47
Commentaires

De Bamboula à l'histoire du racisme (et retour)

Comment les débats sur les races, du XVIe siècle à nos jours, sont passés des théologiens aux scientifiques, pour arriver à "Bamboula". Et pourquoi il ne saurait exister d'insulte raciste "convenable". Mathilde Larrère balaie cinq siècles d'alibis racistes.

Derniers commentaires

Le prêtre prêchi prêchant la haine a été relaxé en première instance , - les magistrats ont trouvé son slogan sympa ? :

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/01/13/01016-20160113ARTFIG00010-un-pretre-juge-en-appel-pour-injure-raciale-envers-christiane-taubira.php
Merci pour cette chronique, et pour le débat qui s'ensuit ici.

Je me demande quel est le degré d'acceptation du terme "bamboula" au sein de la police, je veux dire comment les policiers noirs (il y en a) perçoivent le fait que leurs collègues blancs usent de ce terme "à peu près convenable", ces policiers noirs étant d'ailleurs traités de "bounty" dans les cités. Ont-ils un terme équivalent et "à peu près convenable" pour traiter les "clients" blancs qu'ils sont amenés à appréhender. Par exemple comment traitent-ils DSK ou bientôt Fillon et la fille du Cyclope ?

C'est étrange d'ailleurs comment la théorie du terme "à peu près convenable" a peu cours dans les familles où une claire distinction est faite d'un commun accord entre le terme "convenable" et celui qui ne l'est pas sous peine de se voir repris et parfois même rejeté.

Cela n'a qu'un lointain rapport avec le débat, mais voilà : le personnel soignant qui entoure les malades d'Alzheimer est souvent de couleur, et jamais on ne note une réaction des patients "blancs" que l'on pourrait noter de nature raciste. Et la venue d'une patiente noire n'a pas entraîné la moindre réaction, comme chez les enfants ou ces gens d'un village de France demandant l'abolition de l'esclavage comme le rappelait Mathilde Larrère précédemment.
Deux lectures intéressantes selon moi :
- pour éviter de croire que le racisme n'a été qu'un truc de réactionnaire suprémaciste, un texte sur Zola montrant combien ça a imprégné les esprits durant sa grande période, avec scientisme, eugénisme, confusions entre le social et le biologique : Travail, roman de Zola, ou la « race » ouvrière entre malédiction et messianisme rédempteur

- une présentation du travail de Colette Guillaumin : La race, le sexe et les vertus de l'analogie.
Guillaumin est dans les courants de réflexion ayant donné les idées de "racisation", le racisme comme fait social, dans une approche en phase avec des problématiques contemporaines où ça ne fonctionne plus vraiment de manière doctrinale, où plus personne ne se dit "raciste" comme on se dirait "nationaliste", "communiste", "pastafariste", mais où on n'échappe pas aux mécanismes de discrimination (positive ou négative...) sur des bases quasi-mécaniques de perception, cognitives. L'article fait le lien avec le sexisme où on a aussi des naturalisations de caractères avec des "scientifisations" au XIXe (cf l'hystérie, vieille histoire d'un lien fait entre l'utérus et le caractère féminin qu'évoque Mathilde dans sa chronique).

Extrait de l'article :
"Ainsi, le travail de Colette Guillaumin pose une alternative. Elle rompt avec l’analyse du racisme comme reflet des rapports de classe. Elle se démarque de la compréhension du racisme comme fruit d’un acte individuel, malveillant et condamnable. Elle refuse de le connecter à la question de la différence, comme le proposera Claude Lévi-Strauss (1971). Elle tente de l’approcher comme phénomène, au sens kantien, c’est-à-dire au sens où la race étant partie intégrante du monde perçu, nous ne pouvons l’ignorer comme telle et en faire autre chose qu’une relation sociale.
(...)
Pour Colette Guillaumin, la pensée biologiste éclose au XIXe siècle configure de façon spécifique l’idéologie raciste. Cette période se caractérise par des interrogations multiples sur les effets de l’hérédité comme fondement potentiel d’une compréhension de l’homme en société. On passe ainsi de l’hérédité au sens juridique à l’hérédité au sens biologique.
(...)
Le second positionnement concerne le statut de « la différence » dans le développement du racisme : « La diversité des groupes et des cultures n’est qu’un alibi » dit-elle. La dynamique du racisme n’est pas le fruit de l’hétérogénéité de groupes en présence, elle est « un système d’antagonismes » (Guillaumin 1972a, p. 72). Alors que la différence est considérée chez certains auteurs comme un point de départ, elle est assimilée par Colette Guillaumin à une justification a posteriori.
"


