59
Commentaires

"C'est compliqué pour les femmes, mais aussi pour les hommes"

ne journaliste de France 3, Caroline Sinz, a raconté elle-même, dans son plateau, avoir été agressée sexuellement jeudi sur la place Tahrir, au Caire, par des manifestants (dans une interview ultérieure à Télérama, elle a même parlé de viol). Le même jour, la blogueuse américano-égyptienne Mona Eltahawy racontait avoir été agressée sexuellement par des policiers égyptiens. Il y a quelques mois, c'est une journaliste de CBS Lara Logan, qui racontait avoir été violée. Etre journaliste en Egypte est-il plus dangereux lorsqu'on est une femme ? Comment faut-il réagir ?

Derniers commentaires

http://florencedemeredieu.blogspot.com/
De toutes les manières la femme pas trop bien respectée dans le monde occidentale(voyez certaines affaires d'hommes riches et puissants)
dans le monde musulman encore moins. Je pense que les obscurantismes religieux sont fondés sur l’infériorité de la femme. Catholique une histoire de cote, musulmane le système pileux, ainsi que la religion juive avec l'impureté liée à cette population.
Arrêtons nos hypocrisies masculines soyons enfin féministes.
Ça concerne un "vite dit" sur le blogueur de Puteaux agressé dans une résidence étudiante:
"une personne qui nous paressait dangereuse"

C'est l'orthographe de Gilles Klein qui est paresseuse.
L'un des objectifs des violences contre les femmes, c'est de nous faire rentrer et rester à la niche. Quelles que soient ses "bonnes intentions", RSF se fait donc complice de ceux qui nous enferment. Sors pas le soir, porte pas des jupes courtes, va pas dans certains endroits, baisse les yeux, fais de la dentelle et de l'aquarelle, te fais pas remarquer, parle pas si fort, souris quand tu as envie de mordre, rase les murs, choisis un métier féminin (femme de ménage par exemple)...

Qu'ils la ferment, tous. Ya-t-il des femmes à RSF, et si oui, ont-elles réagi, les a-t-on écoutées? En voilà une bonne idée d'enquête, pour UNE journaliste. Pas dangereuse, en plus (j'espère).

Encore merci à Laure Daussy, pas la première fois que j'ai envie de la féliciter. Bon boulot.
Je trouve que le communiqué de RSF était très maladroit, mais en même temps, et de même que cet article, il y a de nombreuses raisons de s'interroger.

Une femme est toujours plus vulnérable qu'un homme dans n'importe quelle situation, y compris et surtout parce qu'il y a une dimension sexuelle à cette vulnérabilité, et que tout ce qui est politique est souvent tenu par les hommes. Se pose alors le problème du risque d'agression sexuelle, qui est quand même moins épineux pour les hommes.
Ce risque reste peu important en général. Il croît au fur et à mesure que la société normée, c'est-à-dire le regard des autres, se désintègre.

Je veux dire par là qu'une femme qui se balade seule dans un pays étranger, et spécialement musulman, dans la mesure où elle n'a pas d'apparence ou d'attitude qui s'éloigne de celles d'une femme du pays, et qui peut de ce fait être perçue comme provocante, est plutôt protégée plus qu'ailleurs. En tout cas, c'est mon expérience personnelle.
Et même quelquefois trop protégée, dans le sens où des situations qu'on ne perçoit pas comme agressives ou risquées, comme une simple mise au point dans une discussion, fait intervenir des tiers du pays qui cherchent à vous protéger. Pauvres petites choses que nous sommes.
Il est possible que quand ce genre de choses arrive, on ne perçoive pas tous les tenants et les aboutissants du problème qui était posé, mais il reste qu'on se sent protégée. Et on est protégées justement parce qu'on est perçues comme vulnérables. Ce qui est un problème dans les sociétés musulmanes, c'est-à-dire l'excès de protection qui finit, pour les femmes du pays, par être une sujétion, qu'elles l'acceptent ou non, est un atout pour une femme seule venue d'ailleurs qui se promène dans le pays. Car elle est respectée à tous les niveaux, même si les hommes se sentent toujours obligés de nous dire ce qu'on doit faire, et pas que dans les pays musulmans, d'ailleurs.

Mais cela suppose que la société soit stable donc très intégrée, avec une morale acceptée par tout le monde.

