"Balthazar", la série mortelle qui pulvérise "Élysée 2022"
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"Balthazar", la série mortelle qui pulvérise "Élysée 2022"

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On pressentait qu'ils allaient s'entretuer ce soir-là. Ils ? On ne parle pas des candidats à la présidentielle mais des suspects de la dernière affaire de "Balthazar". Oui, on a craqué : le jeudi soir, on ne regarde plus l'émission politique de France 2 mais la série à succès de TF1. Et on n'est pas les seuls : quand "Élysée 2022" peine à atteindre les deux millions de téléspectateurs, TF1 cartonne grâce à "Balthazar" (presque six millions de téléspectateurs). "Balthazar" ? C'est du sang, des scalpels, pas mal de boyaux (avec un gros budget sauce tomate), mais aussi des sauts en parachute, de la spéléo et des scénarios invraisemblables. Bref, à une semaine du premier tour, on a décidé de faire comme les téléspectateurs de TF1 : se détendre.

Enfin se détendre… On a quand même un problème : "Ils ont tué Ludwig pour le manger et apparemment l'un d'eux a pris goût à la chair humaine."

Ce jeudi 31 mars, Raphaël Balthazar tente de résoudre une affaire de cannibalisme. Des spéléologues se sont retrouvés coincés dans une crevasse et ont mangé l'un des leurs, le fameux Ludwig.

Des années plus tard, l'un des spéléologues cannibales est devenu un tueur en série fin gastronome. Balthazar, incarné par l'acteur Tomer Sisley, et la capitaine Costes, jouée par Constance Labbé, se lancent à sa poursuite pour stopper le carnage.

Quarante minutes plus tard, alors que Marine Le Pen défend son programme pour une France apaisée sur France 2, Balthazar et Costes s'apprêtent à arrêter le tueur cannibale sur TF1 lors d'un barbecue…

Ce soir-là, entre le tueur cannibale de TF1 et Le Pen sur France 2, il n'y a pas eu de match : 5,9 millions de téléspectateurs ont regardé Balthazar contre seulement 1,8 million pour Élysée 2022.

Et ça fait quatre ans que ça dure : Balthazar est l'une des séries les plus regardées de la chaîne du groupe Bouygues. Depuis 2018, elle bat des records d'audience, avec des scores oscillant entre 5 et 7 millions de téléspectateurs (plus que Alex Hugo, la série de France 3 qui a flingué Koh-Lanta).

Il faut dire que TF1 a mobilisé de grands moyens depuis plusieurs années pour faire régulièrement la promo de cette série en multipliant les making of sur MyTF1.fr.

En diffusant des reportages sur le comédien, dans l'émission 50' Inside. Notamment lorsqu'il travaille ses répliques : 

Ou encore chez Yann Barthès sur TMC...

Si TF1 a autant misé sur ce programme, c'est parce qu'il ne s'agit pas exactement d'une série policière classique. Ça ne se voit pas avec l'épisode du cannibale diffusé cette semaine, mais Balthazar n'est pas un flic. C'est un médecin légiste qui aide la police à trouver les criminels grâce à des autopsies très pointues.

La médecine légale, sauce TF1

Une simple loupe, un coton tige et des plans de caméra improbables suffisent pour résoudre toutes les affaires. Comme ce jour où…

On imagine les médecins légistes en train de rédiger des pages et des pages de rapports d'autopsie après avoir découpé des corps pendant des heures. Eh bien pas du tout. Balthazar ne fait jamais de rapport écrit, il donne ses conclusions à l'oral après des examens express.

Comme ce jour où un cadavre est retrouvé sur un chantier (les scènes qui suivent sont sponsorisées par les sauces tomates Buitoni).

Balthazar l'observe…

Il l'inspecte selon les dernières techniques de pointe de la médecine légale

Verdict ? "Individu de sexe masculin, caucasien, environ 40 ans. Plaie contuse, énorme fracture du crâne. Arme probable : objet contondant non identifié. Selon la température du corps, les lividités et la rigidité cadavérique, la mort pourrait se situer entre 21 h et 23 h cette nuit […] Il n'a pas été tué ici, ce n'est pas un ouvrier et sa femme doit commencer à paniquer à l'heure qu'il est." Et voilà, c'est plié. On ne va pas s'embêter à pondre un rapport.

Car Balthazar a beau être médecin légiste, il était hors de question pour la chaîne de produire une série statique, sans aucun rythme, avec un personnage derrière un bureau ou une table d'opération.

Entre deux autopsies, le médecin légiste mène aussi les enquêtes criminelles. Par tous les moyens : sur un quad, un aéroglisseur… sous l'eau, sous terre… en parapente ou en parachute.

C'est bien simple, Balthazar ne tient pas en place. Dit autrement par les scénaristes, dans une interview au Parisien : "Il nous fallait un personnage qui donne envie de le suivre partout même dans les tréfonds d'une morgue […], un personnage vivant, intelligent, moderne, sexy" pour comprendre "comment quelqu'un qui côtoie la mort au quotidien vit sa vie à lui".

