Zemmour et la main de Poutine
Le matinaute
Le matinaute
chronique

Zemmour et la main de Poutine

L'épisode de "l'arme des migrants", déployée par le despote bielorusse Loukachenko contre la Pologne, et donc contre l'Union européenne, a au moins l'avantage de placer les poutiniens français en situation de dissonance cognitive aigüe (cet épisode est très bien documenté, sur Twitter, par l'énigmatique Rebecca Rambar). Pensez donc : voilà ce Poutine, qu'ils vénèrent et courtisent, et avec lequel ils aimeraient tant tourner l'Union européenne, qui soutient apparemment un dictateur cynique, lequel utilise de la viande de migrants pour desserrer l'étau des sanctions européennes, après avoir trafiqué le résultat des élections et poursuivi ses opposants en détournant un avion.

Je dis bien "apparemment". Je ne suis pas dans le secret des rapports Poutine-Loukachenko, de leurs calculs, de leurs dissensions éventuelles. Pas davantage que Zemmour et Le Pen eux-mêmes. N'empêche que la situation est contrariante. "S’il y a la main de Poutine derrière, j’en serai peiné et offensé", dit Zemmour, juste après avoir proposé de "tendre la main" (oui, cette même main) au même Poutine. Peiné ! Quelle cruauté, de peiner le sensible héritier de Louis XIV et de Napoléon ! Tout en ajoutant aussitôt : "Mais je pense que c’est la conséquence de nos actions à nous, nos actions agressives contre la Russie, nos sanctions imbéciles." Ouf ! C'est tout de même la faute à l'Europe (au refrain). 

Quant à Le Pen, elle concède que "ce serait bien" que Poutine intercède auprès de Loukachenko. Elle "espère qu’il le fera." Tout en ajoutant  : "Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous n’avons pas les relations diplomatiques avec la Russie qui nous permettent de lui demander grand-chose." Ouf ! (bis). Et les voilà, nos fiers ultra-nationalistes à nous, Cocorico et Cocorica, allant toquer chagrin à la porte de Vladimir. Je tire ces réactions d'une synthèse du Monde des réactions politiques françaises (laquelle synthèse cite d'ailleurs Zemmour en premier, comme si c'est désormais lui qui donnait le ton du concert de caniches). J'y insiste ce matin, car le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on n'en voit pas beaucoup de traces dans la presse, qui préfère raconter l'inauguration du siège de campagne de Le Pen, et s'interroger gravement sur le meilleur moment, pour Zemmour, de déclarer sa candidature.



Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Lire aussi

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.