Le mensonge présidentiel, et ses complices
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Le mensonge présidentiel, et ses complices

Combien de temps ? Combien de temps durera encore cette institution du mensonge en direct

, que l'on appelle "allocution présidentielle" ? On en plaisante, on s'indigne rituellement, mais à en juger par le nombre particulièrement élevé, cette fois-ci, de mensonges et d'approximations de Sarkozy, non relevées par ses hôtes, la question concerne la corporation journalistique tout entière. Libération a relevé neuf intox, Le Parisien en a compté cinq. Je vous laisse les découvrir. Elles sont de taille. Et tout cela, évidemment, sans même mentionner les sujets passés à la trappe (Karachi) ou les énormités, comme cette justification des mesures anti-Roms par le tapage des 20 Heures. Non seulement c'était factuellement faux (comme Sébastien Rochat l'explique ici), mais même si ç'avait été vrai ! A-t-on entendu les trois poseurs de questions s'effarer d'entendre le chef de l'Etat expliquer benoîtement qu'il fixe sa politique sur le menu de leurs 20 Heures ?

Les lectorats conjugués du Parisien et de Libération n'atteignant malheureusement pas l'audience des trois chaînes réquisitionnées (douze millions de spectateurs), le poison des mensonges sera resté sans antidote, pour la plupart de ses victimes. Certains objecteront qu'un bon gros mensonge du pouvoir, parfaitement évident, est finalement préférable aux mensonges quotidiens et doucereux des 20 Heures. Ça se défend. Mais comment cette profession peut-elle assister passive à son propre naufrage.

Car le discrédit ne concerne pas seulement le trio de réquisitionnés. Il rejaillit sur la profession, qui ne les condamne pas nettement. L'éditorialiste de France Inter, Thomas Legrand, réprouvait ce matin pour la nième fois le principe de ces humiliations publiques. Mais cela ne l'empêchera pas, la prochaine fois qu'il sera invité par Denisot, de courir ventre à terre chroniquer au Grand journal. Il paraît même, m'a-t-on dit, je n'ose y croire, que l'on voit de temps à autre, au Grand journal, Edwy Plenel en personne. Je sais ce que répondrait Plenel, si la question lui était posée: pourquoi se priver de la tribune du Grand journal, pour faire retentir la voix de Mediapart ? Ca se discute. Mais peut-on combattre avec éclat le mensonge d'Etat, et frayer avec ses complices ? Aller au Grand journal, quand on est Mediapart, c'est contribuer un peu à la mystification qui fait passer Denisot pour un journaliste, et donc à l'impunité du mensonge. Rien n'est gratuit, hélas.

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