Sexy, il l'est. On le sait car Balthazar est généralement torse nu quand il coupe des carottes ou lorsqu'il débriefe les derniers éléments de l'enquête.

Intelligent, il l'est aussi. Quand il ne découpe pas des corps, il crée lui-même des logiciels de reconnaissance faciale.

 Il pratique aussi l'hypnose sur des suspects.

Mais pourquoi un légiste irait hypnotiser un suspect ? Parce que le criminel en question a une double personnalité. Balthazar l'a vu sur la radio : 

"C'est un fœtus, mort, explique Balthazar. Ça arrive dans les cas de grossesse gémellaire." Ouch.

L'autre n'en revient pas : "Vous voulez dire que je vis avec un frère mort à l'intérieur de moi." Oui, et ce "jumeau maléfique" est un tueur en série.

Il est fort ce Balthazar. Vous saviez qu'il était aussi pilote de ligne ? Oui parce qu'après trois saisons et 24 épisodes, les scénaristes ont visiblement trouvé que le costume de médecin-légiste-enquêteur-développeur-hypnotiseur devenait un peu trop petit pour Balthazar. Ce qui donne des scénarios totalement improbables, comme celui du premier épisode de la saison 4, diffusé le 10 mars qu'on va brièvement vous résumer (à notre manière).

Au départ, rien de spécial : le médecin légiste de TF1 entre dans un avion…

S'ensuit une bagarre avec le suspect

Et c'est là que ça se gâte car "une balle a dû toucher le pilote automatique", explique la pilote, gravement blessée. "Compressez la plaie, moi je m'occupe de l'avion", répond Balthazar. Euh, attendez, le médecin légiste va piloter un Airbus ?

Eh oui, il va faire atterrir l'avion

Bref, vous l'avez compris, une fois qu'on a acté le fait que le vraisemblable n'a pas beaucoup d'importance, cette série à grand spectacle se regarde avec un seau de popcorn. Rien n'est cohérent même si l'acteur Tomer Sisley et les scénaristes s'en défendent. "J'ai assisté à de vraies autopsies", a expliqué l'acteur, histoire d'être crédible. Et pour l'avion ?

La vraie fonction de Balthazar

Vous vous en doutez : dans la vraie vie des Balthazar en blouse blanche, la réalité est moins agréable. Une grande partie du travail consiste à rédiger des rapports (près de sept heures par jour d'après un vrai légiste qui a témoigné dans le Parisien) et il est bien évidemment hors de question de faire le boulot des enquêteurs. 

Mais il y a mieux : figurez-vous que Balthazar n'est pas un simple médecin légiste. Dans l'épisode diffusé le 17 mars, celui-ci est relevé de ses fonctions de… directeur de l'Institut médico-légal (IML) de Paris. Il est remplacé par un autre médecin, le docteur Vésinet car "la direction de l'IML de Paris est sensible, politique". Du coup, "la préfecture de police et le ministère de la justice veulent s'assurer que [Balthazar] est toujours à la hauteur de la tâche." Car vous comprenez, l'IML "doit être irréprochable."

Honnêtement, après avoir ingurgité une demi-douzaine d'épisodes, on n'avait pas compris que celui qui faisait ses abdos dans son bureau était le directeur de l'IML de Paris.

Quand on connaît la situation de cette institution, il y a de quoi rire jaune. Dans la série de TF1, on ne croise que trois personnages à l'IML et on ne peut pas dire qu'ils sont débordés par les dossiers, ils ne se plaignent jamais, notamment du manque d'équipement. Normal : ils ont même le temps et le matériel pour faire du paintball dans la salle d'opération.

Dans la réalité, l'IML de Paris n'est pas vraiment un centre de loisirs pour passionné de parachutisme, ni un terrain de paintball. 

Dans le cadre du procès des attentats de 2015, le grand public a découvert l'existence d'un rapport interministériel sur cet IML, commandé en 2016 mais qui n'a jamais été publié, et dans lequel on apprenait par exemple que les "locaux sont dans un état général d'obsolescence". Au moment des attentats de 2015, de nombreux dysfonctionnements avaient été relevés : l'IML "n'était doté ni d'un scanner, ni d'un logiciel de gestion et de traçabilité des cadavres, des prélèvements et des diverses opérations médico-légales effectuées". Depuis, des travaux ont été effectués mais le problème de fond demeure : "Une implantation dans un hôpital public est indispensable à moyenne échéance" pour bénéficier d'une "mise à disposition facilitée des outils nouveaux d'imagerie et de biologie médicale" relevait le rapport, cité par le Parisien. Rien n'a été fait depuis.

On est évidemment très loin de cette réalité-là dans Balthazar et c'est sans doute cette légèreté qui séduit les téléspectateurs. TF1 a d'ores et déjà annoncé la préparation d'une cinquième saison pour 2023. Quelque chose nous dit qu'on en aura bien besoin pour oublier le réel.

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