Zemmour : l'éthique à l'attaque
chronique

Zemmour : l'éthique à l'attaque

On l'apprend dans Le Parisien, il existe un "comité d'éthique de Canal+". Et ce comité a "haussé le ton" contre l'émission d'Eric Zemmour, Face à l'info. Saisi après les dernières poursuites pour provocation à la haine intentées contre Zemmour pour ses insultes adressées aux migrants mineurs, le comité relève "un manquement à l'honnêteté" de la part d'Éric Zemmour, qui a fait preuve "d'outrance" , lesdites insultes étant considérées "contraires à la charte déontologique du groupe " (car il existerait donc, aussi, une "charte déontologique").

Je dis qu'on l'apprend, mais en vérité on le savait déjà. Au terme d'une longue enquête, Arrêt sur images a même révélé l'an dernier les noms des membres de ce comité d'éthique, qui compte notamment une antiquaire numismate, un juge administratif, et un magistrat ancien conseiller de Jacques Chirac.

S'étant penché sur la question, le "comité d'éthique" note que les insultes en question "ont préalablement été enregistrées" puis diffusées en différé sans coupe par la direction de la chaîne, "alors que cela lui aurait été possible" (Le Parisien rappelle que l'émission est enregistrée avec un différé variant entre dix et trente minutes, en fonction du retard d'Éric Zemmour).

Le comité conclut : "Ni le différé, même si le délai entre l'enregistrement et la diffusion était allongé, ni un éventuel retour au format originel (NDR : avec un contradicteur chaque soir), ne seraient de nature à permettre la préservation des impératifs d'honnêteté, d'indépendance et de pluralisme." Avant d'ajouter que l'émission doit "s'ouvrir davantage à la diversité des opinions dans le respect de leur expression contradictoire, ce que ne permet pas son organisation actuelle autour d'un éditorialiste vedette." Bref, ce comité, nommé par Bolloré, somme Bolloré de réduire la dose de Zemmour dans l'émission de Zemmour. Contactée, la Société des rédacteurs (SDR) de CNews rejoint le comité d'éthique sur "la nécessité d'apporter des changements à l'émission", mais préconise plutôt "le retour à un contradicteur fort face à Eric Zemmour chaque soir." Bonne chance ! Pour le syndicat + Libre, en revanche, il faut encore davantage de précautions : "Personne ne songerait à faire débattre Dieudonné tous les jours…"

Ce comité exagère. En reportage sur le terrain de ma télé le mois dernier, j'ai personnellement assisté à un débat contradictoire brûlant, dans Face à l'info, sur le fait de savoir si, pour un père, c'est une déchéance de lire des histoires à ses enfants le soir au lit. Je peux donc témoigner d'une contradiction forte.

Je plaisante, mais la situation est ennuyeuse pour la maison Bolloré. Le dispositif imaginé autour de Zemmour était ingénieux, puisque faisant animer l'émission par une passe-plats, Christine Kelly, doublement supposée inattaquable, en tant femme et noire. Il semble pourtant que les stratèges de chez Bolloré n'aient pas anticipé la pénurie de contradicteurs. Pourquoi Zemmour n'a-t-il pas de contradicteur ? Parce que personne ne veut aller débattre, sur son terrain, avec un faussaire, dont il sera impossible de contrer en direct les arguments frelatés, et toujours imprévisibles.  Ce boycott s'étend aussi à d'autres émissions de la chaîne, comme en témoigne ce savoureux dialogue entre les éditions Libertalia et Jean-Pierre Elkabbach, qui souhaitait inviter un de leurs auteurs, l'historien Christophe Naudin (il sera par ailleurs notre invité dans l'émission d'aujourd'hui).

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