Un journaliste en gilet jaune
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Un journaliste en gilet jaune

C'est l'indignation du week-end. Emmanuel Macron ayant proféré, à la fin d'une conversation off avec une poignée de journalistes choisis, quelques fumeuses énormités sur la presse, l'émeute a éclaté chez quelques figures de proue de la profession. Parmi les émeutiers, le directeur du Point, Etienne Gernelle  hurle à la "tentation de la Pravda". (Pour mémoire, Gernelle est cet aimable confrère qui a intenté deux procès-bâillons, l'un en injure publique, l'autre en diffamation, au site indépendant que nous sommes, et qui les a perdus tous les deux. C'est dire s'il est qualifié pour chanter la liberté de la presse).

Qu'a dit Macron ? Ceci : "Le bien public, c'est l'information. Et peut-être que c'est ce que l'État doit financer. Le bien public, ce n'est pas le caméraman de France 3. Le bien public, c'est l'information sur BFM, sur LCI, sur TF1, et partout. Il faut s'assurer qu'elle est neutre, financer des structures qui assurent la neutralité. Que pour cette part-là, la vérification de l'information, il y ait une forme de subvention publique assumée, avec des garants qui soient des journalistes. Cette rémunération doit être dénuée de tout intérêt. Mais quelque part, cela doit aussi venir de la profession."

J'ai beau tourner et retourner cette prose macronienne, je ne vois pas bien ce qu'il veut dire. L'Etat va glisser des décodeurs d'Etat  chez Bouygues ou chez Drahi ? Des mini-CSA ? Des commissaires politiques ? Mais seront-ils à visage découvert, ou masqués ? Et leurs ciseaux, quel modèle ? Bref, ce n'est rien d'autre que la provocation, une de plus, d'un récidiviste de l'ébriété verbale. Mais Gernelle est en transe. Et de dégainer Orwell, Clemenceau, et même ce vieux Guizot. Un mot de plus, et il occupe le rond-point des Champs-Elysées. En gilet jaune.

Donc, Le Point n'acceptera pas, n'acceptera jamais une atteinte quelle qu'elle soit à sa liberté, etc etc. Très bien. La liberté de la presse est protégée. Le journal pourra continuer d'enquêter, courageusement, en toute liberté, sur le "pognon de dingue" que coûtent les assistés, les subventionnés, les feignants, les sagouins, les vauriens, les faux pauvres, les mollassons en hamac, les pas réveillés, et toute l'armée en savates des dilapideurs d'allocs.

Tiens, à propos d'enquête, mon attention du week-end a été attirée par un article de Libé, sur le bilan du CICE. Notre vieil ami le CICE, ce génial dispositif de crédit d'impôt, imaginé par Hollande-Ayrault pour faire diminuer le chômage. Eh bien vous savez quoi ? Ce bilan du CICE, on ne le connaitra jamais. Parce que le gouvernement s'est arrangé pour en confier l'évaluation à trois organismes différents, qui ne sont pas d'accord entre eux. Seul point d'accord : le CICE aurait permis d'augmenter les salaires dans les entreprises qui en ont bénéficié. Ballot, quand l'objectif affiché de ce gros paquet de milliards était, au contraire, de pousser à embaucher pour faire baisser le chômage. Et les Gilets jaunes ne s'y sont pas trompés, qui demandent que ce dispositif soit réservé aux PME et aux TPE (c'est une des sept revendications retenues par les téléspectateurs de Hanouna, vendredi dernier). Pas de chance : Macron a annoncé qu'il serait pérennisé, sous forme de diminution de charges. Soit dit en passant, cela en dit long sur ces "évaluations", mantra de la politique macronienne. La suppression de l'ISF, par exemple, devrait être "évaluée", avant d'être éventuellement revue. Si elle est évaluée de la même manière...

C'est donc Luc Peillon, de Libé, qui résume cet échec du CICE. Et à peine l'a-t-il fait, qu'il se fait pinailler (à tort) sur les chiffres, sur Twitter (le pinaillage est ici). Mais non, le bilan du CICE n'est pas si catastrophique. Et d'ailleurs, les résultats  de cette pluie de milliards sur les patrons et les actionnaires apparaitront...à long terme. Et qui le pinaille ? Marc Vignaud, journaliste...au Point. Le monde est petit. Celui-là n'aura pas besoin de décodeur d'Etat.



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