Zemmour, Sans Éditeur Fixe
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Zemmour, Sans Éditeur Fixe

S'il y en a qui sont en droit de demander une "prime Zemmour", ce sont nos confrères du Figaro. Et surtout, du site du Figaro. Depuis que se précisent les intentions présidentielles de leur chroniqueur, il leur faut veiller à ne surtout rien laisser transpirer, dans le quotidien ni sur le site, sur ces intentions, et sur leurs conséquences, et sur les conséquences des conséquences, faute de devoir en tirer les conclusions immédiates : la suspension de la chronique, voire le licenciement de la vedette. Cela mobilise un savoir-faire, hérité de la Pravda de la grande époque, et qui se perpétue néanmoins chez les journalistes des Échos à propos de Bernard Arnault, ou du Figaro à propos de la maison Dassault.

Jusqu'à la journée d'hier, ils y étaient parfaitement parvenus. Et voilà que Zemmour, s'avouant "un peu déstabilisé", annonce dans son émission de CNews que la maison Albin Michel, son éditeur habituel, ne publiera pas son prochain livre. L'éditeur confirme à l'AFP : "Nous avons eu un échange très franc avec Éric Zemmour, qui m'a récemment confirmé son intention de s'engager dans la présidentielle et de faire de son prochain livre un élément-clé de sa candidature". Ladite AFP en fait immédiatement une dépêche. Zemmour censuré ! Hurlements immédiats de la zemmourosphère. Solidarité du camarade Philippe de Villiers qui rompt son contrat avec Albin Michel "pour son prochain livre" (prudence). Et naissance d'un nouveau feuilleton : quel éditeur du groupe Editis, appartenant à Vivendi (Robert Laffont Plon, Presses de la Cité, XO, Julliard, ou Le Cherche Midi) va se précipiter au secours du censuré ?

La dépêche fatidique, sans doute par mégarde, est publiée sur le site du Figaro (elle a disparu depuis). (À noter, en passant, l'originale ligne éditoriale de la maison Albin Michel, qui l'autorise à publier un auteur de best-sellers condamné pour incitation à la haine, mais pas un auteur de best-sellers candidat à la présidentielle. Mais c'est un autre sujet.)

Bref, le savant plan médias est contrarié. Et le SEF (sans éditeur fixe) Zemmour contraint de démentir auprès de l'AFP puis, une fois encore, dans son émission de CNews (pardon, dans l'émission dont il est "l'invité principal", sic Le Figaro). Non, il n'a nullement confié à son éditeur ses ambitions présidentielles. "Cet échange très franc est surtout très imaginaire". Ouf ! Fort de ce démenti, Le Figaro peut enfin effleurer le sujet, dans un article d'anthologie, où le lecteur ne relèvera aucune allusion, ni aux levées de fonds du chroniqueur multi-condamné, ni à ses tournées en province, ni à ses affiches qui ont recouvert les panneaux électoraux au lendemain des élections. Une information, toutefois, dans Le Figaro : ni Robert Laffont, ni aucune maison du groupe Editis, appartenant à Vivendi (Plon, Presses de la Cité, XO, Julliard, ou Le Cherche Midi), ne publiera le livre. A suivre, comme on dit dans les séries.

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