Ce que sont en train de vivre les pays musulmans en transition démocratique, c'est une explosion de la société, pour le meilleur ou pour le pire,
Le changement de paradigme est total: des sociétés passent de systèmes sociaux et politiques traditionnels à la modernité démocratique. La révolution est sociale, politique, et évidemment sexuelle, puisqu'ils refont l'équivalent de deux siècles d'histoire française, des Lumières à mai 68, en quelques temps. Mais évidemment, pas tous en même temps au niveau des individus.
Tous les cadres de leur ancien monde explose.
Et l'épicentre de ce gigantesque craquement, c'est la place Tahrir, prédestinée politiquement et psychanalytiquement car place de la Libération,
C'est le lieu où on se libère, dans tous les sens du terme : le lieu où on manifeste violemment, jusqu'à la mort, c'est le lieu où 'l'on transgresse les interdits, où les tabous de la société, l'ancien monde, doivent disparaître, c'est la grande marche vers la liberté, et ça explose dans tous les sens.

Alors dans ce climat de grande explosion des comportements, que certains veuillent encore plus transgresser les tabous et aller jusqu'à l'agression sexuelle, ou tout simplement se laissent aller à des pulsions, n'est pas étonnant.
Pour d'autres, qui assistent à la scène, et qui veulent l'empêcher, les interdits moraux sont quelquefois insuffisants pour leur permettre d'agir immédiatement puisque la société ne fonctionne pas dans les cadres habituels.
Il faut qu'il y ait une autorité reconnue qui intervienne. Et très vite. Or c'est parfois trop tard. Et l'irréparable arrive. C'est advenu au moins trois fois sur la place, et sans doute bien plus.
Et évidemment, les femmes non voilées qui se promènent au milieu de cette foule sont très exposées. Et il vaut mieux qu'elles évitent de s'y exposer.
Actuellement, si l'occasion se présentait, j'irais sans doute en Égypte. Mais très clairement, jamais je n'irais place Tahrir, même avec un voile.

Ce que je suis et ce que je pense de la situation des femmes, n'a rien à y voir. La situation est dangereuse. Journaliste ou pas.

J'ajoute en plus que Caroline Sinz n'a pas été violée dans le sens où on l'emploie généralement. La pulsion qui était assumée par ces hommes était celle de déshabiller et de toucher, pas un viol proprement dit, comme une relation sexuelle contrainte entre homme et femme. C'est plutôt un fantasme d'enfant. D'enfant qui voit s'éloigner ce qui limite sa toute-puissance.
On revient à la transgression.

Mais évidemment, ça ne change rien au fait qu'elle a été agressée avec violence, car quelles qu'aient été les motivations de ces hommes, elle s'est sentie à raison agressée. Et elle sait que vue l'importance de la foule, ils sont pratiquement assurés de l'impunité. C'est aussi une des raisons pour laquelle ces agresseurs ont agi.
Plus de cadres, plus de repères. Jusqu'à ce que la société égyptienne redevienne stable, avec d'autres cadres et sans doute une autre morale.
Peut-être plus proche de la nôtre, peut-être plus voisine de celle de l'Arabie Saoudite.
L'arrogance occidentale n'a pas encore compris que mettre, au nom de l'Information, une caméra sous le nez de bougnoules en train de s'entretuer pour survie ne leur garantit plus l'impunité.

Apparemment beaucoup n'ont pas encore compris ce qui est en train de se passer dans le monde.
Je n'ai pas dit qu'ils ont raison,loin de là.Et je suis d'accord pour dire que l'éducation pourrait changer les comportements.Je suis juste réaliste.Dans de nombreuses familles les enfants très jeunes ont accès aux images dont je parle.Pas ou si peu de filtres et pas d'explications.L'école et les éducateurs ne peuvent ,à eux seuls,tout corriger. Je suis désolée d'insister,mais ceux (ou celles) qui donnent de la femme une image dégradante ont une responsabilité. Certains programmes à la télévision sont dans ce cas .Pour les moins civilisés, ils peuvent constituer une incitation et c'est ce qui est insupportable.
Religion ou pas ,s'attaquer à un être humain de cette manière relève de la sauvagerie .Il y a aussi ,dans nos pays "civilisés" de telles déviances. Peut-être devrions -nous nous interroger sur l'image de la femme que donnent la publicité,certains écrans de télévision ou de cinéma. Les êtres frustres ont tôt fait de généraliser.
En l'occurrence, RSF a fait du sarkozysme :
Un fait : deux femmes occidentales journalistes agressées par des hommes (flics en civil ?) ayant visiblement manipulé des jeunes issus des milieux les plus miséreux donc les moins cultivés du Caire (merci la pauvreté organisée par l'ex gvt Moubarak)
Et la réponse, de RSF : hop, une règle : pas de femme dans les pays où ça bouillonne.

