Un papa, une maman, une bombe et un gâteau
Le matinaute
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Un papa, une maman, une bombe et un gâteau

"On était au dessert. Et on avait le plus beau gâteau au chocolat que vous ayiez jamais vu.

Le président Xi aimait beaucoup. Et les généraux m'ont annoncé qu'on était prêts à tirer." Trump raconte à Fox News le bombardement de la Syrie, en représailles au bombardement chimique de Khan Cheikhoun. Il a choisi Maria Bartiromo, animatrice matinale de Fox News, "parce que vous m'avez si bien traité, depuis si longtemps". La scène se déroule donc au dessert, au soir d'une journée commune des deux chefs d'Etat, l'Américain et le Chinois, dans le golf Trump de Mar-A-Lago. "Et alors, j'ai dit au président Xi, nous venons d'envoyer cinquante neuf missiles sur l'Irak."Bartiromo le coupe : "sur la Syrie". "Oui, sur la Syrie". S'il fallait se souvenir de tous les détails !

On ne sait pas si c'est Trump en personne qui vient, quelques jours plus tard, d'ordonner de larguer la plus grosse bombe non-nucléaire de l'arsenal américain sur des Talibans, en Afghanistan. "LaGBU-43/B Massive Ordnance Air Blast Bomb(en français, «Bombe à effet de souffle d'artillerie lourde»), abrégée par le sigle MOAB, est une bombe guidée thermobarique américaine de10,3tonnes, guidée parGPS" nous explique Wikipedia. Vous avez bien lu : 10 tonnes. Son rayon d'effet de souffle est de 150 mètres. Le panache de poussière et de fumée qu'elle dégage serait visible à 30 kilomètres. C'est un beau joujou. Il faut bien se consoler comme on peut : au cours du même repas avec le président chinois, Trump a appris avec dépit que la Corée du Nord était une question compliquée, et qu'il ne pourrait sans doute pas faire joujou tout de suite.

Voyez comme les militaires sont facétieux. Le sigle MOAB peut aussi se lire comme "Mother of All bombs", la mère de toutes les bombes. C'est d'ailleurs le titre choisi par toute la presse mondiale, et notamment la presse française, pour annoncer l'événement. "La mère de toutes les bombes" : ça sonne mieux que "la bombe MOAB", ou même que "la plus grosse bombe non-nucléaire américaine". Comme c'est doux, une mère. Comme elle a dû être larguée avec tendresse. Aux dernières nouvelles, selon le gouvernement afghan, elle aurait maternellement tué 36 combattants. L'Etat major américain explique sérieusement avoir fait en sorte d'éviter les victimes civiles. Pour une maman, c'est bien le moins.

Et les Russes ? Ils ne sauraient être en reste. D'ailleurs, ils seraient, eux, les heureux détenteurs du "père de toutes les bombes" : deux fois plus fort que la mère, 300 mètres de rayon d'effet de souffle,explique Wikipedia (forcément, c'est le père). Un papa, une maman : rien à dire, le monde est en ordre. Les Russes ne l'ont pas encore tirée. Quand il donnera l'ordre, connaitra-t-on le parfum du pudding de Poutine ? Pas certain. Des barbares, ces Russes, des bourreaux de la liberté de la presse, qui ne valent pas mieux que les membres de "l'Alliance bolivarienne".

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