Le second point me semble particulièrement important : d'abord l'antagonisme, un rapport conflictuel, ensuite la justification par la différence, "ils ne sont pas comme nous, nous ne sommes pas comme eux", la construction des catégories de perception, de langage, médiatiques, dans une expression plus ou moins euphémisée du conflit tel qu'on l'a construit : "jeunes de banlieue" à racailles !, "d'apparence musulmane" à sale arabe !, etc.
Et in fine, ça se traite de raciste dans tous les sens, racisme anti-noir, anti-blanc, anti-arabe, anti-riche, anti-pauvre, anti-femmes, anti-homme etc., en oubliant souvent pourquoi on se bat exactement, concrètement, où est l'objet réel du conflit derrière les imaginaires, les symboles et le langage.
Le travailleur en concurrence avec l'étranger, la personne au RSA qui voit des aides aux réfugiés, l'occupation de l'espace public (hall d'immeuble, territoires symboliques cf cathédrale de St-Denis), celle de l'espace médiatique, de l'attention du politique (les dites "minorités" donc opposées à une "majorité") etc., ça commence par du social en tension, et c'est sur cette base floue que se cristallisent des catégories pour la guerre, faire des camps, construire des ennemis, guerre pouvant fonctionner ensuite de manière autonome.

"Les-jeunes-de-cité s'opposent à la-police" devient une perception naturelle, "les-jeunes-de-cité" et "la-police" l'intègrent comme situation de base, on en fait toute une culture, et le policier de base ne sait plus pourquoi il contrôle les identités 50 fois par jour, ce qu'il cherche exactement, mais il a en tête que la République a pour problème "les-jeunes-de-cité", des "territoires-perdus", qu'il faut faire une reconquête, passer le Kärcher, qu'il y a là des territoires occupés, des réserves d'apaches à maîtriser.
La télé le dit, les ministres aussi, on en fait du marketing gansta rap ou ethniques divers, et la loi finit par donner un droit de légitime défense aux policiers calqué sur celui des gendarmes, des militaires, pour se protéger de "les-terroristes" mais renforçant une logique de guerre civile voire coloniale, bamboulas-indigènes contre (3eme) République et ses ancêtres gaulois.
Merci Mathilde Larrère.

Signalé sur un autre forum: dans le livre édité au Seuil Le Canard enchaîné 100ans, page 67un excellent article signé Joséphine Baker, publié le premier décembre 1926. Très drôle et percutant.
Bonjour Mathilde LARRERE,
Quand est-ce que le mot racisme est apparu, quand est-ce que ce mot a pris un sens péjoratif ? quelle signification peut-on donner à chacune de ces apparitions ? Une prise de conscience ?
Concernant le mot "homophobie", on a pu voir que ce terme est apparu dans le dictionnaire français vers 1999 au moment où le PACS était débattu. Comme une prise de conscience. Il y a peut-être une similitude.
Merci à vous, pour cette chronique qui replace l'actualité dans un contexte très éclairant.
Merci.

Une remarque, tout de même, le Bal Nègre ne fait pas référence à la Revue Nègre.
Il a été créé par un Martiniquais en 1924, avant le début de la Revue Nègre, en 1925.

Le mot nègre n’était pas péjoratif à l’époque, mais bon, maintenant, il l’est.

Pour ce qui concerne la Revue Nègre, tout n’y était pas condescendant, je crois.
Ce fut un moyen de diffusion de la culture noire américaine en Europe. C’est par cette revue que le charleston
et le black bottom arrivèrent sur notre continent, au moment où le jazz s'y popularisait.
Sidney Bechet faisait partie des musiciens de la troupe.

Madame Joséphine Baker conquit le monde de l’art (cubistes, écrivains, etc.) par son art, et c’est ainsi qu’en France
non ségrégationniste naquit la première star noire « internationale ».

Pour moi, Joséphine Baker, c’est l’histoire d’une femme qui quitte son pays ségrégationniste pour retourner
comme une crêpe le racisme et faire de son image et son art une chose enviable.

Par exemple, la mode du bronzage chez nous vient en partie du fait que les femmes souhaitaient bronzer comme la Baker.

En dernier point, un point histoire sur l’affiche de Paul Colin qui a réalisé par la suite le magnifique Tumulte noir
que si quelqu’un a les moyens de me l’offrir, je donnerai mes coordonnées par MP. Merci.
Si l'on résume, le racisme est une invention des Lumières, contre l'obscurantisme religieux qui l'avait déjà condamné depuis des siècles. J'ai bon ?


Vous allez faire perdre tous leurs repères à tous les progressistes universalistes.
ce week end on peut participer au nettoyage de la France, samedi rassemblement a République contre les violence policées et dimanche a 15h partout en France rassemblement contre la corruption et la mafia oligarchique a Paris c'est a république. Comment mettre des photos , affiche ici ?
Encore du très bon, merci.
Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.