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Aux origines du pré-générique de James Bond

Spectre, le dernier film en date relatant les aventures de James Bond, vient de paraître sur nos écrans. Avec, en introduction, le fameux pré-générique dans lequel 007 est vu à travers un canon de pistolet. Occasion rêvée pour révéler la véritable origine de cette mythique séquence.  

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T — Ce n'est peut-être pas absolument de l'identification mais le soin avec lequel Perkins a effacé toutes les traces du crime nous le rend attachant. Cela équivaut à admirer quelqu'un qui à bien fait son travail… Je crois qu'en dehors des lettres du générique, Saul Bass a exécuté des dessins pour le film?

H — Seulement pour une scène, et je n'ai pas pu les utiliser. Saul Bass devait faire le générique et, comme le film l'intéressait, je lui ai laissé dessiner une scène, celle du détective Arbogast montant l'escalier avant d'être poignardé. Pendant le tournage du film, je suis resté couché deux jours avec de la fièvre et comme je ne pouvais pas venir au studio, j'ai dit au chef-opérateur et à l'assistant de tourner la montée de l'escalier en se servant des dessins de Saul Bass. Il ne s'agissait pas du meurtre mais seulement de ce qui précède, la montée de l'escalier. Alors, il y avait un plan de la main du détective glissant sur la rampe et un travelling à travers les barreaux de l'escalier montrant les pieds d'Arbogast de profil. Lorsque j'ai vu les rushes de la scène, je me suis aperçu que ça ne convenait pas et cela a été une révélation intéressante pour moi. La montée de l'escalier, découpée de cette façon, ne donnait pas un sentiment d'innocence mais de culpabilité. Ces plans auraient convenu s'il s'était agi d'un tueur montant l'escalier mais l'esprit de la scène était à l'opposé. Rappelez-vous les efforts que nous avons faits pour préparer le public à cette scène ; nous avons établi qu'il y avait une femme mystérieuse dans la maison, nous avons établi que cette femme mystérieuse était sortie de la maison et avait poignardé à mort une jeune femme sous sa douche. Tout ce qui pouvait donner du suspense à la montée d'escalier du détective était contenu dans ces éléments. Par conséquent, nous devions recourir ici à l'extrême simplicité ; il nous suffisait de montrer un escalier et un homme qui monte cet escalier de la façon la plus simple qui soit.

T — Je suis convaincu que d'avoir vu d'abord la scène mal tournée vous a aidé pour indiquer au détective Arbogast l'expression adéquate. En français on dirait : « il arrive comme une fleur », donc prêt à « se faire cueillir… »

H — Ce n'est pas exactement de l'impassibilité, c'est presque de la bienveillance. Donc, je me suis servi d'une seule prise d'Arbogast qui monte l'escalier et, quand il s'est approche de la dernière marche, j'ai délibérément placé la caméra en hauteur pour deux raisons : la première afin de pouvoir filmer la Mère verticalement, car si je l'avais montrée de dos, j'aurais eu l'air de masquer volontairement son visage et le public se serait méfié. De l'angle ou je m'étais placé je ne donnais pas l'impression d'éviter de montrer la Mère.

La seconde et principale raison pour monter si haut avec la caméra, était d'obtenir un fort contraste entre le plan général de l'escalier et le gros plan de sa figure lorsque le couteau s'abattait sur lui. C'était exactement de la musique, voyez-vous, la caméra en hauteur avec les violons, et soudain la grosse tête avec les cuivres. Dans le plan du haut, j'avais la Mère qui arrivait et le couteau qui s'abattait. Je coupais dans le mouvement du couteau qui s'abat et je passais au gros plan d'Arbogast. On lui avait collé sur la tête un petit tuyau en plastique, rempli d'hémoglobine. Au moment où le couteau approchait de son visage je tirais brusquement sur un fil qui libérait l'hémoglobine et ainsi son visage était inonde de sang mais suivant un trace déjà prévu. Enfin, il tombait en arrière dans l'escalier.

T — Cette descente d'escalier à la renverse m'a beaucoup intrigué. En fait, il ne tombe pas vraiment. On ne voit pas ses pieds mais l'impression que l'on ressent, c'est qu'il descend l'escalier à reculons, en frôlant chaque marche du bout des pieds, un peu comme ferait un danseur…

H — C'est l'impression juste, mais avez-vous deviné comment, nous l'avons obtenue ?

T — Absolument pas. Je comprends bien qu'il s'agissait de dilater l'action, mais je ne sais pas comment vous avez fait.

H — Par trucage. J'ai d'abord filmé avec la Dolly la descente d'escalier sans le personnage. Ensuite j'ai installé Arbogast sur une chaise spéciale et il était donc assis devant l'écran de transparence sur lequel on projetait la descente de l'escalier. Alors on secouait la chaise et Arbogast n'avait qu'à faire quelques gestes pour battre l'air avec sas bras.

T — C'est très réussi. Plus tard dans le film, vous utilisez à nouveau la position la plus haute pour montrer Perkins emmenant sa Mère à la cave.

H — Oui, et j'ai élevé la camera dès que Perkins monte l'escalier. Il entre dans la chambre, et on ne le voit plus mais on l'entend : « Maman, il faut que je vous descende à la cave parce qu'ils vont venir nous surveiller ». Ensuite on voit Perkins qui descend sa Mère à la cave. Je ne pouvais pas couper le plan parce que le public serait devenu soupçonneux : pourquoi est-ce que soudainement la camera se retire ? Alors, j'ai donc la camera suspendue qui suit Perkins lorsqu'il monte l'escalier, il entre dans la chambre et sort du cadre mais, la caméra continue à monter sans coupure, et lorsque nous sommes au-dessus de la porte, la camera pivote, regarde de nouveau en bas de l'escalier et, pour que le public ne s'interroge pas sur ce mouvement, nous le distrayons en lui faisant entendre une dispute entre la Mère et le fils. Le public porte tellement d'attention au dialogue qu'il ne pense plus à ce que fait la camera, grâce à quoi nous sommes maintenant à la verticale et le public ne s'étonne pas de voir Perkins transportant sa Mère, vu à la verticale, par-dessus leurs têtes. C'était passionnant pour moi d'utiliser la caméra pour égarer le public.
J'avais toujours pensé (à tort et trop rapidement) qu'il s'agissait d'un diaphragme d'appareil photo. Il est certain que les appareils photos sont devenus numériques et virtuels tandis que les pistolets sont toujours bien mécaniques et factuels.

La liaison avec Vertigo est intéressante.
Il aurait été dommage qu’Asi ne vienne pas apporter sa contribution (originale, je vous l’accorde) au cirque promotionnel du blockbuster hollywoodien du mois… Bientôt des placements de produits sur le site ?
Bonjour
Pour relier cet article à la brève des images fixes qui en TV ne peuvent que bouger, je viens de constater à l'occasion du passage des derniers James Bond sur la 2 qu'il m'était impossible de les regarder tant les images se succèdent à un rythme effréné. Je n'ai pas tenu 10 minutes tant le film n'était pas regardable (après un générique plutôt long et calme).
Suis-je le seul à trouver James Bond d'un ennui proche de la nice cup of tea ?
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