C'est primaire comme réponse.
Quand j'étais au desk étranger d'une rédaction de chaîne, il n'y avait aucune discrimination. Les journalistes-femmes étaient aussi "partantes" (voire plus) que leurs collègues mâles sur les terrains "difficiles". Elles allaient partout : au Liban, au Rwanda, en Irak, au Liberia, etc.

J'ai expérimenté une mission à Mogadiscio -époque du "riz des enfants français pour les Somaliens"- nous étions 3 femmes (journaliste, monteuse, assist. de prod) pour 2 hommes (Journ.reporter d'images et preneur de son). Nous allions relayer une petite dizaine de journalistes/techniciens masculins. A Moga, nous étions "transparentes" pour les Somaliens : trop impures ai-je imaginé. En revanche, c'était beaucoup plus facile d'entrer en contact avec les femmes, d'"entrer dans les maisons" comme le dit je ne sais plus qui.

Dans les quartiers populaires du Caire (et la Place Tahrir a beau être proche du musée et d'un hôtel de luxe, le centre du Caire est très populaire), l'abstinence sexuelle des jeunes hommes (religion) et les bruits qui courent que les Occidentales sont des chiennes en chaleur (j'en ai connu qui profitaient justement de cette frustration) c'est extrêmement pénible pour une femme seule occidentale d'évoluer. Notre cheminement est jalonné soit de petits sifflements/bruits de sucion, de regards quelquefois méprisants des femmes. Je montais avec les femmes seules dans les 2 premièrs wagons du métro (qui sont interdits aux hommes)...

Caroline SInz était déjà au Caire lors de la révolution... elle a eu raison d'y retourner et la rédaction de la renvoyer : elle connaît du monde, elle a ses réseaux,elle sait s'orienter dans cette ville... Elle a tout simplement été au mauvais moment au mauvais endroit. C'est très facile de manipuler de pauvres jeunes qui ont toujours été tenus éloignés de tout, et vivent dans les bas-quartiers du Caire. Parce que je pense que l'ancien régime a beaucoup à perdre justement de ces élections à venir. J'imagine l'horreur de ce qu'elle a dû subir et je comprends complètement qu'elle se soit écroulée le lendemain.

Mais prenons du recul : partout dans le monde, les femmes subissent des violences masculines, tous les jours, même en temps de paix. Alors quand RSF demande que les journalistes femmes soient interdites d'Egypte, je me dis que c'est discriminant pour les autres femmes qui sont violées partout dans le monde, que c'est accuser TOUS les Egyptiens (voire les Musulmans) d'être des violeurs, et que c'est remettre en cause les capacités des femmes de faire le même boulot que les hommes.

Parenthèse ethnologique : si certains d'entre vous veulent avoir une idée de ce que sont les bas quartiers cairotes, lisez Albert Cossery. Une collection a publié ses oeuvres complètes et vous y découvrirez comment le petit peuple cairote se débrouillait pour évoluer et survivre dans cette ville. Personnellement, j'aime beaucoup les Cairotes... parce qu'il faut le faire, de vivre dans cet imbroglio sale et pollué !
"la "frustration des jeunes", dans une société très religieuse"
+
"En face d'une foule haineuse, avec une frustration sexuelle pour certains jeunes"
+
""Certains prédicateurs radicaux disent qu'une femme dans la rue, sans voile, c'est comme de la barbaque jetée aux chiens". Elle souligne que les violences sexuelles sont "quotidiennes" en Egypte : selon un récent sondage, 98% des femmes égyptiennes se disent victimes de harcèlement sexuel, précise-t-elle. "La main aux fesses est quasi-quotidienne"."
+
"Et puis il y a le rapport aux femmes des hommes musulmans, qui n'est pas simple. Les hommes sont souvent frustrés sexuellement. "


Tout le monde ici à l'explication et pourtant, on continue de faire comme si l'idéologie religieuse était respectable en elle-même.

yG
Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.