'avenir.

http://anthropia.blogg.org
Il me semblait que Al Khamissi voulait essentiellement, dans son ultime prise de parole, dénoncer ce "prisme iranien" et réfuter l'influence des frères musulmans dans la révolte égyptienne.
C'est bien de pointer le tropisme des médias, la manière dont ce qu'ils racontent est victime de leur conditionnement culturel, mais il y a un peu plus que ça, il me semble. J'ai lu cette remarque sur le côté "ballon" de Baradei à différents endroits (notamment ici même, dans une chronique relatant une erreur de prédiction qui allait s'avérer savoureuse) et ce dès le début de la révolution. Cette appréciation en tête, je suis resté attentif à la question dans les autres interviews "d'experts" de tous poils que j'ai pu consulter. Et je constate que beaucoup d'entre eux n'ont absolument pas mentionné cette faible notoriété de Baradai. D'aucuns ont délibérément laissé entendre l'inverse.

A celà je peux voir plusieurs raisons. Il semble que Baradai, outre sa qualité d'être accepté de l'occident, a su faire ami ami avec toutes les factions de l'opposition qui le considèrent comme un choix acceptable pour un gouvernement de transition. En conséquence par exemple, les frères musulmans dont est proche Tariq Ramadan ne vont pas lui tirer dans les pattes, et Tariq Ramadan non plus. Le manque de temps de parole et d'experience au jeu des questions (qui explique que Al Khamissi a du faire son trou pour passer l'info) peux également expliquer certaines carrences. On peut aussi verser dans la théorie du complot ; Baradai serait imposé par l'occident à ses médias servils, etc.

Mais dans tous les cas ça me semble un bon lièvre. Ces experts ne sont pas, pour la plupart, susceptibles de l'aveuglement d'un bon Pujadas de chez nous. Et c'est leur rôle, justement, de corriger notre tropisme de leurs vues éclairées. Voilà un échec manifeste qu'il serait intéressant de disséquer : comme les experts contribuent parfois à l'auto enfumade, que ce soit à leur corps défendant ou non.
Ah oui, j'avais aussi entendu, glissé discrètement sur France Info aux heures matinales, ce petit correctif à l'exaltation générale qu'il était "plus connu hors d'Égypte" qu'à l'intérieur, mon oreille s'était dressée. Lire entre les lignes, écouter entre les mots, observer les visages, s'intéresser aux zones limites, fin d'interviews ou réflexions marginales. Voilà ce qui nous reste. D'un autre côté, ça nous rend plus "affûtés". Je m'étais d'ailleurs dit, en entendant ce déferlement d'hommages "Si ça se trouve, les Égyptiens n'en ont rien à faire, de ce mec". C'est pas la première fois qu'on nous fait le coup.
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