Un débat de l'après Charlie
Le matinaute
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chronique

Un débat de l'après Charlie

Encore des radicalisés ? Encore. Encore dans les banlieues ? Encore.

Et encore un combat contre des images jugées insupportables ? Oui oui, encore. Mais cette fois, ce sont des catholiques, et ce n'est pas à l'image du prophète qu'ils en ont, mais à celle d'un site de rencontres, Gleeden, "le premier site de rencontres extra-conjugales pensé par des femmes". A force de pétitions, ils ont réussi à faire retirer les affiches sacrilèges des bus de différentes localités, comme à Poissy, Versailles ou Rambouillet. Aux dernières nouvelles, la RATP résiste encore. Et nos radicalisés assignent le site en Justice, pour incitation à la violation du code civil, lequel, on s'en souvient, prévoit en son article 212 que les époux se doivent mutuellement "respect, fidélité, secours assistance".

Et alors ? Alors ceci. Avant Charlie, on y aurait vu un combat absurde et inintéressant entre des cathos rétrogrades, et une start up experte dans l'art de la provoc promotionnelle, une illustration parfaite de l'effet Streisand, le procès intenté par les cathos étant excellent pour la notoriété du site en question. Pour se faire une idée de la personnalité et des motivations de son fondateur, Teddy Truchot, 32 ans, basé à Miami, regarder par exemple cet excellent reportage de BFMTV (si si), dans lequel, avec les reponsables d'une agence d'événementiel, on l'entend se réjouir de l'excellent impact de sa dernière provoc (ouvrir un stand au Salon du mariage), et expliquer pourquoi il a choisi ce créneau : dans le marché, prometteur mais "très très concurrentiel" des sites de rencontres, où "les acquisitions de nouveaux utilisateurs coûtent de plus en plus cher", mieux vaut choisir une niche, pour "réunir une communauté plus facilement". Bref, renvoi dos à dos, laissons la Justice trancher ce qui ne relève que d'elle, et qu'on n'en parle plus, affaire suivante.

Mais voilà. Depuis Charlie, voilà que s'invitent dans nos débats intérieurs Leurs Majestés la Laïcité et la Liberté d'expression ou, de l'autre côté du ring, le Respect des Croyances de l'Autre (majuscules pour tout le monde, SVP). D'un côté, voilà qu'on serait tentés de défendre la provoc commerciale au nom de la liberté d'expression, et de la laïcité. Bas les pattes, les cathos, retournez à vos sacristies, et laissez les honorables époux et épouses de Versailles ou de Rambouillet choisir les pubs qu'ils ont envie de voir, et se laisser tenter par le Démon, si le Démon n'a rien d'autre à faire (encore qu'il semble assez occupé, ces temps-ci). De l'autre côté, voici que se pointe l'éternel "deux poids deux mesures" : après tout, si l'on admet qu'il faut respecter les croyances des musulmans, pourquoi pas celles des catholiques ? Je sais bien que cette "charlisation" du débat est absurde. Teddy Truchot n'est pas Charb, et les cathos intégristes, heureusement, manient l'assignation en justice plutôt que la kalachnikov. Je sais bien. Mais si les débats publics obéissaient toujours à des facteurs rationnels, ça se saurait. Heureusement, on y travaille.

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